Notre quinzaine : nous ne sommes pas du même monde

Publié le 22 Fév 2023
monde

Nous voudrions chanter et porter beau. Publier de l’enthousiasme, toujours. Distribuer de la joie de vivre, partout. Partager un feu sacré, résolument. Nous souhaiterions clamer aux hommes combien nous sommes comblés d’être chrétiens. Heureux à ras bord de notre saint baptême. Ravis d’être réceptacle de ce Christ qui est la voie, la vérité et la vie.

Nous rêverions de distribuer des sourires angéliques aux angles des rues ou sur les quais des gares, de ces sourires qui réchauffent les âmes et adoucissent les cœurs. Nous désirerions donner le goût, l’envie, l’exemple. Nous aimerions surtout transmettre Jésus. Que notre prochain nous écoute certes, mais plus encore qu’il le suive. Que des multitudes se placent à son école et participent à leur tour à la grande communication des biens divins.

Hélas, le principe de réalité nous rattrape, à l’image de la voix sévère du Bouillon rappelant en classe – et à l’austérité de son tableau noir – le petit Nicolas évadé avec Alceste, Rufus et Clotaire dans leurs jeux de récréation. Il faut nous rendre à l’évidence : oui, le monde dans lequel nous vivons semble vouloir mettre en retenue nos âmes et leur ordonner de rester au coin. Il nous empêche de regarder par la fenêtre et d’enfouir notre regard dans le ciel.

Un monde à part

D’une part, semblables à des collés du mercredi, nous nous sentons isolés, perdus dans un univers de plus en plus hermétique à l’enseignement du Christ – quand il lui arrive encore d’en avoir cure… D’autre part, nous avons honte de le dire, il en vient aussi que ce monde nous fatigue, que sa laideur nous effraie, que ses mœurs nous lèvent le cœur, que ses figures médiatiques nous débectent, que ce qui sort de ses écrans nous apparaisse profondément méprisable.

Nous découvrons, gênés et confus, que trop souvent nous n’avons ni le goût du partage, ni celui de la diffusion. Que nous sommes bien dans nos communautés paroissiales, certes. Mais surtout, que nous voulons rester sans eux, au point de garder l’Évangile pour nous…

Dans La vie aux champs, le vers de Victor Hugo, « le poète en tout lieu/Se sent chez lui, sentant qu’il est partout chez Dieu », indique justement ce à quoi tout catholique devrait aspirer pour lui-même : se sentir partout chez Dieu ! Ah, que donnerions-nous pour vivre sous le règne de l’Évangile, bénéficier d’une harmonie d’esprit, éprouver une identité de principes, jouir d’une unité de vie, le tout dans une société où enfin nous serions compris, puisque enfin nous serions en famille !

Bien sûr, nous partageons avec Guy de Larigaudie le sentiment que le monde où nous vivons n’est pas à notre taille et, comme lui, nous avons « le cœur gros parfois de toute la nostalgie du ciel ». Évidemment qu’il nous tarde de savourer l’enchantement du Ciel.

Néanmoins, avant toute chose, notre tristesse mérite d’être remise à sa place. La Foi nous rappelle en effet que nous ne sommes pas faits pour ce monde, mais pour l’autre. Cette conviction intime, jaillissant du cœur de Dieu, doit fonder dans nos âmes une joie sereine et imperturbable.

Stimulé, plutôt que bercé, par l’enseignement du Christ, chaque baptisé se trouve donc invité à sortir de lui-même, à contribuer humblement à faire de l’atmosphère terrestre l’antichambre du Ciel. Inlassablement, l’esprit du monde pourra s’illusionner de parvenir à bâtir un énième paradis ici-bas – sans barrière, sans prière, sans frontière –, sa « sagesse » sentira quand même toujours l’arnaque et la farce. « Dieu n’a-t-il pas convaincu de folie la sagesse du monde ? » (1 Co, 1, 20)

Antichambre du Ciel

La doxa actuelle offre des chaussons et un devenir aseptisé, égocentré, quand le message de l’Évangile propose des bottes de saut et l’aventure de l’éternité, de l’altruisme. Le discours dominant embourgeoise et installe, quand les Béatitudes aiguillonnent et bousculent.

Déjà, en son temps, saint Paul invitait les chrétiens de Corinthe à se méfier de l’esprit du siècle « qui aveugle les intelligences et agit sur elles afin que la splendeur de l’Évangile leur reste voilée » (2 Co 4, 4). Aujourd’hui encore, la gangrène du superficiel, de l’immédiateté et de l’éphémère continue de rider les âmes et d’étouffer tout appétit de transcendance et de permanence.

Que faire alors ? Pour Chesterton, « Le plus heureux des destins humains est de trouver quelque chose à aimer ; mais le deuxième sort le plus heureux est certainement de trouver quelque chose à combattre. » Le bonheur d’aimer nettement notre bon Seigneur, l’honneur de combattre opiniâtrement le mensonge vont certainement à rebours du monde. Eux seuls permettront pourtant d’en construire un meilleur. Celui d’un homme nouveau se sachant fait pour l’éternel.

 

A écouter également : Le Père Danziec, prêtre de la génération Benoît XVI

Père Danziec +

Ce contenu pourrait vous intéresser

ÉditorialLéon XIV

Bienvenue à Léon XIV

Éditorial du chanoine Laurent Jestin | Nous accueillerons Léon XIV bientôt. D’autres papes sont venus (ou non) avant lui. Lancera-t-il un appel vibrant comme le « N’ayez pas peur ! » du Jean-Paul II de 1980 ou apportera-t-il clarté et fermeté aux Français, comme le fit Benoît XVI en 2008 aux Bernardins ?

+

pape Léon XIV bienvenue
ÉditorialMagistèreSynode sur la synodalité

Notre quinzaine : Salus animarum suprema lex

Fin septembre prochain, Léon XIV visitera la France. Ce voyage sera vraiment un succès si le Pape nous confirme dans la foi. Ce souhait découle de l’ordre de mission donné par Jésus-Christ à Pierre et que rappelait dernièrement Mgr Mutsaerts dans une lettre ouverte au Pape à propos du Synode sur la synodalité et du salut des âmes (Salus animarum suprema lex).

+

Léon XIV salut des âmes pape Salus animarum
Éditorial

Un été avec saint Louis

L’éditorial de Philippe Maxence (n° 1859) | Le 29 novembre prochain nous commémorerons les 800 ans du sacre de saint Louis. Sa fête a été fixée au 25 août, le jour de sa naissance au Ciel. Pouvions-nous laisser passer de telles occurrences en ne consacrant pas le dossier de ce numéro d’été à saint Louis et à l’immense héritage spirituel, moral et politique qu’il nous a légué ?

+

saint louis spécial été L’Homme Nouveau
Éditorial

Apologie de l’abandon chrétien par temps chaud

Voix au chapitre | La grande chaleur agite les médias et les populations mais n'est-ce pas contraire à l'esprit évangélique ? Le Christ nous a avertis contre les préoccupations artificielles et paralysantes. Petit guide de l'essentiel pour un été vraiment serein et abandonné.

+

l’abandon chrétien par temps chaud
ÉditorialChrist-Roi

Ni le Christ ni son Église ne sont en option

Éditorial du chanoine Pol Lecerf | Le 11 juin, juste avant la fête du Sacré-Cœur du Christ, les évêques américains, réunis dans la basilique du sanctuaire national de Marie, Reine de l’Univers, à Orlando (Floride), poseront un acte inédit : pour la première fois de leur histoire, les États-Unis d’Amérique seront solennellement consacrés au Sacré Cœur de Jésus. Roi par droit de naissance et par droit de conquête, le Christ a en effet un droit strict à régner non seulement sur les individus, mais aussi sur les familles et sur les cités politiques.

+

Sacred heart school Yercaud elango CC BY SA 4.0 scaled e1781094336390 christ