Notre quinzaine : Semper idem…

Publié le 27 Déc 2021

Comment mieux débuter cette nouvelle année qu’en nous replaçant dans le sillon des origines de L’Homme Nouveau ? En guise d’éditorial de ce numéro, nous publions deux extraits de textes du Père Marcellin Fillère, fondateur de notre journal (1). Il donne le ton de nos premiers pas et celui pour l’année qui vient. Sainte et bonne année à tous nos lecteurs et à leurs familles.

Un amour passionné

« Né d’un amour passionné de l’Église, L’Homme Nouveau a pour intention unique de servir la Cause de Dieu et de l’Église, à une heure difficile où de nombreux catholiques sont en proie à la confusion et au marasme.

Voici les aspects caractéristiques que nous nous efforçons d’imprimer à L’Homme Nouveau :

– Inflexibilité de la ligne : Église de Dieu d’abord.

– Interpréter les événements en fonction des exigences de la foi chrétienne et des intérêts de la catholicité.

– Fierté chrétienne : les catholiques n’ont pas à se mettre à la remorque des courants du jour et d’un jour.

– Netteté et loyauté.

– Appeler les choses par leur nom, dire ce qui est.

– Courage et acceptation de la lutte : ne pas considérer qui est puissant mais qui est malfaisant.

– Regarder comme l’exercice de la plus haute charité la défense du patrimoine apporté par le Christ à l’humanité.

– Charité envers les personnes : ne haïr que l’erreur et l’organisation des forces du mal.

– Opposition à toute tyrannie : aussi bien celle du socialisme marxiste que du socialisme fasciste, mais pour des raisons strictement religieuses, où le capitalisme, la Réaction et l’individualisme n’ont rien à voir.

– Ouverture : sur tout ce qui, dans le monde, a quelque valeur d’honnêteté et d’utilité.

– Réalisme : fondé sur Dieu, le Christ et l’Église, comme sur des réalités mères. Quiconque les adopte se situe dans la vérité et dans l’efficacité – même politique – la plus robuste.

Nous espérons que des lecteurs de plus en plus nombreux reconnaîtront dans L’Homme Nouveau quelques-uns de ces traits. »

Se battre pour la vérité

« Pour s’opposer à l’emprise d’une opinion régnante, à l’engouement du jour, à l’optimisme bourgeois, il faut risquer l’insuccès, l’isolement :

Pour arrêter l’ennemi envahissant, il faut se battre au risque d’y perdre la vie. Si nous méritons le reproche de confisquer ou de monopoliser la vérité, nos censeurs se sont-ils demandés s’ils ne monopolisaient pas trop facilement la charité et la douceur évangélique? Des deux monopoles, le second paraît certes le plus dangereux car la vérité se prouve par des arguments dont chacun peut vérifier la valeur, la charité est plus malaisée à établir. On ne le peut qu’en défendant sa propre vertu, en posant pour ainsi dire devant la galerie, en homme parfait. Au surplus, la charité est une vertu difficile à préciser en notre siècle de sentimentalité exacerbée. Malgré ses allégations, la mère qui capitule devant les caprices de son enfant ne l’aime pas vraiment. Semblablement, les provocations contre l’anticommunisme, les offres de collaborations iréniques à l’égard des marxistes, camouflent ou des affinités secrètes, ou un dégonflage devant leur succès électoral, ou un mimétisme “constitutionnel” : en tous cas, ne sont pas les signes certains de charité chrétienne. (…)

Devant une telle phobie de la polémique, de nombreux catholiques finiront par prendre en dégoût cette fameuse “charité” qui n’a plus rien à voir avec la vertu théologale dont parle le catéchisme.

L’une prend tellement au sérieux la vérité révélée qu’une divergence à son sujet est sentie comme essentielle ; pour l’autre les divergences doctrinales sont toujours secondaires.

L’une suppose la foi, et la foi ne va pas sans la haine de l’hérésie. L’autre est indépendante de la foi et manifeste un faible pour l’hérétique.

L’une s’allie volontiers avec la lutte contre l’erreur quelle qu’elle soit, l’autre élimine soigneusement toute polémique, surtout à l’égard de l’erreur triomphante.

L’une est pratiquement adoptée par toute tradition, l’autre est une nouveauté. »

1. Le premier texte est extrait de la collection de L’Homme Nouveau (éditorial du 22 juin 1947, n° 14) et le second du recueil des écrits du Père Fillère publié par Denis Rendu.

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