Tristan Corbière, parmi les maudits

Publié le 04 Fév 2023

Mort prématurément, passé à côté de la célébrité, excentrique et souffreteux, la destinée de Tristan Corbière (1845-1875) avait tout pour exciter les imaginations romantiques. Mais sans Verlaine qui le découvrit dix ans après sa disparition et lui donna une certaine gloire posthume, le poète breton n’aurait laissé aucune trace dans la mémoire collective.

Lorsqu’en avril 1884 Verlaine publie chez Léon Vanier une plaquette rendant hommage à des poètes qu’il appelle « maudits », le grand public découvre trois noms – Tristan Corbière, Arthur Rimbaud et Stéphane Mallarmé – qui lui sont à peu près inconnus et pour lesquels l’auteur de Sagesse exige attention et réparation. Quatre ans plus tard, dans une édition augmentée, il lui en livrera trois autres : Marceline Desbordes-Valmore, Auguste Villiers de l’Isle-Adam et le Pauvre Lélian qui n’est autre que l’anagramme de Paul Verlaine. La postérité lui a donné raison. La gloire de ces six noms, qui a rejeté définitivement dans l’ombre bien des figures établies de son époque, est désormais acceptée de tous. Mais elle ne les illumine pas semblablement. Qui peut prétendre en effet que Marceline Desbordes-Valmore ou Tristan Corbière en sont honorés comme les autres ? Je dirais même que Tristan est plus obscur aujourd’hui à nos contemporains que la poétesse des « Roses de Saadi ». Marceline, femme de lettres au temps du romantisme, jouit en effet d’une reconnaissance qui ne cessera de grandir, portée ainsi par l’évolution de notre société qui s’attache de plus en plus à la place des femmes, alors que le poète breton n’est presque plus lu et ne bénéficie depuis longtemps d’aucune publicité ni de grands travaux universitaires. Pourtant Corbière brille d’un éclat singulier et son œuvre, où se mêlent tous les styles, est un rare exemple, à qui veut bien la lire, d’une ironie faussement détachée qui fait place progressivement à une compassion profonde de la misère humaine. Qui était donc cet homme, mort à seulement 30 ans après une triste vie, faite de maladie, de solitude et d’échec, sans avoir pu donner le meilleur de lui-même et que notre monde a quasiment oublié ? Répondre à cette question est difficile car on sait peu de choses sur Tristan Corbière. Les informations que l’on connaît, auxquelles il faut rattacher le témoignage de Verlaine, malheureusement trop court et écrit près de dix ans après sa mort, ne nous donneront pas un…

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Olivier de Boisboissel

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