Un imprimatur pour Internet ? Un entretien avec Mgr Aupetit

Publié le 19 Jan 2012
Un imprimatur pour Internet ? Un entretien avec Mgr Aupetit L'Homme Nouveau

Mgr Michel Aupetit est vicaire général du diocèse de Paris. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages dont le dernier en date est L’Homme, le sexe et Dieu (éditions Salvator). Il a bien voulu nous accorder un entretien après la circulation sur Internet d’une déclaration concernant l’abbé Pagès et plus largement la prise de parole sur Internet au nom de l’Église.

Vous avez souligné, dans une déclaration du 15 décembre sur l’abbé Pagès, les difficultés liées à l’absence d’imprimatur pour les documents circulant sur Internet, spécialement les vidéos. Tout d’abord, qu’est-ce que l’imprimatur ? Par qui est-il délivré et en quoi se distingue-t-il du nihil obstat ?

L’imprimatur, c’est l’autorisation de l’autorité hiérarchique pour imprimer un ouvrage. Le nihil obstat indique simplement que dans le texte rédigé il n’y a rien de contraire à la foi. Ce sont des théologiens désignés par l’évêque et sous l’autorité de celui-ci qui les délivrent.

Internet

Quelles sont les difficultés que pose cette prolifération de documents fournis par des catholiques soucieux, pour beaucoup, de transmettre leur foi ?

On peut tout d’abord se réjouir de cette prolifération qui montre l’intérêt croissant du public pour la question religieuse et la volonté des fidèles d’évangéliser avec les outils modernes mis à leur disposition. La difficulté essentielle est la même que pour tous les documents publiés sur Internet. Elle concerne la validité et la fiabilité de ce qui est ainsi proposé et la manière dont une personne de bonne volonté va pouvoir exercer son jugement dans cette abondance.

Faut-il envisager un élargissement du droit canonique concernant un imprimatur 

puisqu’il ne porte actuellement que sur certains imprimés, comme son nom l’indique d’ailleurs ?

On peut toujours imaginer un élargissement de reconnaissance de la valeur théologique des différentes productions. Aujourd’hui, on assiste à des controverses via

 internet qui finissent sur le bureau de l’official du diocèse, délégué par l’évêque pour exercer la juridiction contentieuse. Dans l’état actuel, il me semble exagéré de recourir à l’officialité quand il s’agit seulement d’une « 

disputatio

 », aucun des auteurs ne pouvant se dire, malgré ses titres et son savoir, représentant attitré du magistère.

Comment, sur le plan purement pratique, un tel « label de catholicité » pourrait-il être mis en place et qui pourrait donner ce fameux label ?

Actuellement, il est difficile d’envisager la mise en place par l’évêque d’une équipe capable de visionner et d’étudier l’abondance des productions sur le web. Ce qui serait souhaitable n’est pas toujours possible. Il faudra donc pour tous ceux qui souhaitent éclairer leur intelligence de la foi, consulter les documents officiels comme, par exemple, le Catéchisme de l’Église catholique.

Au-delà des difficultés pratiques, comment cette idée pourrait-elle être recevable alors qu’elle contredit l’esprit de liberté d’expression qui caractérise Internet ?

Chacun est absolument libre de s’exprimer comme il le veut. Mais dans ce cas, il donne une opinion personnelle, parfaitement respectable, mais qui n’engage que lui et en rien la foi de l’Eglise. Celle-ci repose sur la foi de Pierre et des Apôtres du Seigneur et de leurs successeurs, à savoir les évêques chargés de sa transmission et de son intégrité (Mt, 16, 18 ; Lc, 22, 32 ; Eph 4, 11 ; Col 2, 7 ; 1 Tm 4, 6).

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