Notre quinzaine : La rentrée, le bonheur d’une remise en marche

Publié le 06 Sep 2023
Notre quinzaine : La rentrée, le bonheur d’une remise en marche

C’est mentir aux hommes de leur laisser entendre que, passés le repos de l’été et ses apéritifs ensoleillés, la rentrée scolaire et la reprise du travail menacent la tranquillité de leur existence. Il peut hélas arriver à tout moment que notre âme s’essouffle et que la fatigue de la vie se fasse sentir. Dans ce type de situation, pour donner le change autant que pour redonner de l’élan à notre quotidien, il est toujours précieux de revenir à la source de notre état de vie. À l’origine de notre raison d’être et de durer. À ces premières fois qui eurent valeur de première pierre. Au premier regard qui dit tout. À l’amour déclaré et offert. À la première lettre qui veut y répondre et au premier baiser reçu. Au premier enfant que l’on sent dans son sein ou que l’on tient dans ses bras. À la réception de sa vocation ou à sa première messe. À son premier travail et à son premier échec. À la blessure du premier proche qui part ou à la morsure de la première trahison vécue. Chaque pas compte aux yeux de Dieu et contient en lui-même son mérite propre.

Mais le regard des hommes est plus fragile, sa mémoire plus courte. Les premières fois, à l’image du charmant ouvrage de Philippe Delerm, La première gorgée de bière et autres plaisirs minuscules (Gallimard), nous ramènent sinon à l’essentiel, au moins constituent-elles des curseurs qui permettent de mesurer où nous en sommes sur le fleuve du temps qui passe et qui fait, nous dit Pagnol, « tourner la roue de la vie, comme l’eau celle des moulins ».

Ainsi, lorsque nous traînons davantage notre vie que cette dernière nous porte, il devient primordial, et même vital, de tordre le cou à toute forme de lassitude. Nous aurions l’âme en peine ? Allons puiser dans un petit livre, sûr et pratique, de quoi dynamiter notre hébétude et éperonner notre esprit. Les « premières » nous ramènent à l’essentiel, disions-nous. Le Compendium du catéchisme de l’Église catholique n’échappe pas à cette règle. Précisément, on lit à la première question, « Quel est le dessein de Dieu sur l’homme ? », la réponse suivante : « Infiniment parfait et bienheureux en lui-même, Dieu, dans un dessein de pure bonté, a librement créé l’homme pour le rendre participant de sa vie bienheureuse. » Nous apprenons là que nous sommes une créature, et dès lors une dépendance absolue. Nous ne sommes pas des êtres de droit, mais seulement des êtres de fait. Si nous avions été des êtres de droit, nous aurions toujours été, nous serions nécessaires. Mais un jour nous sommes nés, un jour nous avons commencé. Ce qui nous permet de constater, à la réflexion, que pendant longtemps le monde s’est passé de nous… La place que nous occupons, à l’échelle des siècles, s’avère infime et réduite. Demain nous cesserons d’être et la terre continuera à tourner. Le peu que nous sommes, nous ne nous le sommes pas donné. Nous ne l’avons pas choisi. Nous n’avons pas été consultés pour l’obtenir. Notre corps, notre âme, les caractéristiques de notre famille, nos racines, notre tempérament, notre santé : nous n’avons rien choisi du tout. Beaucoup nous a été donné au départ. Ce constat limpide ne laisse pas de place aux tergiversations : Dieu n’avait aucun besoin de nous et ce n’est donc pas pour cette raison, si agréable à notre amour-propre, qu’il nous a créés.

« Seigneur, pourquoi m’avez-vous créé ? », le voilà le grand cri de l’homme. À l’aube de cette nouvelle année académique, cette question intérieure a tout lieu de devenir boussole. Sa réponse indiquera notre nord et guidera notre nature blessée. Oui, c’est pour nous communiquer son Ciel, nous faire entrer dans son Paradis que Dieu nous a créés. Il nous a appelés à l’existence parce qu’il aspire, dans un dessein de pure bonté, à exercer en nous sa libéralité. Ce qu’enseigne le catéchisme tient de la tape derrière l’épaule, celle qui soutient, encourage et console. À nous de la recevoir comme telle.

Alors que l’Évangile du Christ se trouve caricaturé ou ignoré et que la transmission des repères et des principes solides se trouvent menacée, chaque baptisé a un rôle inestimable à tenir. Pour répondre aux défis de l’existence et de son état de vie, il pourra être précieux de recourir aux cinq sens. Non pas ceux qui nous permettent de ressentir le perceptible et le fugace, mais ceux qui nous donnent de percevoir l’éternel et l’indistinct. Le sens de l’honneur pour tenir ses engagements contre la culture du zapping. Le sens des priorités pour aller à l’essentiel contre la culture du divertissement. Le sens de l’Église pour défendre son enseignement constant contre la culture du bouleversement. Le sens de l’humour pour rire de nos ennemis contre la culture de l’oukaze. Le sens, enfin, de l’éternité pour donner à la vie son poids de gravité contre la culture de la désinvolture.

>> à lire également : Chapitre Saint-Lazare : un camp en République tchèque

Père Danziec

Ce contenu pourrait vous intéresser

A la uneÉditorial

Notre quinzaine : Quand on n’a que l’amour

Éditorial du Père Danziec | Notre monde est-il plus violent qu’autrefois ? Prenons garde de répondre trop vite par l’affirmative. Le refrain qui consiste à dire, en tout et nécessairement, « c’était mieux avant » mériterait certainement nuance et contextualisation. Face aux déchaînements de violence propres à l’atmosphère postchrétienne, il s’agit – plus que jamais – de devenir lumière dans les ténèbres. Comment cela ? En prenant la résolution vigoureuse d’accueillir en nous l’amour de Dieu.

+

amour
Éditorial

Notre quinzaine : L’espérance peut-elle être politique ?

Le Christ, notre véritable espérance, est ressuscité. Alléluia ! Nous venons à nouveau de proclamer cette bonne nouvelle qui n’est pas seulement celle d’un jour et d’une fête, fût-elle la plus grande du calendrier chrétien, mais celle qui rejaillit et irrigue constamment notre vie. Nous ne pouvons pas perdre de vue la finalité ultime d’un vrai combat politique qui est le règne du Christ sur les personnes, les familles et la société. Ne perdons pas courage ! Le but est lointain mais nous devons œuvrer à son avènement car notre espérance se fonde sur le Christ, mort et ressuscité.

+

espérance
ÉditorialDoctrine socialeLettre Reconstruire

Avortement : il est urgent de remonter à la source

Lettre Reconstruire n°34 – Edito | Le lundi 4 mars, le droit à l’avortement est officiellement entré dans la Constitution de la République française. Votée en 1975 comme une dépénalisation et une exception, la loi libéralisant l’avortement s’est muée au fil du temps en un véritable droit positif dont la remise en cause s’est vue de plus en plus entravée. Sans aucun doute, cette défaite pour la vie et pour le militantisme anti-avortement aura des conséquences dans les mois ou les années à venir. Un examen de conscience et une remise en cause des méthodes employées et de la doctrine sur laquelle se fonde ce combat sont nécessaires.

+

constitutionnalisation avortement
ÉditorialBioéthique

Notre quinzaine : La vérité, à temps et à contretemps

Édito du Père Danziec | Dans sa fameuse lettre Que dire à un jeune de vingt ans, Hélie de Saint Marc suggère à son jeune lecteur de « ne pas s’installer dans sa vérité et de vouloir l’asséner comme une certitude »mais lui conseille plutôt de « savoir l’offrir en tremblant comme un mystère ». Permettez-moi, à l’occasion de cet éditorial, de me plier à une rapide étude de la citation d’Hélie de Saint Marc en tentant de l’appliquer au drame de la constitutionnalisation de l’avortement qui fait la couverture de ce numéro.

+

vérité
ÉditorialCarême

Notre quinzaine : La gratuité ou l’amour à l’état pur

Edito du Père Danziec | La correspondance de dates entre la Saint-Valentin le 14 février et le mercredi des Cendres permet de lever le voile sur l’un des défis majeurs de notre époque. Disons-le sans détours : notre monde crève de dureté, de froideur, d’inclémence et d’impiété. Nos contemporains suffoquent chaque jour un peu plus de manque d’amour. Et pourquoi donc ? Parce qu’il réside au fond du cœur de l’homme un immense besoin d’amour. Parce qu’à l’image de Dieu, d’un Dieu qui est amour, l’homme est constitutivement fait pour l’amour.

+

carême amour gratuité