Pourquoi la France devra légiférer sur la GPA

Publié le 22 Août 2014
Pourquoi la France devra légiférer sur la GPA L'Homme Nouveau

Un Japonais de 24 ans, père de quinze bébés conçus par mères porteuses en Thaïlande.

Un petit garçon trisomique thaïlandais dont les parents adoptifs australiens ne voulaient plus après sa naissance par mère porteuse.

Les autorités australiennes ne parvenant pas à faire appliquer la loi interdisant la Gestation pour autrui (GPA) contre de l’argent et voyant tous les couples demandeurs faire leurs démarches à l’étranger.

Une femme pauvre, au Népal, qui s’est soumise à un traitement hormonal stimulant l’ovulation pour pouvoir vendre ses gamètes jusqu’à mettre sa santé en danger.

Des « usines à bébé » en Inde et dans d’autres pays pauvres, où des femmes restent enfermées neuf mois pour satisfaire le désir d’enfants de riches Occidentaux.

Des entreprises américaines de GPA venues faire la promotion de leurs « produits » en France, où cette pratique est encore interdite, sous le silence complaisant des autorités.

Des sites internet francophones, hébergés en Ukraine, proposant des catalogues de mères porteuses, des réductions sur les bébés et des « bons plans » pour contourner la loi française.

Des enfants conçus par GPA à l’étranger, adoptés par des couples français, hors de tout cadre juridique.

Mépris des lois et appât du gain

Les scandales liés à la GPA n’en finissent plus d’éclater aux quatre coins du monde, c’est un livre entier que l’on pourrait écrire sur le sujet pour raconter ces histoires toutes plus sordides les unes que les autres. Un sujet idéal pour un roman policier… sauf que tous les évènements relatés ci-dessus sont vrais. L’on dégage aisément les causes de ces différentes affaires :

– un flou juridique dû à la fois aux législations propres des pays qui n’ont pas tous légiféré sur le sujet, dû également à la disparité des réglementations à échelle mondiale. Il faut noter que ce flou juridique concerne, d’une part, les conditions de la GPA en elle-même et, d’autre part, le statut des différents « parents » (adoptifs, biologiques…) et les conditions d’accès et de connaissance de leurs origines accordées aux enfants ainsi conçus.

– la séparation des femmes du monde en deux catégories : celles qui payent et celles qui portent les enfants des riches, séparation calquée sur la fracture entre pays riches et pays pauvres.

– la promesse d’un marché mondial extrêmement lucratif, qui rapporte déjà gros dans certains pays tels que l’Inde où les usines à bébés font un bénéfice allant de 500 millions à deux milliards de dollars par an.

– le mépris absolu du principe d’indisponibilité du corps humain, tant pour la mère porteuse qui se loue que pour l’enfant que l’on achète.

Vers une règlementation internationale ?

Bref, la Gestation pour autrui (GPA) aujourd’hui, c’est d’abord un scandale moral évident… Mais cela n’émeut guère nos « élites » médiatiques et politiques. C’est également un casse-tête juridique sans précédent… Et c’est cela qui contrarie nos têtes pensantes. Qu’ils soient favorables ou non à la GPA, les dirigeants de tous les pays du monde devront, si ce n’est déjà fait, légiférer sur le sujet. Mais il est évident que ce phénomène, ayant pris une dimension mondiale, ne pourra être encadré par les seules législations nationales. Les récriminations des Français opposés à la marchandisation du corps ne pèseront pas bien lourd dans la balance à côté des revendications de tous ceux qui, aux quatre coins de la planète, s’enrichissent ou satisfont leurs désirs en achetant des bébés. Comme il y a des conventions internationales pour le commerce « classique », il y aura des conventions internationales pour le commerce des corps. À ceux qui s’y opposeront, on expliquera doctement que puisque ces pratiques existent de fait, il faut les encadrer pour éviter les dérives…

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