Au quotidien-n°44 (Revue de presse du confinement)

Publié le 16 Mai 2020
Au quotidien-n°44 (Revue de presse du confinement) L'Homme Nouveau

Dans un entretien publié sur FigaroVox (14 mai), Anastasia Colosimo, auteur des Bûchers de la liberté, s’inquiète de l’omnipotence du pouvoir scientifique à l’œuvre pendant la crise actuelle :

De même qu’il peut lui être indispensable de recueillir un avis scientifique, il est impératif que le politique garde le monopole de la décision. Les scientifiques ne sont pas seulement dépourvus de légitimité démocratique, ils sont aussi en désaccord entre eux, enclins aux chapelles et objet des lobbys. Surtout ils ne sont pas, et les meilleurs le savent, des devins ou des thaumaturges. Le grand embarras dans cette affaire de comité savant est qu’il exclut les sciences dites molles au profit des sciences dites dures et, parmi elles, qu’il privilégie la biologie dont le paradigme domine désormais toutes les disciplines. D’un côté, on induit que le virologue et l’épidémiologue, qui brassent éprouvettes et statistiques, pourraient être les philosophes instantanés de leur pratique. De l’autre, on laisse au généticien ou au laborantin, dont les recherches restent souvent soumises aux financements intéressés de l’industrie, le soin de déterminer ce qu’est le vivant. Ce qui condamne les épistémologues et les bioéthiciens, alors que leurs filtres sont cruciaux, à une inquiétante marginalité. Il va de même pour le blanc-seing accordé à l’économiste-mathématicien, au physicien-climatologue, au paléo-anthropologue et à l’éthologue-animalier dès lors qu’ils savent marier vulgarisation et publicité. Les uns et les autres signalent une nette tendance à promouvoir, sous couvert de rationalité, des discours dictatoriaux, moralisateurs dans la forme et apocalyptiques sur le fond. On est en droit d’être quelque peu terrifié, moins par la fin du monde qu’ils nous promettent, à la manière des prophètes d’antan, si nous n’exécutons pas les réformes qu’ils prônent, que par l’influence précisément que leurs discours exercent sur le discours politique.

Dans son éditorial de Challenge (14 mai), Philippe Manière, pour critiquer (à raison) la CFDT, n’a rien trouvé de mieux que de s’en prendre à ses origines chrétiennes reniées. Il fait surtout preuve de son ignorance totale de ce qu’est le christianisme et la doctrine sociale de l’Eglise. Bonne nouvelle : nous avons encore du travail pour longtemps…

Née en 1964 d’une scission de la CFTC (dont elle a emporté le gros des troupes), la CFDT s’est alors déconfessionnalisée sans pour autant abjurer une forme de messianisme. Le froc de la « morale sociale chrétienne » a été jeté aux orties, mais la dimension prophétique du christianisme originel…pieusement conservée. Les seventies virent logiquement la CFDT fl irter avec le gauchisme semi-beatnik de l’époque (Larzac et « Vivre et travailler au pays »), cousin d’un certain catholicisme social, mais aussi avec des idées autogestionnaires saugrenues empruntées à Tito. Edmond Maire puis Nicole Notat permirent que, malgré quelques engouements douteux (comme le christique « partage du travail », concept hélas ensuite inoculé aux politiques), la CFDT conjure ses tentations extra-syndicales. Depuis une dizaine d’années, voilà qu’elle succombe de nouveau à ses démons. D’abord, en donnant sans cesse son avis sur ce qui ne la regarde pas (immigration, organisation territoriale, usage du 49-3…) Ensuite, en embrassant avec zèle la vision eschatologique et pénitentielle des écolos, empruntant même leur douteux sabir : le patron de la CFDT a appelé (avec, entre autres, la fondation de Nicolas Hulot) à une « conférence écologique et sociale du pouvoir de vivre » (sic) avec l’objectif de « repenser notre modèle de développement » (rien que ça !) puis lancé l’opération #construisonsdemain pour « bâtir l’après-Covid-19 » – ce qui exige, selon un Berger aux accents pikettyiens (à qui personne n’a apparemment dit que la France est déjà championne du monde des impôts et de la redistribution), « une contribution des plus riches et des grandes entreprises ». Fini le syndicalisme du terrain, du contractuel et du raisonnable, ce fameux « syndicalisme responsable » !

Politis (15 mai) publie la lettre d’une mère d’une enfant handicapée qu’elle a dû récupérer pendant le confinement. Un témoignage sur une situation peu évoquée :

Je suis la mère d’une jeune femme qui a un handicap intellectuel. Le 13 mars nous avons reçu un mail de son établissement : vous avez entendu le Président hier, veuillez venir chercher votre enfant dès réception de ce mail. Bien sûr, d’autres établissements ont prévenu autrement les familles, mais nous avons presque toutes repris nos enfants, petits ou grands. Les établissements pour enfants et adultes ayant un handicap sévère sont restés ouverts, sous le régime des Ehapd (pas de visite) et les personnels ont souvent déployé des trésors d’ingéniosité pour garder la joie présente malgré tout. (…) Alors, le dernier soir du confinement officiel, j’ai écrit une lettre à mes amies, aux parents que je connais, de près ou de loin… La voici :« Nous avons tenu ». Ce soir, je me suis dit que j’avais envie de vous rendre hommage, de nous rendre hommage. À nous, les parents ayant un enfant handicapé. Et c’est cette citation de Mark Twain qui me vient à l’esprit : « Ils ne savaient pas que c’était impossible, alors ils le firent. » On a tenu, on a tenu deux mois. On a tenu une heure à la fois, un jour à la fois. On a tenu. Et on va encore tenir ! (…) On a parfois culpabilisé de ne pas y arriver, on a parfois culpabilisé de ne plus supporter leur handicap, leur lenteur, leurs idées fixes. Mais on a tenu avec eux, grâce à eux. Grâce à leur force de vie, grâce à leur force de lien et d’amour. On a tenu car on a cheminé à leur pas, on a accepté de se mettre à leur pas. Le temps ne comptait plus, on a buté contre leur lenteur, mais on a aussi, en s’y coulant, accepté leurs limites et accepté les nôtres (ou presque ! ). On a été surpris d’être capables de « ça » !

Nos dernières publications :

Au quotidien n°43

Au quotidien n°42

Au quotidien n°41

Au quotidien n°40

Au quotidien n°39

Au quotidien n°38

Au quotidien n°37

Au quotidien n° 36

Au quotidien n°35

Au quotidien n°34

Au quotdien n°33

Au quotidien n°32

Au quotidien n°31

Au quotidien n°30

Au quotidien n°29

Au quotidien n°28

Au quotidien n°27

Au quotidien n°26

Au quotdien n°25

Au quotidien n°24

Au quotidien n°23

Ce contenu pourrait vous intéresser

À la uneSociétéBioéthique

Transgenrisme (3/4) : Soigner à la française les mineurs tourmentés

DOSSIER n° 1855 « Transgenrisme : quel avenir pour nos enfants ? » | Christian Flavigny, pédopsychiatre français, a vu venir de loin ce mouvement d’embrasement de la théorie du Genre et s’attache, depuis 2012, à en contrer les ravages chez les mineurs. La manifestation de ce qu’on appelle « dysphorie de Genre », chez l’enfant, est un tourment auquel la psychologie, telle qu’elle est pratiquée en France, peut et doit apporter son aide.

+

transgenrisme genre mineur
À la uneSociétéBioéthique

Transgenrisme (2/4) : Les autorités et le corps médical vont-ils enfin ouvrir les yeux ?

DOSSIER n° 1855 « Transgenrisme : quel avenir pour nos enfants ? » | En France, le droit à l’auto-détermination de genre a fini par s'imposer, que ce soit dans le domaine médical ou juridique. Et la récente note de cadrage de la Haute Autorité de Santé ne laisse pas espérer une meilleure prise en charge des mineurs dits en « questionnement de genre », alors que de nouvelles études internationales prouvent scientifiquement le caractère inutile, voire nocif, des démarches « trans-affirmatives ».

+

transgenrisme médiale
SociétéBioéthique

Transgenrisme (1/4) : Une révolution en marche

DOSSIER n° 1855 « Transgenrisme : quel avenir pour nos enfants ? » | L’idée de changer de sexe ne date pas d’hier, mais sa mise en application sociale, politique, voire anthropologique est une réalité désormais à la portée de tous. À l’école ou en compétition sportive, dans les lois et les cliniques, le mouvement a pris une ampleur inédite, au niveau mondial. Et quoiqu’on perçoive la montée d’une saine opposition, le combat reste prégnant.

+

transgenrisme
ChroniquesSociété

La « Nouvelle France » : concept ou création ?

C’est logique ! de François-Marie Portes | Les récentes élections municipales ont laissé penser qu'émergerait une « Nouvelle France » portée par le parti de Jean-Luc Mélenchon. Que révèle cette notion et surtout quelle logique démontre-t-elle ? En utilisant des termes flous, ne cherche-t-on pas à rassembler autour d'un réel « fabriqué » ?

+

nouvelle france