Pour rester sous le regard de Dieu

Pour rester sous le regard de Dieu L'Homme Nouveau

Après un été marqué par des attentats terroristes sur notre sol et l’offensive du burkini sur nos plages et alors que les élections se profilent dans un horizon proche il convient de ne pas perdre le bénéfice des vacances et de puiser notre énergie à la source divine.

Comment ne pas gaspiller dès les premiers jours de la rentrée les grâces, petites ou grandes, reçues pendant ce temps de vacances ? Comment vivre cette nouvelle année dans le monde sans y être absorbés ? Comment garder cet esprit de retraite pour demeurer « le sel de la terre » et « le levain dans la pâte » ? En quoi ce que nous avons reçu pendant l’été peut-il nous aider à revenir dans notre vie quotidienne afin d’y porter plus de fruits ? D’y être plus ajustés à la volonté de Dieu ?

Toutes ces questions, laissons-les résonner dans notre esprit et dans notre cœur afin qu’elles y creusent leur sillon d’où jailliront des réponses concrètes. Il ne s’agit pas de se formuler de grandes résolutions mais d’être attentif à demeurer dans une certaine disposition de l’âme. Cet été, notre pays a une nouvelle fois été éprouvé par des attentats islamistes. Et nous sommes à l’orée d’une longue année électorale : primaires, présidentielle puis législatives. Au vu des récentes polémiques sur le désormais fameux burkini, on peut craindre que l’hystérisation des débats, la simplification, l’amalgame et les confusions intellectuelles aillent bon train. Comment aborder la réalité des évènements, ce qu’ils manifestent et les enjeux qu’ils soulèvent sans se laisser déterminer par les réactions épidermiques, réactions encouragées par les réseaux sociaux et les nombreux sites d’information en continu ? Il en va non seulement de notre hygiène mentale mais aussi de notre responsabilité de catholiques envers notre cité. Il est de notre devoir de prendre de la distance. Et qui le fera si ceux qui ont à envisager le monde humain selon le regard de Dieu ne le font pas eux-mêmes ? Nous savons par notre foi que l’histoire des hommes est l’Histoire du salut dans laquelle le bon grain et l’ivraie poussent simultanément. Notre champ de vision va de la Genèse à l’Apocalypse et a pour centre l’évènement pascal. Tel est pour nous le gond de l’Histoire universelle et nous devons inlassablement lutter pour que notre regard demeure fidèle à cette mesure. Seules la prière (personnelle et liturgique) et l’étude (des choses de Dieu, de la nature et de l’homme) nous permettent de recevoir la grâce de ce regard, pur et lucide, généreux et exigeant sur la situation de notre monde et plus particulièrement de notre pays.

Une crise générale

La France vit avec une acuité particulière la crise générale de la modernité, peut-être parce qu’elle en est un des acteurs principaux. Gangrenée par la déchristinanisation que l’État républicain a orchestrée de manière systématique à partir des années 1880, elle ne sait plus qui elle est. Répondre « la patrie des droits de l’homme », comme certains en ont pris l’habitude, loin d’éclaircir la question ne fait que l’obscurcir. En effet, la crise de la modernité est d’abord une crise anthropologique. L’homme moderne ne sait plus qui il est. Un animal ? Une machine ? Un ange ? Un dieu ? La modernité depuis plus de trois siècles est ce mouvement par lequel l’homme veut devenir souverain de la nature et donc de lui-même et pour cela se coupe de toute antériorité : Dieu, l’ordre naturel, les traditions et les coutumes. Tout cela est au mieux réduit à un matériau malléable pour la création d’un produit, fût-ce soi-même. Le désastre écologique actuel en est une des manifestations. La désespérance actuelle de la paysannerie française aliénée par ce que les multinationales et les institutions syndicales et étatiques lui ont vendu depuis cinquante ans comme « le progrès » en est, par exemple, un des signes les plus douloureux. Mais nous pouvons penser aussi au saccage de l’école ou encore à l’aliénation de nombreuses femmes « libérées ».

Face à tous ces maux, deux mouvements spontanés sont des tentations à déjouer : celui de l’activisme qui plonge tête baissée dans le cours des choses en perdant de vue la finalité ; la tactique supplante la stratégie. Notre classe politique et ses militants sont malheureusement souvent engagés dans cette impasse. Ainsi ceux qui aujourd’hui réclament une loi interdisant le burkini sans prendre la mesure des réels enjeux et contraintes internes à la situation. Cette confusion entre les lois et les mœurs est typique du jacobinisme dont notre pays ne cesse de subir les effets désastreux depuis plus de deux siècles. Sans compter qu’une loi devant être universelle, cela aboutirait à interdire tout signe religieux dans l’espace public. Régression laïciste et jeu de dupes.

La responsabilité des laïcs

L’autre tentation est bien sûr le renoncement engendré par le fatalisme ou une secrète haine du monde. Or le regard distancié que Dieu nous communique n’est pas l’alibi pour nous désengager et fuir nos responsabilités. Toute la doctrine sociale de l’Église exhorte les fidèles laïcs à prendre part aux affaires de notre monde pour les ordonner à Dieu et par là se sanctifier. Il s’agit de comprendre que l’activisme et le fatalisme ne sont souvent que les deux faces d’une même disposition intérieure, celle qui consiste à ne compter que sur ses propres forces. Je peux ainsi passer de l’engouement pour une cause au découragement, de la quête fébrile de l’efficacité au dégoût.

En ce début d’année puissions-nous être ceux qui d’abord sont ancrés en Dieu, se reçoivent quotidiennement de lui dans la prière et, par là, discernent où le Seigneur les veut pour faire croître son Règne de justice et de paix. Les choses les plus essentielles de notre vie sociale et politique commencent dans notre vie quotidienne. C’est là que se trament les rencontres, les habitudes de vies, les mœurs. Ce n’est pas par la loi que l’on produit les mœurs, c’est par une multitude de petits actes. Mais ces actes sont-ils libres et conscients ? Ou bien sont-ils mus par le mimétisme des modes et des slogans ? Les mouvements de l’Histoire tirent leur force aliénante de la faiblesse de ceux qui ont en charge de défendre le vrai bien et de l’incarner dans leur vie. Toute réforme politique véritable s’enracine dans la réforme des mœurs et celle-ci ne peut être adéquate à la dignité humaine que si ses artisans s’abreuvent à la source divine.

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