Notre quinzaine : Soyons les crèches vivantes du Christ vainqueur

Publié le 11 Déc 2020
Notre quinzaine : Soyons les crèches vivantes du Christ vainqueur L'Homme Nouveau

2020 qui va bientôt s’achever aura été décidément une année bien singulière. Pendant plusieurs mois, nous avons subi une retraite forcée, vivant loin de nos concitoyens, nous méfiant même d’eux, pressés que nous étions de nous protéger et de les protéger. Jamais, l’homme aura si peu répondu à sa nature profonde qui est de vivre au sein d’une cité, en relation avec les autres et poursuivant avec eux un but commun. Aristote est le premier dans La Politique (1253a) à avoir qualifié l’être humain de « Zoon Politikon » (animal politique), posant là les bases d’une véritable anthropologie. De ce point de vue, la succession des confinements et des mesures prescrites les accompagnant n’a cessé de réduire en nous la part politique, et donc proprement humaine, pour agrandir, si nous n’y prenons pas garde, la part animale.

Mais, paradoxalement, et c’est au fond le principal, nous avons également expérimenté directement combien nous avons besoin des autres, combien aussi la santé physique ne pouvait constituer un horizon suffisant à une véritable existence humaine et qu’un ordre social juste devra sortir un jour de cette redécouverte pratique de l’antique vérité soulignée par Aristote.

Déconfinement mental

Pour sa part, le catholicisme français, au moins dans sa frange la plus active et la plus jeune, aura également montré, à la face d’une société entièrement sécularisée et engoncée dans un matérialisme de fin de civilisation, l’importance du culte rendu à Dieu. La prière publique de l’Église a ainsi retrouvé, le temps des négociations, droit de cité, manifestant clairement que l’homme ne vit pas seulement de pain.

Est-ce l’heure du réveil pour certains responsables catholiques ? Nous pouvons au moins l’espérer, tout en rappelant, à temps et à contretemps, que la situation dans laquelle nous sommes plongés, bien au-delà du confinement lui-même, n’est ni normale, ni bonne. À ce sujet, il faut se persuader d’une vérité assez simple : il est possible de penser autrement, et de le dire. Il est possible de réorganiser la vie en société, non pas à partir d’une idéologie supplémentaire, mais en nous appuyant sur les principes éternels de la sagesse humaine, surélevée par la sagesse divine. Au fond, un Soljénitsyne n’a pas pris d’autres chemins.

En ce sens, la première des libérations, le vrai déconfinement, ne consistera pas demain dans le fait de quitter les masques physiques que nous portons par obligation. Dès maintenant, il consiste à abandonner définitivement les corsets mentaux qui enserrent nos esprits dans la prison mentale d’un impossible retour à une société digne et juste. Nous ne sommes pas seuls ! Plus de 2 000 ans de sagesse humaine et de sagesse chrétienne nous accompagnent dans cet effort de libération en vue de reconstruire la civilisation.

Le second Avènement

À cette aune, nous vivons une période de grâce. Et ce temps de l’Avent, début de l’année liturgique et préfiguration de la joie de Noël, le souligne encore davantage. Entièrement ordonné à nous préparer à la venue du Christ, l’Avent nous offre l’occasion d’aménager la crèche de notre âme pour accueillir dignement le Sauveur du monde qui s’est fait petit enfant. De nous transformer spirituellement en imitateur de l’Immaculée Conception que nous avons fêtée le 8 décembre dernier ! C’est-à-dire de remettre devant nos yeux les perspectives essentielles.

À vrai dire, la première venue du Christ, avènement dans la chair, a eu lieu une fois pour toutes et s’est inscrite dans l’histoire des hommes. Elle a transformé à jamais le cours des âges, par ce miracle incroyable d’un Dieu qui a pris la nature humaine, jusqu’à devenir un petit enfant. Merveille de la stratégie divine qui consiste à transformer toute chose par l’humilité.

Mais la célébration que nous faisons à Noël de ce miracle a pour but aussi de hâter le second avènement du Christ : celui qui doit avoir lieu dans nos âmes. Le théologien médiéval Pierre de Blois écrit à ce sujet : « Nous sommes présentement dans le second Avènement : pourvu toutefois que nous soyons tels qu’il puisse ainsi venir à nous ; car il a dit que si nous l’aimons, il viendra à nous et fera sa demeure en nous. »

Que Noël soit donc humainement ce que nous espérons ou non, souhaitons donc qu’il reste habité par la vertu d’espérance qui nous fait désirer par-dessus tout les biens surnaturels, et parmi eux que notre âme devienne, malgré la tempête du dehors et les incertitudes qui se profilent, la « mangeoire » dans laquelle reposera le Christ. C’est pourquoi, au nom de toute l’équipe de L’Homme Nouveau, je vous souhaite une excellente fête de la Nativité. Et, si Dieu le veut, à l’année prochaine

Ce contenu pourrait vous intéresser

A la uneÉditorial

Notre quinzaine : L’enjeu de véritables vacances

Édito du Père Danziec (n° 1812) | À l’heure où vous tiendrez ce magazine entre vos mains, les mois chauds et sympathiques des vacances se seront de nouveau installés. Voici venu le temps de nous délasser des labeurs et des fatigues de l’année académique ! Comment donc ne pas vous souhaiter, chers lecteurs de L’Homme Nouveau, de véritables semaines d’été reposantes ! Car oui, le repos est sacré !

+

vacances
ÉditorialLettre Reconstruire

Retrouver le sens de la vérité

Lettre Reconstruire n° 38 (Juillet 2024) | Éditorial | Dans les moments de trouble comme nous en vivons actuellement, dans les périodes d’accélération dans les remises en cause de tous ordres, il faut au moins, individuelle­ment et familialement, se raccrocher aux points de repère certains aux plans naturel et surnaturel. Contre le doute, il faut entretenir en soi la recherche permanente de la vérité.

+

france 4684488 1280 vérité
Éditorial

Notre quinzaine : Dieu se rit…

Éditorial de Philippe Maxence | Où va la France ? Cette question, nous sommes beaucoup à nous la poser depuis le résultat des élections européennes et la dissolution de l’Assemblée nationale. Ce choix présidentiel, prévu par la Constitution, a entraîné une accélération de l’histoire dont nous ne savons pas où elle mènera notre pays. Bossuet écrit que « Dieu se rit des prières qu’on lui fait pour détourner les malheurs publics, quand on ne s’oppose pas à ce qui se fait pour les attirer. Que dis-je ? quand on l’approuve et qu’on y souscrit, quoique ce soit avec répugnance. »

+

dieu droite gauche
ÉditorialLiturgie

Notre quinzaine : Rester, non pas dans le coup, mais dans le cœur !

Édito du Père Danziec | Tel est le principe du cycle, une continuation, sans arrêt et circulaire, dont le centre est Dieu. En ce mois de juin, comme l’an passé, et l’année qui lui était précédente, et les autres encore qui leur étaient antérieures, et ce depuis des siècles, l’Église militante de la terre invite une nouvelle fois les fidèles à se tourner vers le Sacré Cœur de Jésus. Un cœur source de vie pour nos âmes en manque de palpitations.

+

sacré cœur
Éditorial

Notre quinzaine : « Mon vieux, je suis un homme nouveau »…

Édito de Philippe Maxence | Cette année encore, le pèlerinage de Notre-Dame de chrétienté qui s’est déroulé à la Pentecôte a rencontré un véritable succès avec plus de 18 000 pèlerins inscrits. Des jeunes, beaucoup de jeunes mais aussi des familles réunissant les parents et les enfants, voire parfois les grands-parents. À son ami Joseph Lotte, Péguy avait déclaré : « Mon vieux, je suis un homme nouveau. J’ai tant souffert et tant prié, tu ne peux pas savoir. (…) J’ai fait un pèlerinage à Chartres, 144 kilomètres en trois jours... » Au XXe siècle, Péguy représente la réalisation de la parole évangélique : « Si le grain de blé ne tombe en terre et ne meurt, il reste seul, mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruits » (Jn, 12, 24). 

+

homme nouveau Chartres
ÉditorialEglise de France

Notre quinzaine : Catholiques, un point c’est tout !

Édito du Père Danziec | Ils viennent de partout mais ils ne vont pas nulle part. Ils marchent ensemble, dans la même direction. Leur rayonnement subjugue et l’organisation qui les entoure impressionne. Ils sont de tous les âges et de toutes les conditions. Ils s’agenouillent ensemble et partagent le même Credo. Ils sont pèlerins de Chartres, marcheurs de Dieu et témoins de chrétienté. Ils sont catholiques. Tout simplement catholiques. Non des catholiques à part mais des catholiques à part entière, aspirant bonnement à le devenir toujours plus intégralement, la grâce de Dieu aidant.

+

catholiques Chartres