Quelques films pour commencer l’année

Publié le 10 Jan 2023
films

Et si, après les réunions familiales et les sorties en tous genres, vous gardiez quelques soirées de ce début d’année afin de regarder un film chrétien ? Grâce au développement de SAJE diffusion et de sa plateforme, il est devenu facile d’en trouver pour tous les goûts et de tous les genres, du plus drôle au plus tragique, de plus profond au plus distrayant.

De Maria nunquam satis, affirme l’Église : l’on ne parlera jamais assez de Marie. Il est donc juste et bon de commencer par des longs métrages qui lui sont consacrés.

Si, en France, diffuser des programmes catholiques à la télévision ou au cinéma représente une atteinte sacrilège à la laïcité élevée au rang de religion de substitution, ainsi que l’ont prouvé quelques incidents récents, et les levées de bouclier contre les chaînes du groupe Bolloré qui osent passer outre à ce tabou, ce n’est pas le cas en Italie, de sorte qu’y tourner des films ouvertement chrétiens y est ordinaire. Tel ce Marie de Nazareth grand public de Giacomo Campiotti qui, en dépit d’un conseil scientifique et théologique impressionnant, en prend parfois à son aise avec ce que nous savons de la vie de Notre-Dame.

L’on est un peu interloqué devant les inventions du scénario, tels les liens d’amitié entre Marie au seuil de l’adolescence et Marie-Madeleine, entraînant la Vierge jusque dans l’entourage délétère d’Hérode, où son amie plus âgée, en quête d’honneurs et de réussite, est à la recherche d’un beau parti. D’où sortent ces histoires destinées à remplir les zones d’ombre de l’Évangile et donner l’impression d’apporter du nouveau ? Peut-être des innombrables révélations privées plus ou moins crédibles dont les Italiens sont friands mais elles n’apportent rien à l’intrigue.

Pour le reste, nous sommes dans une iconographie cinématographique non moins italienne, un peu mièvre, certes, mais charmante. Rien à redire, à condition de ne pas tenir ces ajouts pour vérités évangéliques !

Terre de Marie de Juan Manuel Cotello et Alexis Martinez commence, remarquable idée, comme un film d’espionnage. Un homme est convoqué discrètement dans une église espagnole par une femme qui ressemble à la mystérieuse M des James Bond. Cet agent très spécial se voit chargé d’une mission à hauts risques : tenter d’identifier des gens, répandus aux quatre coins de la planète, qui, au lieu de se laisser prendre aux mirages du consumérisme et du politiquement correct ambiants, vivent tournés vers une autre réalité, unis par des liens puissants et invisibles.

L’urgence est de comprendre qui est la femme inconnue avec laquelle tous prétendent avoir été en contact et qui leur transmet les consignes d’un chef invisible…

Un peu incrédule, l’agent se lance à la poursuite de cette prétendue association secrète qui, en fait, ne se cache pas le moins du monde, au contraire ! S’introduisant avec une facilité déconcertante auprès de gens qui ne demandent que cela, il recueille des témoignages de plus en plus troublants concernant la Dame mystérieuse et ses demandes…

L’idée de départ est excellente mais le film s’essouffle vite car il aurait fallu de gros moyens pour tenir le rythme d’une parodie de superproduction hollywoodienne. Oscillant entre fiction et reportage, par l’introduction de nombreux entretiens avec des personnes qui, mannequin vedette, professeur de médecine athée, homme d’affaires sans scrupule, ont vu leurs vies bouleversées par Notre-Dame, ce long métrage ne trouve jamais tout à fait son point d’équilibre mais nul ne peut mettre en doute la profonde dévotion mariale de ses réalisateurs.

Attention, chef-d’œuvre méconnu ! C’est certainement le commentaire qui s’impose s’agissant du long métrage de Ian et Dominic Higgins, Le treizième jour, démonstration qu’avec des moyens dérisoires, comparés à ceux dont disposent les gros studios américains, l’on peut quand même faire un très grand film et donner une admirable adaptation de l’histoire des apparitions de Fatima.

Aucun effet spécial ici mais un récit intimiste, en noir et blanc, ce qui donne à l’image une beauté hors du temps, d’une parfaite fidélité aux faits et au contexte historique, et de jeunes acteurs inconnus touchés par la grâce font, pendant une heure et demie, entrer au cœur du drame marial et de ses avertissements. Bouleversé, vous pleurez sans vergogne mais sortez de ce visionnage meilleur, pour un moment au moins. Un film à voir, revoir, méditer, et faire connaître, très largement.

Sur le même sujet, voici Fatima, film qui disposait à l’évidence d’un budget plus important mais n’apporte pas les mêmes satisfactions esthétiques et spirituelles. Recevant un universitaire incrédule, sœur Lucia accepte, en 1989, de sortir du silence et raconter les événements de 1917.

Le scénario prétend coller aux faits, ce n’est pas vrai. Dans une volonté de dramatisation, Lucia est décrite soumise à une mère que la mobilisation de son seul fils a quasiment rendue folle et qui fait au reste de la famille une vie infernale. L’on admettrait presque, dans ce contexte, que la fillette se soit, en effet, comme le dit le professeur incrédule, « inventé une mère plus aimante ». Reste que Lucia n’avait pas de frère au front et que la guerre restait dans ce village portugais un événement lointain…

Vouloir représenter le monde invisible est toujours un exercice risqué. L’ange du Portugal, ambigu au possible, n’est guère attrayant ; la très jolie jeune femme qui veut incarner Notre-Dame du Rosaire et se donne beaucoup de mal pour ressembler à l’image officielle de l’apparition est par moments inquiétante, à se demander si elle est bien Celle qu’elle prétend être, la vision de l’enfer, en décalquant la représentation présente dans l’église paroissiale accrédite l’idée, fausse, qu’un voyant s’inspire toujours d’une iconographie familière.

Quant à la danse du soleil, elle est réduite à rien. Seul le jeu très juste des jeunes acteurs sauve l’ensemble. Tel quel, il s’agit d’un film grand public ambitieux mais qui a manqué ses objectifs.

Le 18 juin 1961, quatre fillettes chapardent des pommes dans un verger près de San Sebastian de Garabandal, village perdu dans le nord de l’Espagne. Soudain, une Dame de toute beauté leur apparaît et leur annonce les désastres qui menacent le monde et l’Église si les hommes ne se convertissent pas.

C’est le début d’une série d’apparitions de la Vierge, accompagnée de saint Michel, et ponctuées de phénomènes mystiques déroutants, dont des communions angéliques dûment photographiées par les témoins, que, d’emblée, l’épiscopat espagnol réfutera avec agressivité. Est-ce parce que les révélations de Garabandal, contemporaines du concile Vatican II, ne vont pas vraiment dans le même sens ?

Condamnés, discrédités, occultés, enfouis, ces événements auraient dû sombrer dans l’oubli. Il n’en a rien été. Après que Jean-Paul II ait demandé leur réexamen et l’aveu retentissant de certains experts qui confessèrent mensonges, tromperies et manipulations, force a été d’y regarder de plus près.

Si, en l’état, l’ordinaire n’a toujours pas reconnu la supernaturalité des faits, Garabandal n’est plus aujourd’hui le secret gênant qu’il fut ; un pèlerinage florissant y attire désormais beaucoup de jeunes Espagnols.

Avec, là encore, de très petits moyens et un budget des plus réduits, grâce au concours d’acteurs bénévoles talentueux, le Garabandal, Dieu seul le sait de Brian Alexander Jackson et Jose Luis Saavedra est un joli film, assez fidèle aux événements, quoique les actrices qui interprètent les voyantes soient trop âgées pour le rôle. Réhabiliter ces apparitions, c’est rappeler que le catholicisme n’a pas commencé en 1962, ce n’est pas un crime de le dire.

Restons en Espagne avec le « biopic » de Pablo Moreno, Saint Antoine Marie Claret.

Madrid 1930. La guerre civile menace. Les passions s’exacerbent. Républicain convaincu, hostile au catholicisme, l’historien Azorin s’est illustré jadis par ses virulentes attaques contre Mgr Claret, archevêque de Cuba, confesseur de la reine Isabelle II, qu’il a dépeint comme un prélat hypocrite et corrompu.

En vieillissant, il se prend à regretter des attaques partisanes sans rapport avec la vérité, ce qu’il a l’honnêteté de reconnaître publiquement. Cet aveu lui vaut la visite du postulateur de la cause de béatification d’Antoine-Marie qui lui propose d’en écrire la biographie.

Consciencieux, l’universitaire se plonge dans la documentation prêtée et découvre le vrai visage de l’archevêque : celui d’un industriel catalan qui, au début d’une belle carrière, abandonna tout pour devenir prêtre et, en pleines guerres carlistes, se consacrer aux pauvres, aux démunis, à ceux qui doutaient de l’Église et du Christ ; un prélat qui, à Cuba, osa affronter la puissance des planteurs pour défendre les esclaves noirs, au risque de sa vie ; un directeur de conscience qui, expédié à Madrid pour l’empêcher de nuire aux intérêts commerciaux des esclavagistes, parla un langage de vérité à la reine Isabelle II, dépassée par ses responsabilités et ses souffrances personnelles.

Saint Antoine Marie Claret est mal connu en France. Ce film touchant, aux belles images soignées, laissera cependant un peu sur leur soif ceux qui auraient aimé connaître sa vie spirituelle et son œuvre d’évangélisation autant que son action sociale et politique.

Vous pensez que le catholicisme a l’exclusivité des bassesses cléricales et des jalousies épiscopales ? Regardez L’Homme de Dieu de Yelena Popovic et vous aurez la démonstration que les Orthodoxes ne font pas mieux que nous.

Alexandrie, 1890. Nektarios, évêque de Pentapole, a, dans toute l’Égypte, la réputation d’un saint. Sa charité, son souci des autres, son indifférence au monde font de lui un personnage à part, aimé du peuple et des fidèles, au grand dam du saint synode local, moins détaché des biens terrestres et qui envisage avec inquiétude son éventuelle accession au patriarcat alexandrin, qu’il pourrait avoir la fâcheuse idée de réformer.

Afin d’éviter pareil désastre, le clergé local déclenche une persécution féroce contre le prélat, accusé de crimes d’autant plus difficiles à réfuter qu’ils ne sont jamais clairement définis. Destitué, Nektarios se réfugie en Grèce où, si chacun loue ses dons de prédicateur et s’entend à reconnaître qu’il a été diffamé, il n’est pas question pour autant de lui rendre des fonctions dignes de lui.

Pendant quarante ans, chassé de partout, calomnié, discrédité, accusé à tort des pires turpitudes, mais pardonnant inlassablement à ses persécuteurs, le hiérarque orthodoxe, tel le divin Maître, n’aura pas même une pierre où reposer sa tête. Quand il fonde, avec quelques jeunes filles, une communauté de moniales sur l’île d’Égine, le vieil homme malade pense avoir enfin trouvé la paix. En fait, le pire est devant lui…

Canonisé par le patriarcat d’Athènes en 1961, en 1998 par celui d’Alexandrie, saint Nectaire d’Égine est une admirable figure d’obéissance, fût-ce aux exigences les plus injustes et les plus odieuses, totalement abandonné à la volonté divine, serait-elle humainement incompréhensible.

Tourné dans des teintes sépia, avec des plans d’une grande beauté, très travaillé, illuminé par l’interprétation inspirée d’Aris Servetalis, et la beauté des chants de la liturgie byzantine, L’homme de Dieu dit l’injustice humaine, la mauvaiseté de certains milieux ecclésiastiques, et le silence de Dieu, parfois incompréhensible. En le visionnant, vous mesurerez ce qui nous sépare, nous, pécheurs, d’un saint authentique.

« Si tu veux faire rire Dieu, fais des projets » dit la sagesse des nations… Jose, New Yorkais latino, l’a appris à ses dépens. Quelques secondes ont suffi à faire basculer sans retour le destin de ce jeune footballeur prodige qui s’apprêtait à signer un contrat avec le Real Madrid…

Dix ans plus tard, sa carrière sportive anéantie dans l’œuf, Jose est cuisinier au restaurant mexicain de son frère aîné, bourreau de travail aussi dur pour lui que pour les autres. Mais cette dureté lui devient soudain insupportable lorsque son peu fraternel patron licencie brutalement Nina, (Tammy Blanchard), une serveuse.

Révolté, Jose claque la porte et part à la recherche de la jeune femme, enceinte, abandonnée, et qui, sans travail, n’a plus d’autre choix, désormais, que se débarrasser du bébé.

Jose réussira-t-il à la convaincre de ne pas avorter ? Parviendra-t-il à se libérer du terrible fardeau qu’il porte depuis trop longtemps ? La révélation de quelques lourds secrets sera-t-elle pour sa famille l’occasion de resserrer ses liens ou de les rompre ?

Dans le rôle de Jose, meurtrier involontaire accablé sous le poids de sa faute, le mannequin et chanteur mexicain Edoardo Verastegui, remarquablement beau bien qu’il se donne grand mal pour s’enlaidir, se montre bouleversant, avec une interprétation toute en nuances et finesse.

Tammy Blanchard, qui a connu quelques beaux succès dans des films plus médiatiques, interprète une fille mère paumée, aux abois, désespérée et farouche très émouvante. Les seconds rôles sont excellents.

Bella d’Alejandro Monteverde ne peut être regardé ni comme un film ouvertement catholique ni comme une dénonciation de l’avortement. Tout ici est sous-entendu, avec tact et délicatesse, mais, sans discours moralisateur, sans donner de leçons, ce petit bijou rappelle que l’amour et le pardon sont possibles, et peuvent permettre de triompher des pires situations.

Changeons de registre avec Prière de m’épouser de Corbin Bernsen.

Lisbeth, charmante trentenaire au début d’une carrière prometteuse, belle, riche, douée, rêve de la seule chose qu’elle n’ait pas : l’amour. Lasse de ses perpétuels échecs sentimentaux, elle décide de s’inscrire sur un site de rencontres et jette son dévolu sur celui qui lui semble le plus sûr : un forum de rencontres chrétien.

Hélas, Lisbeth, totalement agnostique, ne possède aucune culture religieuse. Lorsqu’un jeune homme bien sous tous rapports lui répond, et qu’elle le trouve à son goût, au lieu de lui dire la vérité, elle se fait passer pour une évangéliste militante, rôle plus difficile à assumer qu’il y paraît et qui va, en l’entraînant dans une série de mensonges absurdes, menacer son histoire d’amour…

Peut-on faire une « comédie romantique » sur un sujet pareil ? Oui, jusqu’à un certain point car les efforts de Lacey Chabert pour amuser tombent souvent à plat. Il y a quelque chose d’un peu pathétique dans tout cela qui prête finalement assez peu à rire.

 

A lire également : Gad Elmaleh : le film d’une conversion ?

Anne Bernet

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