Hôpital : une urgentiste alerte sur un système à bout de souffle

Publié le 03 Juil 2025
hôpital urgence
Médecin aux urgences de l’hôpital de Laval, Caroline Brémaud décrit la dégradation rapide de l’accès aux soins et le mal-être croissant des soignants. Dans son ouvrage État d’urgences (Seuil), elle dresse un diagnostic sans appel sur un système hospitalier désorganisé, mal rémunéré, et trop souvent aveugle aux réalités humaines du soin. Entretien avec Caroline Brémaud.

 

| Quel diagnostic posez-vous sur l’état de santé du système hospitalier?

Depuis la parution de mon livre, la difficulté d’accès aux soins s’est encore aggravée. Pour donner un exemple que je connais, les urgences de Laval sont parfois fermées de nuit, mais aussi de jour. Nous avons encore des trous dans le planning de cet été, et des fermetures de lits qui n’aident pas la fluidité du système. En psychiatrie, nous avons seulement 20 % des effectifs médicaux nécessaires, nous manquons de médecins. Il existe pourtant bien un plan national sur la santé, mais nous n’en voyons pas les conséquences à Laval, sans compter le plan social qui demande une réduction de 50 postes. Il n’y a pas de cohérence entre ce que le gouvernement demande et ce qui se passe réellement dans les hôpitaux. Concrètement, les patients arrivent devant une porte symboliquement fermée avec une indication : « Faites le 15 avant de vous rendre à l’hôpital.» Ils sont accueillis par une infirmière qui les oriente vers un autre établissement. Ils se voient donc refuser l’accès à l’hôpital. Aux urgences, des patients passent parfois plus de 24 heures sur un brancard dans un couloir, parce qu’aucun médecin n’a la capacité de les accueillir et qu’on ne sait pas où les mettre ailleurs. Or les urgences sont un service de passage vers l’hospitalisation. Les patients n’y ont pas d’intimité, ce n’est pas un lieu de vie. Au-delà des urgences, c’est le système de santé dans sa globalité qui est malade : nous n’avons plus assez de médecins libéraux. Les urgences ont vocation à être toujours disponibles et ouvertes lorsqu’il n’y a pas d’autres possibilités, pour une fracture, une plaie, une gêne respiratoire ou une douleur intense. Mais dans l’état actuel des choses, elles sont devenues à la fois le premier et le dernier recours. Par conséquent, leur accès n’est plus aussi simple, et les patients sont parfois refoulés à l’entrée.

| Dans quelle mesure cette situation est-elle due aux conditions de travail des soignants?

Je vais donner un exemple : l’autre jour, nous avons eu un gros…

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Marguerite Aubry

Marguerite Aubry

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