Notre quinzaine : Sous le porche du mystère…

Publié le 23 Nov 2020
Notre quinzaine : Sous le porche du mystère... L'Homme Nouveau

Les lecteurs de L’Homme Nouveau se souviendront certainement de ce passage du Porche du mystère de la deuxième vertu de Charles Péguy : « Ce qui m’étonne dit Dieu, c’est l’espérance. » Il fallait un poète pour exprimer l’incroyable nouveauté du christianisme et cette puissance de l’espérance, censée étonner jusqu’à Dieu lui-même. Loin d’une religion où celui-ci serait lointain, voire absent, ou d’une religion où l’homme subirait son destin sans en être vraiment acteur sous le regard goguenard des dieux, le christianisme a relié d’une manière inimaginable la terre au Ciel.

La prière pour nos défunts en ce mois de novembre en est un signe, comme l’est, d’une autre manière, l’Avent dans lequel nous allons entrer. Ces deux temps forts de la vie chrétienne sont habités par cette « petite fille espérance » de Péguy, lequel savait son catéchisme sur le bout des doigts et en avait fait le substrat de sa théologie.

Pouvons-nous seulement en dire autant ? On a beaucoup parlé d’une crise de la foi. On aurait tout aussi bien pu parler d’une crise de l’espérance tant la vertu chère à Péguy a été « horizontalisée », si l’on me permet ce néologisme. Au fil du temps, elle a pris les contours d’un optimisme béat, d’une sorte de vision joyeuse de l’existence, un a priori revendiqué contre les oppositions et les conflits, une surévaluation des points communs et des points de rencontre. Tout tranquillement, cette espérance d’un genre nouveau a voulu évacuer la mort et jusqu’à l’évocation d’une vie dans l’au-delà dont la perspective apparaissait bien fade au regard du confort et des plaisirs apportés par la vie moderne. La petite fille de Péguy est devenue une vieille dame racornie qui s’accroche à cette vie terrestre comme seul horizon. La crise sanitaire que nous traversons révèle à quel point, selon le mot de Chesterton, les vertus chrétiennes sont devenues folles à force d’être défigurées.

Réhabiliter l’espérance

Il faut donc réhabiliter l’espérance. La vraie, comme diraient les enfants. Préférer l’originale au toc de la modernité qui abîme tout sur son passage. Revenir aux fondamentaux, comme disent certains autres. C’est-à-dire, pour nous tous, aux bases de notre catéchisme.

L’Abrégé du Catéchisme de l’Église catholique rappelle que l’espérance « est la vertu théologale par laquelle nous désirons et attendons de Dieu la vie éternelle comme notre bonheur, mettant notre confiance dans les promesses du Christ et comptant sur l’appui de la grâce du Saint-Esprit pour mériter la vie éternelle et pour persévérer jusqu’à la fin de notre vie sur la terre. » (n.?387). Dans son Grand catéchisme, saint Pie X en donnait une définition encore plus ramassée : « L’espérance est une vertu surnaturelle, infuse par Dieu dans notre âme, par laquelle nous désirons et nous attendons la vie éternelle que Dieu a promise à ses serviteurs, et les secours nécessaires pour l’obtenir » (n. 892).

S’il est vrai que nous devons prendre soin de notre corps, comme un bien qui nous est confié par Dieu, notre perspective reste cette vie éternelle, vers laquelle nous devons tendre de toutes nos forces. Sans nier aucunement nos devoirs humains, ce qui reviendrait à tomber dans une autre erreur, nous devons les remplir dans la considération de l’éternité et du règne du Christ. Sub specie æternitatis !

Un condensé de l’Évangile

Nos devoirs humains ? Ils nous placent, pour leur part, sous le régime d’une autre vertu théologale, laquelle ne supprime pas l’espérance, mais la complète et la nourrit. Mais là encore, attention aux travestissements en cours. Qu’est-ce que la charité exactement ? L’Abrégé du CEC répond par ces mots : « la charité est la vertu théologale par laquelle nous aimons Dieu par-dessus tout et notre prochain comme nous-mêmes » (n. 388). Un beau condensé de l’Évangile !

C’est au titre de l’amour pour Dieu que nous agissons pour les hommes, à travers cette charité sociale, qui s’incarne dans ce que le XIXe siècle appelait les œuvres » (aide aux plus pauvres, aux écoles, etc.) et à travers la « charité politique » dont Pie XI (mais aussi Jean-Paul II ou, plus récemment, François) soulignait qu’elle est la plus haute forme de charité. C’est bien à ce titre que les catholiques devraient se réapproprier la doctrine sociale de l’Église (cf. notre dossier, p. 15), non sans en avoir éventuellement précisé le statut. Les vieilles idéologies ont mis le monde en feu, il est peut-être temps d’en revenir à une enfant. À la petite fille espérance de Péguy !

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