Notre quinzaine : Les pères, l’avenir des hommes

Publié le 12 Juil 2023
pères

La France en feu, le désordre en guise de réveil et comme un invincible sentiment d’impuissance. Lors des récentes émeutes qui ont traversé l’Hexagone de part en part, de Cholet à Béziers, de Saint-Lô à Besançon, de Bergerac à Roubaix, partout une violence aveugle et une bêtise crasse se sont unies pour semer le chaos. Jusqu’à la nausée.

Bien sûr, la crise des banlieues (ou de ce qu’il est devenu convenable d’appeler les « quartiers ») ne date pas de cette fin d’année académique. Les racines sont lointaines et, hélas, profondes. Spontanément seront évoquées, entre autres causes, les vagues migratoires imparfaitement contrôlées, la question d’une urbanisation insuffisamment réfléchie – le plan des « villes nouvelles » de Paul Delouvrier date des années De Gaulle… –, un service scolaire incontestablement en échec, un islamisme indubitablement en sécession.

L’exécutif aura cependant mis un fort accent sur la crise de l’autorité familiale comme l’une des sources de la crise des banlieues. Sur TF1, le président de la République en appelait « à la responsabilité des parents ». Pour le garde des Sceaux, en déplacement au tribunal de Créteil, il s’agissait de « redire aux parents qu’ils tiennent leurs gosses ». « Ce n’est pas à l’État d’élever les enfants. L’État peut aider les parents mais il ne peut pas se substituer à eux. » Les familles concernées par la remise en cause de la liberté de scolariser leurs enfants à la maison apprécieront.

Mais la sortie la plus détonante restera celle du préfet de l’Hérault, au micro de France Bleu Occitanie : « Quand on met au monde des enfants, on s’en occupe dès la naissance. Si effectivement, dans les 12-13 premières années, ces enfants sont élevés comme des herbes folles, il ne faut pas s’étonner qu’à 12-13 ans, on les voie caillasser des véhicules de police ou piller. »

Et d’ajouter, sans passer par quatre chemins : « Je sais qu’en 2019, le Parlement a interdit la fessée, mais très franchement, de vous à moi : si demain vous attrapez votre gamin qui descend dans la rue pour brûler des véhicules de police ou caillasser des pompiers ou piller des magasins, la méthode, c’est quoi ? C’est deux claques et au lit ! C’est ce que faisaient nos grands-parents. »

Nous connaissons la formule ciselée de Bossuet affirmant que Dieu se rit des hommes qui déplorent les effets dont ils chérissent les causes. Tout est là. Oui, nos anciens n’avaient pas le goût de la déconstruction qu’ont nos contemporains. Et face au chaos, nous savons que le maintien de l’ordre ne pourra se réaliser sans la préservation d’un ordre plus universel : celui qui s’appuie sur le Décalogue et la sagesse de l’Église.

Lorsque l’anarchie pointe le bout de son nez, à la hâte reviennent au principe d’autorité ceux-là mêmes qui l’ont déconstruit. Cette fameuse « tranquillité de l’ordre », cette paix civile recouvrée, ne pourra évidemment s’affranchir du rôle majeur des parents, et qu’on me permette de le préciser, de celui des pères.

La paternité sert de tuteur à l’âme. Tout père, pourvu qu’il sache s’imprégner de l’expérience bimillénaire de l’Église et de son enseignement constant, peut être en mesure de donner une orientation sûre à ses enfants, de renforcer cette conscience d’appartenir à un patrimoine commun. Le père se trouve sur le front pour prouver à sa famille qu’il ne peut y avoir deux vies parallèles : la vie qu’on nomme spirituelle et l’autre, la vie dite séculière. 

La vie chrétienne est totale. En embrassant l’intégralité de la personne, elle presse chaque baptisé de vivre le moins imparfaitement possible des vérités du Christ. La question n’est donc pas tant de vivre ensemble que de prendre plaisir à vivre ensemble. Le père soucieux d’une véritable paix domestique fuira tout consensus mou. Il devient civilisateur dans la mesure où, se nourrissant de l’Évangile, il contribue à dessiner « des espaces de paix et de sociabilité » pour reprendre l’expression charmante du professeur Pierre Chaunu.

Disons-le, les vacances offrent aux pères de formidables occasions de leur donner corps. Parce que nous ne venons pas de nulle part, il leur appartient de maintenir greffé le sarment sur la vigne qui est le Christ. Cette volonté féroce de transmettre la cohérence de la foi au blé qui lève ne pourra se réaliser si les pères eux-mêmes ne cherchent à vivre cette cohérence.

Durant l’été, nous fêterons le dixième anniversaire du rappel à Dieu de deux transmetteurs authentiques, Hélie de Saint-Marc et Jean Madiran (1). Voilà une résolution estivale toute trouvée pour ceux qui ont charge d’âme : relire l’un de leurs ouvrages au creux d’un transat pour y puiser de quoi se mettre debout au service de leur famille. Quel bel été en perspective !

 

  1. Vient de paraître : Du Bien commun, Éd. de L’Homme Nouveau, 164 p., 20 e.

 

A lire également : Guillaume Bernard : « ces émeutes sont une nouvelle illustration de la triple insécurité qui frappe la France »

Père Danziec +

Ce contenu pourrait vous intéresser

À la uneÉditorialChrist-Roi

Ni le Christ ni son Église ne sont en option

Éditorial du chanoine Pol Lecerf | Le 11 juin, juste avant la fête du Sacré-Cœur du Christ, les évêques américains, réunis dans la basilique du sanctuaire national de Marie, Reine de l’Univers, à Orlando (Floride), poseront un acte inédit : pour la première fois de leur histoire, les États-Unis d’Amérique seront solennellement consacrés au Sacré Cœur de Jésus. Roi par droit de naissance et par droit de conquête, le Christ a en effet un droit strict à régner non seulement sur les individus, mais aussi sur les familles et sur les cités politiques.

+

Sacred heart school Yercaud elango CC BY SA 4.0 scaled e1781094336390 christ
ÉditorialÉglise de France

Notre quinzaine : En route pour Pellevoisin !

L’Éditorial de Philippe Maxence | Je voudrais évoquer Pellevoisin, cette petite cité du Sacré Cœur, jeune cadette tout à la fois de Paray-le-Monial et de Lourdes, où la Vierge Marie est apparue quinze fois à Estelle Faguette (1843-1929). C’est aussi à Pellevoisin que repose l’écrivain Georges Bernanos, enfant de Dieu et soldat du Christ. D’Estelle Faguette à Bernanos, il nous faut réaffirmer la primauté de la contemplation.

+

P1140100 christ
Éditorial

Notre quinzaine : Pour un sursaut d’humanité et de dignité

L’éditorial de Philippe Maxence | La guerre frappe le golfe Persique. La situation économique est instable. Mais la nouvelle qui fait parler est celle du renvoie des éditions Grasset d'Oliver Nora par Bolloré. À côté, pourtant, le Centre national du Livre observe une baisse catastrophique et probablement irrémédiable de la lecture, dans toutes les catégories sociales et d’âge. Faisons de la lecture le premier pas d’une saine réaction, d’un sursaut d’humanité et de dignité, un acte pour sortir de la servitude volontaire.

+

humanité livre lire
Éditorial

Notre quinzaine : L’heure des saints vient toujours

Un seul juste est-il sauvé ? Les saints et les anges s’en réjouissent. Tâchons d’en faire autant, en nourrissant ainsi notre espérance. Dans la nuit de Pâques, 21 386 catéchumènes (adultes et adolescents) ont reçu la grâce du baptême. Pâques est la seule vraie nouvelle qui compte.

+

pâques saints
ÉditorialCarême

Pâques : quelle fut l’intention du Sauveur ?

Éditorial du chanoine Alexis d'Abbadie | Jésus, dans sa Résurrection, a rejeté tout triomphalisme. Quelle fut l’intention du Sauveur alors ? Certainement un enseignement profond qui est que le mystère de sa Résurrection doit avant tout se trouver et se vivre dans la profondeur de notre âme. D’où le fait que l’introït du jour de Pâques soit un chant humble, méditatif, rappelant presque le ton du carême.

+

pâques ressuscité