Sortir l’Église de la crise

Publié le 15 Avr 2023
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A l’occasion de la fête de Pâques deux articles ont été particulièrement commentés. L’un de BFM s’intéresse aux catholiques de tradition sous un titre angoissant : « « Ça s’insinue petit à petit » : les traditionalistes gagnent-ils du terrain dans l’Église ? » . L’autre de Jean-Marie Guénois pour Le Figaro intitulé « Comment les jeunes prêtres veulent sortir l’Église de la crise » qui, à travers des témoignages de prêtres, dresse le constat de cette crise profonde davantage qu’il ne propose de solution.

 

À BFM on aimerait faire comprendre combien la tradition (et pas le traditionalisme) est profondément liée à la nature de l’Église, combien vaine serait l’idée d’une Église qui ne transmettrait pas, qui ne serait pas la gardienne et la garante du dépôt de la foi que Notre Seigneur a enseignée par sa parole et par ses actes au cours de sa vie terrestre. À Jean-Marie Guénois et aux prêtres qui constatent la grave crise dans laquelle s’enfonce le catholicisme on voudrait à la fois préciser l’origine de la crise et la thérapie qu’il faut appliquer.

Préciser l’origine du mal

Depuis des décennies on a donné cours à toutes les innovations au nom de la pastorale, afin de parler à l’homme contemporain qui semblait se détourner de l’Église. Ce n’était pas totalement faux.

Mais au lieu de bien comprendre pourquoi l’homme moderne se détournait de l’Église, on a ambitionné de transformer l’Église pour rejoindre le monde. Monde moderne qui s’est construit contre Dieu et qui crève, littéralement. Qui crève de s’être détourné, qui le constate à présent mais qui ne veut pas en tirer les conséquences. Cette pastorale de la conciliation est, évidemment, un échec cuisant.

Certains, profondément progressistes, prétextant une foi adulte libérée de la religion et des superstitions, ont décidé dans les années 1960 qu’il ne fallait plus enseigner le catéchisme, plus baptiser les nouveau-nés, plus pratiquer d’actes de piété.

Ils ont parfaitement réussi leur œuvre relativiste : ne voulant rien transmettre ils n’ont rien transmis et la République avec ses 872 milliards d’euros de dépense sociale a fini d’écrabouiller l’action caritative qui restait leur seule prétention chrétienne. N’en parlons plus.

L’enjeux est aujourd’hui du côté des catholiques « observants », cette part importante de clercs et de fidèles classiques, conservateurs, représentants des générations Jean-Paul II et Benoît XVI, nos frères dans la foi, souvent nos frères de sang — beaucoup de catholiques de tradition viennent de ces chapelles-là.

Ils sont cependant marqués, à leur insu, par certains travers contemporains : transformant parfois le catholicisme en méthode de coaching spirituel ; se contentant d’accompagner les hommes de notre temps par une spiritualité très psychologisante, tournée vers le sentiment et faisant trop peu cas de la Croix et du péché originel ; proposant une liturgie insolite favorisant l’émotion personnelle et collective par une participation agissante ; très investis dans la défense de la morale mais négligeant le socle dogmatique de la foi ; recherchant par naturalisme des remèdes séduisants mais trompeurs…

Reconnaissons-le aussi, avec une véritable fidélité à l’Église, un sentiment d’appartenance résolu, une sincérité indéniable. Ces catholiques ont soif, ils ont dans la bouche le goût amer du pontificat, ils ont un réel désir spirituel, ils aspirent à une véritable dignité liturgique mais ne parviennent pas encore tout à fait à se saisir du remède nécessaire.

Adopter la juste thérapie

Pour ce faire il faut admettre — et assurément ce n’est pas facile — il faut admettre que les voies ouvertes depuis le milieu du XXe siècle sont des impasses, des échecs cuisants. Cette prise de conscience n’est pas évidente parce que l’on a imposé à chacun, clercs et laïques, d’être les acteurs, les concepteurs, les animateurs toujours renouvelés de la pastorale au lieu d’être les disciples fidèles pleins de gratitude pour le legs généreux.

Il leur faut donc exercer un regard critique sur ces manières d’agir pour dresser le diagnostic précis du désastre. Ou plus exactement — désastre est peut-être trop fort — des négligences, des légèretés, des présomptions dont il est souvent fait preuve depuis plus d’un demi-siècle.

Pour ces derniers catholiques pratiquants, la difficulté réside donc dans l’humble acceptation à puiser au patrimoine commun plutôt que de rechercher des méthodes d’apostolat influencées par le marketing et l’esprit managérial qui font peut-être quelques prodiges en matière de vente de yaourt mais qui ne produisent rien de durable, rien de bon, rien d’authentiquement catholique en matière pastorale.

Pour labourer profond il faut retrouver l’auguste prière de l’Église qu’est la véritable liturgie, il faut se laisser pénétrer par l’Écriture sainte avec toute confiance en son inerrance, il faut redécouvrir les grandes écoles spirituelles et leur exigence, il faut imiter les saints plus profondément encore, il faut vivre toujours plus des sacrements.

 

Car c’est probablement là que se rejoignent les deux articles. Le remède à la crise est, évidemment, naturellement, le recours à la tradition. Tradition liturgique d’abord car elle est la condition spirituelle du redressement en étant la voie éprouvée de la prière publique, le lieu des sacrements, la source de notre contemplation. Mais également tradition morale, spirituelle, ecclésiale, doctrinale, canonique…

L’Église possède en elle-même toutes les ressources nécessaires à la renaissance, à la réforme dont nous avons besoin. Comme après chaque crise profonde il s’agit de rétablir toutes les disciplines.

C’est le cas pour les ordres religieux (restauration de l’observance dans sa pureté initiale), pour les diocèses (réappropriation pleine et entière du triple pouvoir des évêques d’enseignement, de gouvernement et de sanctification), pour les paroisses (préoccupation authentiquement missionnaire par la diffusion des sacrements et des sacramentaux), pour les fidèles (respect du Décalogue et des commandements de l’Église).

Rien de neuf, rien d’original. Ce n’est donc pas l’Église qu’il faut faire sortir de la crise, c’est nous-mêmes.

 

Alors que personne n’espère plus le printemps de l’Église que nous promettaient tous les optimistes béats du concile Vatican II et que chacun cherche anxieusement un parapluie, nous voudrions être entendus et compris sur ce point essentiel : ce n’est pas pour nous soustraire aux déficiences de la liturgie nouvelle et de ses conséquences pastorales que nous nous attachons aussi solidement à la liturgie traditionnelle.

C’est d’abord et avant tout parce que nous sommes intimement persuadés qu’elle est source profuse de lait et de miel. C’est la nourriture, l’onguent à nul autre pareil qui nous permet de louer Dieu dignement, transmettre le trésor de la foi et la faire croître en nos âmes. Ce trésor nous ne pouvons le garder pour nous et la charité nous presse de le partager.

 

A lire également : Mgr Scherrer, évêque de Laval nommé à Perpignan : entretien

Cyril Farret d’Astiès

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