Nouvelle traduction du Lectionnaire liturgique : de la traduction à la réduction ?

Publié le 03 Juin 2015
Nouvelle traduction du Lectionnaire liturgique : de la traduction à la réduction ? L'Homme Nouveau

Une « nouvelle traduction officielle liturgique intégrale » de la Bible. Rome (la Congrégation pour le Culte divin) et nos évêques l’avaient souhaitée et ils l’ont promulguée. En exécutants dociles et confiants, les communautés et les paroisses se procurent les nouvelles éditions pour le Lectionnaire des dimanches et pour celui de la semaine : des volumes coûteux, mais rien n’est trop beau pour la sainte liturgie… et bien souvent, reconnaissons-le, ce n’est pas du luxe, compte tenu de l’état de délabrement, dans nos sacristies, de bien des lectionnaires usés qui n’ont pas été remplacés depuis la réforme liturgique. Du coup, cette nouvelle présentation du texte biblique attire l’attention du lecteur et de l’auditeur, qui sont amenés, spontanément, à mettre en parallèle et à comparer la nouvelle traduction avec l’ancienne, que nos assemblées avaient progressivement mémorisée depuis des décennies.

Il est évident qu’aucune traduction n’est infaillible et ne peut prétendre rendre parfaitement le texte source, en hébreu ou en grec, souvent plus riche et plus dense que sa traduction en français. Et l’on peut toujours discuter sur des variantes sans importance (1) : la tâche des traducteurs n’est pas facile, qui doivent tenir compte et du sens littéral et du génie propre de la langue française orale. Cependant, après déjà une expérimentation de plusieurs mois, on ne peut pas ne pas buter et s’interroger sur certaines traductions qui apparaissent comme des réductions. Je n’en donnerai que deux exemples qui sont assez flagrants.

La « Maison » qui est le « Temple »

Le mardi de la quatrième semaine de Carême, la liturgie nous offre la magnifique vision d’Ézéchiel (47) qui voit jaillir du côté droit du Temple l’eau vive qui fait fleurir le désert et assainit les eaux de la mer Morte. Préfiguration de Jésus Lui-même qui se présente comme le Temple nouveau (Jn 2, 19-21) d’où jaillit l’eau vive du salut (Jn 4, 10 ; 7, 38 ; 19, 34 ; Ap. 22, 1). Dans la traduction nouvelle, à quatre reprises, au lieu de « Temple », le texte se contente de parler de « Maison ».

On objectera que l’hébreu n’est pas plus explicite et emploie bien ce simple terme de maison. Mais dans les chapitres précédents, il n’est question que de « Maison du Seigneur », de « Sanctuaire » où le culte divin est célébré : il est clair que, pour Ezéchiel, il s’agit bien du Temple qui est à Jérusalem, et pas de n’importe quelle maison… Pour les hommes de la Bible, les bédouins du désert, résidant sous des tentes ou habitant des maisons troglodytes, la « Maison » ne pouvait être que celle d’un prince ou désigner le Temple de Dieu.

Cela n’est plus du tout évident pour l’auditeur de la nouvelle traduction. Or, que l’on consulte la Bible de Jérusalem, la Bible des Peuples ou encore la TOB, toutes ces traductions prennent soin de préférer le terme « Temple » à celui de « Maison », pour bien conduire le lecteur dans la juste interprétation du texte dans son contexte. La nouvelle traduction nous prive de cette « clef » et du coup nous empêche d’ouvrir les portes des riches citations parallèles du Nouveau Testament évoquées plus haut.

« En ce temps-là » qui est « l’Heure où Jésus passait de ce monde à son Père »

Dans son Évangile, saint Jean introduit le Triduum Pascal (chap. 13 à 21) par cette ouverture solennelle : « Avant la fête de la Pâque, sachant que l’heure était venue pour Lui de passer de ce monde à son Père, Jésus, ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu’au bout ». Or, depuis le vendredi de la quatrième semaine de Pâques jusqu’au jeudi de la septième semaine – pas moins de dix-sept jours de suite, hormis l’Ascension –, la liturgie nous donne à entendre l’Évangile selon saint Jean, introduit chaque fois par ce verset (du moins jusqu’à présent dans l’ancien lectionnaire) : « A l’heure où Jésus passait de ce monde à son Père, Il disait à ses disciples »… Rappel johannique quotidien, en ce temps pascal, de cette « heure » capitale où le Sauveur va livrer sa vie pour nous faire « passer » avec Lui à la vraie Vie. Et du coup, nous recevions vraiment l’évangile du jour comme faisant partie des derniers enseignements du Seigneur et annonçant déjà les fruits de sa Passion. La même glose introductive, on la retrouvait, dans les trois années A, B et C, pour les évangiles (toujours selon saint Jean) des cinquième, sixième et septième dimanches de Pâques !

J’ai consulté le missel anté-conciliaire que j’avais reçu à ma profession de foi et qui m’a accompagné quelques années, jusqu’à la réforme : la traduction française du récurrent « In illo tempore » prenait déjà soin de préciser et de circonstancier : « Dans le discours après la Cène » ou encore « Au soir du Jeudi saint »… Hélas, la nouvelle traduction ne prend plus cette peine : elle se contente d’une formule on ne peut plus banale et passe-partout : « En ce temps-là »… qui nous fait perdre de vue la densité poignante de ce moment unique où les Apôtres, au terme du dernier repas, recueillent le testament d’amour du Maître et l’annonce prophétique de sa Résurrection et du don de l’Esprit. J’aimerais bien savoir quel exégète éclairé est passé par là pour mettre en doute ce cadre spatio-temporel où s’inscrivent ces propos du Seigneur… 

Pour ma part, et je ne suis pas le seul, je vois là un réel appauvrissement et une amputation que je déplore vraiment. Car toute traduction de l’Écriture doit s’inscrire dans la tradition dans laquelle l’Église l’a toujours reçue et interprétée. Déjà la traduction française de la liturgie eucharistique, par certaines insuffisances ou inexactitudes, a posé depuis longtemps des questions qui n’ont toujours pas trouvé de réponses (2). Il est à craindre que la « nouvelle traduction officielle » du Lectionnaire apporte parfois, aux prédicateurs comme aux fidèles, plus de difficultés qu’un réel profit.

  1. Etait-il bien utile et nécessaire de changer des formulations dans des passages qui, depuis longtemps, étaient déjà bien mémorisés par les fidèles comme par les prédicateurs ?

  2. Cette traduction du missel doit être elle aussi revue et corrigée.

Ce contenu pourrait vous intéresser

À la uneÉgliseÉglise de FranceLéon XIV

Léon XIV en France : Un voyage résolument catholique

Spécial venue du Pape en France | Le succès du voyage apostolique de Léon XIV apparaît comme une divine surprise dans un pays ou le catholicisme semble condamné à disparaître et où l'épiscopat est encore à la remorque du progressisme. Le ton résolument spirituel du Souverain Pontife a conquis les foules et son courage moral face aux politiques mérite d'être souligné malgré l'omission de certains sujets.

+

Léon XIV pape
À la uneÉgliseÉglise de FranceLéon XIV

Léon XIV en France : La grâce de Pierre

Spécial venue du Pape en France | La visite de Léon XIV en France a finalement dépassé tous les pronostics. Si les catholiques ont bien été au rendez-vous, nombre d’incroyants n’ont pas été insensibles à cet homme en blanc venu à la rencontre de tous depuis Rome. L’un des effets de ce voyage tient au fait que Léon XIV s’est naturellement imposé comme le vicaire du Christ, rompant ainsi avec une Église synodale.

+

Léon XIV en france autorité pierre pape
À la uneÉgliseÉglise de FranceLéon XIV

Figurante pour la veillée des jeunes avec Léon XIV : « Je voulais vivre cet accueil du Pape de manière particulière »

Spécial visite du Pape | Durant la veillée des jeunes avec le Pape, environ 300 figurants se sont relayés tout au long de la partie spectacle, dans différents rôles, notamment ceux de saints, de porte bannières et porte reliques. Parmi eux, Pauline, 27 ans et ergothérapeute dans la vie « civile », a bien voulu répondre à nos questions sur l'opportunité de vivre de l’intérieur cette soirée hors-norme.

+

vierge statues ©diocese Nanterre copie figurant
À la uneÉgliseÉglise de France

Maison Saint-Joseph : un accueil à l’ombre de Fontgombault

Initiatives chrétiennes n° 1862 | Séjourner à côté d'une abbaye ? De nombreuses personnes le souhaiteraient mais l'offre n'est pas toujours abordable ni adaptée. Sous l'impulsion de Guillaume d'Alançon, entrepreneur, une maison Saint-Joseph va bientôt s'ouvrir dans une commune voisine de Fontgombault, pour accueillir prêtres ou familles. Entretien avec Guillaume d'Alançon, président de la Société Saint-Joseph.

+

Maison Saint-Joseph accueil