Notre quinzaine : Une rentrée sous le regard de la Vierge Marie

Publié le 19 Août 2022

Le 15 août dernier, nous avons fêté avec l’Église tout entière l’Assomption de la Vierge Marie. Pour nous Français, cette solennité prend un relief particulier puisque la Mère du Christ est dans le mystère de ce jour la patronne principale de la France. On connaît l’origine de ce patronage dans la consécration de son royaume effectuée par le roi Louis XIII à la suite du vœu qu’il fit demandant un fils qui sera justement le bien nommé Dieudonné, le futur Louis XIV. En consacrant la France à la Vierge Marie, le roi ordonnait également que cet acte soit renouvelé tous les ans et qu’une procession réunisse le clergé et le peuple pour manifester publiquement la royauté de Marie sur la France.

La suite ? Elle fut moins sous le signe de la fidélité que sous celui de l’impiété. Sous le règne de Louis XIV, le Christ se manifesta auprès d’une humble visitandine, sainte Marguerite-Marie, et demanda la reconnaissance officielle de la royauté du Sacré Cœur. L’appel ne fut, semble-t-il, pas entendu. La Révolution, non seulement refusa le catholicisme, mais le combattit avec une haine inépuisable. À la place du culte à Marie, Notre-Dame de Paris abrita celui de la « déesse Raison ». Au fond de son cachot, Louis XVI fit un vœu pour consacrer sa personne, sa famille et son royaume au Sacré Cœur. Puis Napoléon subvertit d’une certaine façon le 15 août en s’inventant une fête, si bien qu’il était difficile de savoir si l’on honorait ce jour-là la Mère de Dieu ou l’empereur des Français. Quant à la République, dès lors qu’elle rompit avec l’Église, elle manifesta envers la fête de l’Assomption une indifférence teintée d’un très fort rejet.

La lettre apostolique oubliée de Pie XI

On sait moins généralement qu’en 1922, première année de son pontificat, Pie XI, le pape de la royauté sociale du Christ (encyclique Quas Primas, 1925), proclama à son tour Notre-Dame de l’Assomption « patronne principale de la France » dans une lettre apostolique au titre si évocateur : Galliam, Ecclesiae filiam primogenitam. Le ton était clair et solennel : « après mûre délibération, dans la plénitude de Notre pouvoir apostolique, par la force des présentes et à perpétuité, Nous déclarons et confirmons que la Vierge Marie Mère de Dieu, sous le titre de son Assomption dans le ciel, a été régulièrement choisie comme principale patronne de toute la France auprès de Dieu, avec tous les privilèges et les honneurs que comportent ce noble titre et cette dignité ». Le même texte proclamait également sainte Jeanne d’Arc patronne secondaire de la France, à laquelle, le 3 mai 1944, Pie XII adjoignit, avec une égale dignité, sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus.

Le recours à Marie

On s’étonnera peut-être qu’en cette rentrée je m’attarde ainsi sur la fête du 15 août et sur les liens de la France avec Notre-Dame de l’Assomption. Mais dans une période de crise qui touche aussi bien la société civile que l’Église, il est toujours nécessaire de revenir vers Marie. La liturgie elle-même nous y invite d’ailleurs. Le mois de septembre nous convie ainsi à fêter la Nativité de la Vierge Marie mais aussi à faire mémoire du saint Nom de Marie puis de Notre-Dame des Douleurs. Le mois d’octobre, lui, est entièrement consacré au Rosaire, avec le 7 octobre la fête même de Notre-Dame du Rosaire, établie en souvenir de la victoire des armées chrétiennes sur les Turcs à Lépante, le 7 octobre 1571.

Royauté du Christ, royauté de Marie

Comment dès lors ne pas placer notre rentrée et toute l’année qui suit sous le regard et la protection de la Vierge Marie ? Quand Pie XII institua la fête de la Royauté de Marie, il déclara que c’est dans le « Cœur Immaculé de la Bienheureuse Vierge Marie » que « repose le grand espoir de voir se lever une ère de bonheur où régneront la paix chrétienne et le triomphe de la religion ». Si nous prenons bien la mesure de ces propos, qui se retrouvent exprimés par la bouche de plusieurs souverains pontifes à travers l’Histoire, nous constaterons qu’il ne s’agit pas là d’une dévotion spécifique ou d’une spiritualité particulière, mais bien de la pensée commune de l’Église.

C’est donc tout naturellement, si l’on peut dire, que nous entendons placer cette rentrée sous le regard et la protection du Cœur Immaculé de la Vierge Marie. Dans son encyclique Ad Caeli Reginam (11 octobre 1954), Pie?XII soulignait que c’est de « son union avec le Christ-Roi » que « découle la puissance royale qui l’autorise (Marie, ndlr) à distribuer les trésors du Royaume du Divin Rédempteur ». Tâchons de ne pas l’oublier et d’en vivre particulièrement en cette France, « royaume de Marie. »

Ce contenu pourrait vous intéresser

A la uneÉditorial

Notre quinzaine : « Mon vieux, je suis un homme nouveau »…

Édito de Philippe Maxence | Cette année encore, le pèlerinage de Notre-Dame de chrétienté qui s’est déroulé à la Pentecôte a rencontré un véritable succès avec plus de 18 000 pèlerins inscrits. Des jeunes, beaucoup de jeunes mais aussi des familles réunissant les parents et les enfants, voire parfois les grands-parents. À son ami Joseph Lotte, Péguy avait déclaré : « Mon vieux, je suis un homme nouveau. J’ai tant souffert et tant prié, tu ne peux pas savoir. (…) J’ai fait un pèlerinage à Chartres, 144 kilomètres en trois jours... » Au XXe siècle, Péguy représente la réalisation de la parole évangélique : « Si le grain de blé ne tombe en terre et ne meurt, il reste seul, mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruits » (Jn, 12, 24). 

+

homme nouveau Chartres
ÉditorialEglise de France

Notre quinzaine : Catholiques, un point c’est tout !

Édito du Père Danziec | Ils viennent de partout mais ils ne vont pas nulle part. Ils marchent ensemble, dans la même direction. Leur rayonnement subjugue et l’organisation qui les entoure impressionne. Ils sont de tous les âges et de toutes les conditions. Ils s’agenouillent ensemble et partagent le même Credo. Ils sont pèlerins de Chartres, marcheurs de Dieu et témoins de chrétienté. Ils sont catholiques. Tout simplement catholiques. Non des catholiques à part mais des catholiques à part entière, aspirant bonnement à le devenir toujours plus intégralement, la grâce de Dieu aidant.

+

catholiques Chartres
ÉditorialChrétiens dans le monde

Le Vietnam catholique après Diên Biên Phu (2/3) : Une réappropriation progressive du clergé vietnamien

Dossier « Le Vietnam catholique après Diên Biên Phu » 2/3 | Comment les soubresauts de la décolonisation ont-ils affecté l’Église du Vietnam ? Désireuse de maintenir une distinction essentielle entre colonisation et mission et de faire émerger de véritables communautés catholiques locales, Rome avait en fait pris soin très tôt de former et d’émanciper un clergé indigène pour remplacer les missionnaires occidentaux.

+

vietnam clergé
Éditorial

Notre quinzaine : Vertu de piété ou nostalgie ? 

On a beaucoup reproché à nos compatriotes de se complaire dans la commémoration des défaites de la France. Dans le souvenir de Diên Biên Phu, il ne s’agit pas tant d’entretenir aujourd’hui la nostalgie d’une époque révolue que de se placer dans la perspective de la vertu de piété naturelle dont on rappellera ici en passant qu’elle est annexe à la vertu de justice et qu’elle nous permet de rendre imparfaitement ce que nous devons à nos parents et à notre pays. Le devoir de piété relève des premiers principes de la loi naturelle et trouve une expression synthétisée dans le quatrième commandement du Décalogue.

+

Diên Biên Phu piété naturelle
ÉditorialDoctrine socialeLettre Reconstruire

Subsidiarité et bien commun

Édito de la Lettre Reconstruire n°35 | Ce nouveau numéro de Reconstruire continue, à travers la rubrique « Questions de principe », à aborder l’enseignement pontifical à propos de la subsidiarité. Formulé scientifiquement par Pie XI, mais déjà présent chez Léon XIII, le principe de subsidiarité n’a cessé de prendre une place grandissante dans le corpus social catholique. Au point, comme nous le soulignons dans ce même numéro, d’être introduit indirectement dans le nouveau Code de droit canonique (1983) et donc dans la vie de l’Église elle-même.

+

subsidiarité bien commun
Éditorial

Notre quinzaine : Quand on n’a que l’amour

Éditorial du Père Danziec | Notre monde est-il plus violent qu’autrefois ? Prenons garde de répondre trop vite par l’affirmative. Le refrain qui consiste à dire, en tout et nécessairement, « c’était mieux avant » mériterait certainement nuance et contextualisation. Face aux déchaînements de violence propres à l’atmosphère postchrétienne, il s’agit – plus que jamais – de devenir lumière dans les ténèbres. Comment cela ? En prenant la résolution vigoureuse d’accueillir en nous l’amour de Dieu.

+

amour