Une lumière brillera sur nous aujourd’hui, car un Seigneur nous est né

Publié le 24 Déc 2019
Une lumière brillera sur nous aujourd'hui, car un Seigneur nous est né L'Homme Nouveau

L’Introït Lux fulgébit  est chanté à la messe de l’aurore de Noël.

Une lumière brillera sur nous aujourd’hui, car un Seigneur nous est né. Il sera appelé Admirable, Dieu, Prince de la paix, Père du siècle à venir, et son règne n’aura pas de fin.

Le Seigneur a régné, il s’est revêtu de beauté ; le Seigneur s’est revêtu de force comme d’un vêtement. (Isaïe, 9, 1, 6 ; Psaume 92, 1)

Thème spirituel

Le premier mot de l’introït de la messe de l’aurore est admirablement bien choisi. Dans la nuit qui s’achève, une lumière fulgurante mais douce, va venir transpercer les ténèbres. Il s’agit encore d’un futur, alors que, le texte le dit ensuite, le Seigneur est déjà né. La lumière est apparue dans la nuit de ce monde, quand le Fils de Dieu est sorti du sein très pur de la Vierge Marie. Mais la nuit persiste encore. Cette lumière si discrète et fragile du petit homme-Dieu brille  faiblement. Seul Marie et Joseph sont les témoins de l’événement inouï qui s’est produit. Mais voici que le ciel et la terre s’ébranlent : un ange apparaît aux bergers, leur annonçant l’heureuse nouvelle ; les bergers poussent leur troupeau jusqu’à Bethléem pour constater de leurs yeux la véracité de la révélation angélique ; les mages, à l’orient, se mettent en marche pour aller adorer l’Enfant qui vient de naître ; les anges célèbrent la naissance par un concert qui chante la gloire de Dieu et la paix aux hommes, objets de son amour. En même temps que le jour se lève et que le soleil entame sa lente mais irrésistible course de géant, la lumière du Christ, vrai soleil de justice, se révèle et envahit progressivement notre monde de ténèbres.

Le texte de notre introït fait assez clairement référence à la prophétie d’Isaïe que reprend également et plus explicitement encore l’introït de la messe du jour :

« Un enfant nous est né, un fils nous a été donné, il a reçu le pouvoir sur ses épaules et on lui a donné ce nom : Conseiller-merveilleux, Dieu-fort, Père-éternel, Prince-de-paix, pour que s’étende le pouvoir dans une paix sans fin. »

Ici, le compositeur a modifié notablement sa source, lui associant d’abord un autre verset de cette même prophétie d’Isaïe (lux fulgébit) qu’il met au futur alors que le prophète, grammaticalement, même s’il vise mystérieusement l’avenir en définitive, parle d’un fait qui s’est déjà réalisé (Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu une grande lumière) ; ensuite, il a rajouté ce petit mot hódie, si suggestif et si plein d’espérance ! Puis, il remplace le mot puer (enfant) par celui de Seigneur (Dóminus). Enfin, l’énoncé des qualificatifs de ce nouveau-né (conseiller admirable, etc.) est un peu différent, et du texte de la vulgate et du texte hébreu original. Ajoutons que la dernière mention de l’introït (et son règne n’aura pas de fin) est empruntée littéralement à l’Évangile de saint Luc et au récit de l’annonciation faite à Marie. Le texte d’Isaïe, chapitre 9, qui sert de base à notre chant, contient bien, lui aussi, une mention sur l’éternité du règne de l’enfant (pour que s’étende le pouvoir dans une paix sans fin), mais le compositeur a préféré relier explicitement ce texte d’Isaïe à l’Évangile, comme pour mieux montrer l’unité profonde de l’Ancien et du Nouveau Testaments autour de la personne du Christ, unique sauveur de l’humanité. Tout cela nous montre une fois de plus la liberté très grande des compositeurs qui adaptent le texte sacré aux différentes occurrences liturgiques, et ce faisant, mettent son sens plénier en lumière.

Commentaire musical

L’introït de la messe de l’aurore est un 8ème mode. C’est le mode de la plénitude, le mode des grandes affirmations de la foi. Il est donc bienvenu ici. Quatre phrases mélodiques constituent ce chant qui est tout pénétré d’une lumière très douce, comme le laisse entendre d’emblée le tout premier mot de la pièce.

L’intonation sur le mot lux, est simple mais déjà suggestive : en effet, elle monte en trois notes seulement, à partir du Ré, jusqu’au Fa puis au Sol, tonique du 8ème mode, donc de façon très sobre. Le caractère ascendant de la mélodie et sa gravité mélodique (dans la quarte inférieure du 8ème mode) dit assez que la lumière qui est chantée, quoique perçue encore faiblement, monte doucement et irrésistiblement. La suite de la mélodie le montre bien, puisque sur fulgébit, le verbe, l’ascension et la progression se poursuivent, atteignant le Do, dominante du 8ème mode. Un bel élan caractérise ce mot, et malgré le quart de barre qui le sépare de la suite, il convient d’enchaîner sans précipitation la suite du texte : hódie super nos. Comme elle est belle et expressive, cette tristropha de hódie qui semble à la fois nous dire que la longue attente des siècles, attente interminable, est enfin sur le point d’être exaucée ; et aussi que l’aujourd’hui de la terre, qui sera si radieux, est un écho de l’hódie du ciel, qui lui est éternel, parfaitement présent. Située sur le Do, donc à l’aigu, cette note longue nous dit que le salut espéré vient d’en haut. La finale du mot hódie est plus modeste, elle rejoint notre condition terrestre. Mais le mouvement de cette finale reste très léger, très fluide. Une belle nuance de tendresse et de ferveur se fait sentir sur le mot suivant, super, avec sa montée très simple sur l’accent et la présence touchante du Sib qui intériorise tout le mouvement mélodique qui a précédé. Le dernier mot de la phrase est d’ailleurs nos : c’est sur nous que se lèvera la lumière, c’est pour nous que l’aujourd’hui de Dieu descend sur la terre et rejoint chacun de nos jours.

La seconde phrase nous apporte la raison de cette apparition de la lumière dans nos vies : quia natus est nobis Dóminus. Là encore, l’agencement mélodique général est très expressif dans sa grande simplicité. On part du Do et le mot natus se situe entièrement sur cette corde. Le nouveau-né attendu est notre Dieu, il vient du ciel, il est lui-même l’aujourd’hui de Dieu qui nous rejoint. La note longue sur la finale de natus répond clairement à celle de hódie, nous laissant entendre, mélodiquement, ou plus exactement par l’absence même de mélodie, et c’est vraiment magnifique, que l’enfant est éternel. L’inspiration profonde du chant grégorien est une fois de plus prise sur le vif, ici. Cette seconde phrase se termine exactement comme la première, avec la même formule utilisant le Sib et sa douceur, ici sur le nom du Seigneur. Il est lui-même la lumière que chante la première phrase et qui brillera sur nous.

La troisième phrase est également très expressive. Elle démarre de façon très humble sur et vocábitur. On retrouve sur la finale de ce verbe la cadence qui a conclu les deux premières phrases. Puis la mélodie s’élance et s’anime pour mettre en valeur les noms divins de cet enfant : le mouvement d’admiration doit donc être bien souligné sur Admirábilis qui combine si heureusement dans sa mélodie, les formules de fulgébit et la longue de hódie et de natus. Le mot suivant, Deus, quant à lui, est également revêtu du Sib de tendresse. Puis un petit passage syllabique enveloppe dans sa légèreté les deux mots princeps pacis, et se poursuit sur les deux mots suivant pater futúri. C’est tout simple, très expressif de la paix profonde qu’apporte avec lui cet enfant, prince singulier qui règne pour l’éternité sans avoir jamais à employer la force violente. La finale de sæculi, en particulier, avec encore le Sib, a quelque chose de très frais, alors qu’elle évoque pourtant l’éternité de cet empire tout paternel. Finissant à l’aigu, sur le La, elle laisse cette troisième phrase en suspension.

Et en effet, le message continue dans la dernière phrase qui renchérit sur ce thème de l’éternité. Sur cujus, le sommet mélodique de toute la pièce est atteint avec l’unique Ré aigu de cet introït. Un bel élan enthousiaste doit donc inaugurer ce dernier mouvement qui se calme un peu sur regni, même si une grande fermeté se fait sentir dans le rythme qui affecte ce mot, réparti sur les trois cordes solides du Do, du La et du Fa. Un dernier élan se manifeste alors après le dernier quart de barre sur non erit finis. Sur erit, on retrouve une dernière fois cette montée joyeuse et claire, Fa-La-Do-Si-Do qu’on a déjà entendue deux fois, avec de légères variantes à chaque fois, sur fulgébit et sur Admirábilis. L’élan du début de erit se confirme et s’intensifie jusqu’à la formule type qui précède la cadence finale, sur finis. Cette fin de pièce est vraiment pleine et elle doit se traduire par une belle chaleur vocale, jusqu’au bout, permettant alors de lancer le verset, emprunté au psaume, mais qui nous parle aussi du règne de Dieu et de sa beauté souveraine : « Le Seigneur a régné, il s’est revêtu de beauté ; le Seigneur s’est revêtu de force comme d’un vêtement. »

Cet introït du 8ème mode nous apparaît donc très nuancé, à la fois ferme et plein, et en même temps frais, joyeux, léger. Il est très structuré, en ce sens qu’on retrouve deux ou trois formules mélodiques qui traversent toute la pièce. Il est vivant et il convient parfaitement à cette messe de l’aurore dont les textes nous parle de cette lumière salvatrice qui s’apprête à envahir l’univers. 

Pour écouter l’Introït, cliquez ici.

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