Pour fêter le Très Saint Corps du Christ

Publié le 04 Juin 2015
Pour fêter le Très Saint Corps du Christ L'Homme Nouveau
Le jeudi après la Trinité, l’Église célèbre la fête du « Très Saint Corps du Christ », encore appelée en France « Fête-Dieu ». En raison de son importance, elle est solennisée – et même, dans la forme ordinaire, déplacée – le dimanche suivant, dans les pays où ce jeudi n’est pas férié.

 

C’est à une révélation privée que cette fête doit son origine : alors qu’au XIIe-XIIIe siècles, à la suite de controverses autour de la Présence réelle, la piété eucharistique progressait, une religieuse augustine de l’actuelle Belgique, sainte Julienne de Cornillon, eut la révélation qu’il manquait à l’année liturgique une fête commémorant l’institu­tion de l’Eucharistie. D’abord instituée à Liège en 1246, celle-ci fut étendue à toute l’Église par le pape troyen Urbain IV (1264). Le choix de sa date, le premier jeudi après la fin du cycle pascal, en fit alors comme le couronnement des cycles liturgiques célébrant les mystères du Sauveur.

Profusion de joie

Les textes de la fête (messe et office) – attribués, sans certitude absolue, à saint Thomas d’Aquin (†1274) – frappent par la profusion d’alléluias, chant d’allégresse de Pâques où l’Église exulte pour « ce jour que fit le Seigneur » (Ps 117, 24).

De façon générale, on y trouve la précision théologique de la période scolastique unie à un lyrisme d’inspiration biblique. Les trois oraisons de la messe, communes aux deux formes du rit romain, résument bien les trois sens que le Docteur Angélique donne au sacrement : mémorial de la Passion (passé, collecte), ferment d’unité et de paix (présent, secrète) et figure de notre admission à jouir de Dieu dans l’éternité (avenir, postcommunion).

À première vue, dans la liturgie de ce jour, c’est surtout « le pain des Anges devenu la nourriture de ceux qui sont en chemin » (séquence) qui est célébré. Saint Thomas explique, à l’office, que Jésus « voulait que l’immensité de (son) amour se grave plus profondément dans le cœur des fidèles. C’est pourquoi à la dernière Cène, après avoir célébré la Pâque avec ses disciples, (…) il institua ce sacrement comme le mémorial perpétuel de sa Passion, l’accomplissement?des?anciennes préfigurations, le plus grand de tous ses miracles ; et à ceux que son absence remplirait de tristesse, il laissa ce sacrement comme réconfort incomparable » (Bréviaire Romain et Liturgie des Heures). « Ô banquet sacré, chante-t-on aux vêpres, où le Christ est reçu en nourriture, où sa Passion est commémorée, où notre âme est comblée de grâces, où nous est donné le gage de la gloire future » (Ant. O sacrum).

Prêtre éternel et véritable

De fait, cette nourriture, c’est bien comme mémorial de sa Passion que le Christ nous la donne. Car sous l’apparence du pain, c’est sa chair qui est nourriture et sous celle du vin, son Sang est le breuvage. C’est ce que rappelle la préface : Jésus est « le prêtre éternel et véritable, qui apprit à ses disciples comment perpétuer son sacrifice. Il s’est offert à (Dieu) en victime pour notre salut. Il nous a prescrit d’accomplir après lui cette offrande pour célébrer son mémorial. » Ainsi, « quand nous mangeons sa chair immolée pour nous, nous sommes fortifiés. Quand nous buvons le Sang qu’Il a versé pour nous, nous sommes purifiés » (Missel Romain [1970-2002], préface I de l’Eucharistie, très proche de la préface propre à la France de 1962).

Enfin, comme le Jeudi saint, une procession agrémente cette fête, non plus pour accompagner le Christ au reposoir, mais pour L’adorer et comme prendre sa suite : « Par tes voies, conduis-nous au terme où nous tendons : la lumière où tu habites » (hymne Sacris solemniis des matines).

 

Pierre Julien

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