6 mensonges que nous ne voulons plus entendre – Discours d’Adélaïde Pouchol pour la manifestation contre la loi de bioéthique

6 mensonges que nous ne voulons plus entendre - Discours d'Adélaïde Pouchol pour la manifestation contre la loi de bioéthique L'Homme Nouveau

Les 30 et 31 janvier derniers, des manifestations locales se sont tenues dans de nombreuses villes de France l’initiative d’un collectif d’associations opposées à la nouvelle loi de bioéthique. Adélaïde Pouchol était présente à Rennes pour parler en particulier de la question de l’avortement.

Sans surprise, puisque Rennes est une ville connue pour la fréquence des démonstrations « antifas », les contre-manifestants étaient très nombreux – entre 800 et 1000 – pour quelques 200 manifestants. Un dispositif policier très important, avec notamment un hélicoptère en survol pendant toute la durée de la manifestation et deux canons à eau, a permis que la manifestation se déroule sans danger pour les participants. L’abondance des gaz lacrymogènes a cependant perturbé la tenue des différentes allocutions. Nous publions donc ici la version complète (et sans les interruptions liées aux lacrymogènes) du discours d’Adélaïde Pouchol.  

6 mensonges que nous ne voulons plus entendre

Avant tout, applaudissons nos opposants, si nombreux aujourd’hui. Bravo à vous qui êtes passés maîtres dans l’art de la propagande ! Bravo, vous avez réussi à faire avaler à l’opinion publique un certain nombre de contre-vérités – parfois grosses comme des maisons – sur la vie et la famille. La performance est intéressante mais c’en est assez. Il y a un quelques mensonges en particulier que nous ne voulons plus entendre, jamais !

Mensonge n°1 : l’extension de l’IVG serait l’urgence du moment

En pleine crise sanitaire, le gouvernement veut légiférer pour développer l’industrie de la procréation et élargir encore les possibilités d’avorter avec l’interruption médicale de grossesse (IMG) pour raison de « détresse psychosociale » de la mère. Dans le même temps, le Sénat vient de rejeter un projet de loi qui devrait repasser mi-février à l’Assemblée et prévoit d’allonger le délai d’avortement de 12 à 14 semaines de grossesse.

Comment osez-vous parler de difficultés d’accès à l’avortement alors qu’il a atteint des chiffres record en 2019, qu’il est intégralement pris en charge par la Sécurité Sociale, et présenté comme un droit inaliénable ? Jusqu’où faudra-t-il allonger le délai de recours à l’IVG ? Évidemment, c’est une fuite en avant car aucune extension de délai n’empêchera qu’adviennent des situations complexes, parfois très douloureuses où accueillir un enfant est un vrai défi. L’urgence, la vraie, est de donner aux femmes en détresse les moyens de garder leur enfant. J’ajoute que nous en avons plus qu’assez de vous entendre brandir les avortements clandestins, le drame des femmes mortes parce qu’elles ont voulu avorter leur propre enfant avec des aiguilles à tricoter. Pouvez-vous sérieusement affirmer que des opposants à l’IVG réclament qu’on laisse mourir une mère en détresse ? Ces allégations sont proprement infectes.

Mensonge n°2 : ces questions ne nous regarderaient pas.

Combien de fois avons-nous entendu que le recours de certaines femmes à l’avortement, à la Procréation médicalement assistée (PMA) ou à la gestation pour autrui (GPA) ne nous regarde pas. Mais formons-nous réellement une société, une civilisation si chacun fait sa vie dans son coin ?

D’abord, vous demandez l’évolution du droit français et à ce titre, vos revendications regardent l’ensemble des citoyens. Ensuite – et je m’excuse pour cette remarque un peu prosaïque – mais ces pratiques nous regardent dans la mesure où nous les finançons par nos impôts. Plus profondément, et parce que les questions d’argent sont évidemment secondaires, l’extension de l’IVG et de la PMA nous concernent au premier chef parce qu’il en va de notre rapport à la transmission de la vie, et donc à l’humanité. Lorsque nous sommes face à une injustice, fût-elle encadrée par la loi, nous avons le devoir de nous lever pour nous y opposer, même si nous n’en sommes pas directement les victimes.

Fallait-il que seuls des esclaves se battent pour abolir l’esclavage ?

Fallait-il que seules les personnes de couleur se lèvent contre l’injustice de la ségrégation raciale ?

Faut-il que seuls les pauvres se battent contre la misère ?

Non, bien sûr ! Alors, quoique nous ne soyons pas tous des enfants et pas tous en capacité de procréer pour des raisons d’âge, de santé ou de situation matrimoniale, nous sommes là malgré tout, solidaires, pour défendre le droit des enfants et la filiation naturelle.

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Mensonge n°3 : nous serions contre les droits des femmes

Vous brandissez les « droits des femmes » quand les évolutions bioéthiques que vous réclamez la soumettent toujours plus à l’emprise de l’argent, de la médecine et de la technique. Hélas, là où il y a toujours plus de technique, il n’y a pas plus de liberté, seulement plus de dépendance aux techniciens.

Pitié ! Je ne veux pas congeler mes ovocytes ou les vendre au plus offrant parce que mon patron ne veut pas que ma maternité vienne contrarier les objectifs financiers de sa boîte ! Je ne veux pas avorter parce que le père n’assume pas ses responsabilités et me menace de me quitter si je garde l’enfant qu’il m’a fait. Je ne veux pas déléguer ma fertilité et sous-traiter la conception de mon enfant à un expert en blouse blanche !

Pour que le corps des femmes leur appartienne vraiment, nous demandons que plus aucun patron, que plus aucun médecin, que plus aucun actionnaire de laboratoire pharmaceutique, que plus aucun trafiquant de gamètes, bref, que plus aucun prétendu expert ne vienne faire son beurre sur la capacité des femmes à donner la vie.

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Mensonge n°4 : nous serions contre l’égalité.

La vie est ainsi faite que nous naissons tous différents. Il y les beaux, les moches, les petits, les grands, les très malins et les balourds, les créatifs et les intellectuels, les timides et les grandes gueules. Et puis l’existence suit son chemin de sorte que certains sont pauvres quand d’autres sont riches, certains sont seuls et d’autres bien entourés, certains ont une famille, d’autres n’en ont plus. Ce n’est franchement pas égalitaire.

Mais il y a une chose que nous avons tous en commun, tous ! C’est le fait de naitre d’un père et d’une mère et de n’être la chose de personne. Le jaillissement de la vie déjoue les petits calculs des parents, l’enfant qui advient échappe à nos projections et son existence même nous rappelle que nous sommes procréateurs, pas fabricants de poupées.

La loi de bioéthique interroge notre rapport à la vie, pas seulement dans le cadre de la PMA mais également dans les cas de conceptions naturelles et s’il n’y avait qu’un avantage à tirer de ces bouleversements législatifs, ce serait sans doute cela : jeter un regard neuf sur l’accueil de la vie, pour que, dans chacune de nos familles, l’arrivée d’un enfant ne soit pas un projet au même titre que l’achat d’un lave-vaisselle.

Nous ne voulons certainement pas nier le désir d’enfant des uns et des autres, encore moins leur capacité à aimer ces enfants ! Seulement, la technicisation de la procréation n’est pas une réponse juste à ce désire. Chaque personne à le droit de n’être ni un projet ni un produit.

Mensonge n°5 : « un enfant quand je veux si je veux ».

« Un enfant si je veux quand je veux ». D’abord, quel scandale que cette formule. On parle d’enfant, pas d’une offre d’assurance sans engagement ou un menu Big Mac à emporter ! Que n’avons-nous pas entendu des milliers de fois ce slogan féministe. Et, pour que ce rêve de l’enfant sur commande soit réalité, l’industrie de la procréation se développe, présentée comme une activité altruiste. En réalité, la PMA représente un marché extrêmement juteux qui n’est au service que de lui-même si bien que – loi du marché oblige ! – nombre de couples ont recours à ces techniques de PMA alors qu’aucune infertilité ou infécondité n’a été diagnostiquée. Ce qui devait se passer sous la couette se passe dans l’éprouvette…

Le drame, c’est que tandis que se multiplient les prouesses techniques pour transformer la procréation en un processus de fabrication toujours plus efficace, rien, j’insiste, rien n’est fait pour réparer la fertilité des couples atteint par une réelle pathologie. Ils sont de plus en plus nombreux, mais cela n’intéresse personne.

Hurler « un enfant si je veux, quand je veux », c’est ignorer le drame de l’infertilité en même temps que cracher à la figure des mères qui auraient voulu ne pas avorter mais s’y sont senties obligées pour des raisons familiales, financières ou professionnelles. Nous demandons pardon à toutes celles qui n’ont pas trouvé d’oreille attentive et de main secourable quand leur grossesse était trop lourde à porter. Nous demandons pardon à toutes celles que le mantra du « droit à l’avortement » n’empêche pas de pleurer chaque année quand revient la date à laquelle aurait dû naître leur enfant.

Mensonge n°6 : nous serions contre le progrès

Pour conclure, je veux dénoncer un ultime mensonge. Nous serions d’affreux réactionnaires et pourtant… Ce que vous appelez progrès nous fait régresser en-deçà de l’animalité pour faire de nous des dégénérés. Une société qui encourage les mères à se séparer de leur petit, une société qui laisse exploser l’infertilité en même temps qu’elle délègue l’engendrement à des techniciens est une société de dégénérés au sens le plus strict du terme, c’est-à-dire des individus qui perdent leur capacité à se reproduire, à assurer eux-mêmes la survie de l’espèce. 

Cocteau disait : « Il se peut que le progrès ne soit que le développement d’une erreur ». Alors, convaincus que ce progrès que vous nous vendez n’est qu’un leurre, nous nous battrons aussi longtemps qu’il le faudra pour affranchir la transmission de la vie des griffes du pouvoir, de la technique et de l’argent ! 

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