Nos pères dans la foi héros de bédé

Publié le 12 Sep 2018
Nos pères dans la foi héros de bédé L'Homme Nouveau

Faire servir à l’évangélisation la bande dessinée, un « huitième art » réputé, non sans raison, fortement ancré à gauche et hostile au catholicisme, n’est pas une idée neuve et, dans la plupart des cas, il y a plutôt lieu de s’en féliciter. L’entreprise peut être ambitieuse. C’est le cas de deux volumes, Les Douze et Les Témoins, signés d’un scénariste américain, Ben Avery, à l’origine destinés au lectorat protestant, est récemment parue. (Artège Jeunesse. 140 p. 14,90 €) 

Dès les premières planches, Avery, et cela le rend d’emblée sympathique, annonce la couleur : il travaille pour glorifier l’héroïsme de chrétiens qui, hier comme aujourd’hui, restent les populations les plus persécutées au monde en raison de leur attachement au Christ.

Il en fut ainsi de tous temps, et il en sera ainsi jusqu’au Jugement dernier car « le serviteur n’est pas plus grand que Son Maître » et que les fidèles sont appelés à suivre leur Seigneur au Golgotha s’il le faut.

Les Apôtres donnèrent l’exemple et, à l’exception de Jean qui, en raison de sa présence au Calvaire, n’avait plus rien à prouver en fait de fidélité, payèrent de leur vie la diffusion de l’évangile. 

S’appuyant sur le Nouveau Testament et la Tradition, Ben Avery retrace de manière aussi complète que possible leurs parcours respectifs. C’est un défi car, pour nombre d’entre eux, les éléments concrets manquent pour esquisser une biographie fiable. 

L’ensemble, et c’est assez remarquable, est historiquement de bonne tenue et prend en compte l’ensemble des sources. 

L’inconvénient, si c’en est un, est l’aspect répétitif de ces récits qui, nécessairement, se recoupent et peuvent lasser, surtout les jeunes lecteurs. 

Plus grave, et c’est le grand écueil de l’affaire, l’album étant destiné à un public protestant, la place de Pierre y est, d’obligation, minimisée à l’extrême, détail que l’éditeur catholique n’a pas noté, ou pas jugé utile de corriger.

Il faut faire le même reproche au second tome, Les Témoins, qui évoque la Très Sainte Vierge Marie dans une optique étrangère à la foi catholique. Là aussi, sans blesser pour autant nos frères séparés, un addendum rappelant  les dogmes de l’Immaculée Conception, de la virginité perpétuelle de Marie, de l’Assomption, ainsi que sa place privilégiée dans l’économie du Salut eût été plus que nécessaire… Peut-être eût-il été aussi utile d’expliciter la notion  de « frères du Seigneur », toujours susceptible d’être mal comprise, alors même qu’Avery entend par là, tradition en général rejetée par le catholicisme, l’existence d’enfants nés d’une première union de saint Joseph.

Témoins, le titre est trompeur car il laisse supposer une histoire des martyrs, et ce n’est pas le cas. Les Témoins, ici, sont des porteurs de la Bonne Nouvelle mais ils ne la confessent pas nécessairement jusqu’à la mort.

Pourquoi, alors qu’ils avaient déjà été évoqués au premier tome, revenir sur la vie de deux apôtres parmi les moins connus, Jacques le Mineur et Jude ? On ne sait. Luc et Marc, eux, viennent heureusement compléter les biographies des évangélistes. Barnabé, oncle de Marc et ami de Paul, est tout à fait à sa place dans ces pages.

Tout comme Étienne le Protomartyr. Pourquoi, dans le martyrologe fourni de la première Église, avoir évoqué Polycarpe, le vieil évêque de Smyrne, Justin le philosophe et ses disciples, décapités à Rome, les martyrs de Carthage plutôt que d’autres ? Un tel choix est subjectif.

Il faut, ce n’est pas accessoire s’agissant de bande dessinée, parler du dessin. Les illustrateurs sollicités se révèlent d’un talent inégal. Certains, tel Isherwood, illustrateur de la vie de saint Luc, travaillent de façon classique, avec un vrai souci de la reconstitution historique, pour un résultat graphique plaisant.

 L’on peut trouver intéressante la manière dont Jeff Slemons évoque les martyrs de Carthage, dont il rend spectaculairement, ce qui n’a rien d’aisé, les visions, en particulier le fameux songe de l’échelle de Perpétue qui la conduit au paradis avec ses compagnons. 

Pour le reste, hélas, l’on navigue entre l’horrible – le martyre de Polycarpe est d’une atrocité insoutenable et d’abord d’un point de vue artistique … – , et le bizarre, à grand  renforts d’effets spéciaux déplacés, dignes des aventures de Superman.

Faut-il vraiment, pour plaire aujourd’hui, transformer les saints en super-héros de comics américains ? 

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