> Dossier n° 1847 : « Découvrir Jean de Bernières, laïc, mystique et maître d’oraison »
Les deux volumes que viennent de faire paraître les éditions Honoré Champion mettent à disposition les textes spirituels du mystique normand.
Le mystique normand Jean de Bernières est moins connu que d’autres grandes figures spirituelles du XVIIe siècle, peut-être parce qu’il n’a pas laissé un ouvrage complet. C’est après sa mort que ses disciples publieront deux livres à partir des écrits nombreux, mais peu développés, qu’il a laissés et de son abondante correspondance. Il y eut d’abord Le Chrétien intérieur, publié en 1660 et qui connut douze éditions et plus de 30 000 exemplaires jusqu’à ce que paraissent, dix ans plus tard, les Œuvres spirituelles en deux parties, « la première contient des maximes pour l’établissement des trois états de la vie chrétienne. La seconde contient les lettres qui font voir la pratique des maximes ».
Une édition recomposée et enrichie
Les Œuvres spirituelles ont connu six éditions entre 1670 et 1690. Dom Éric de Reviers en publie une nouvelle édition, mais recomposée et enrichie. Aux lettres et aux « maximes », déjà connues, il ajoute des lettres de Bernières provenant d’autres fonds. On signalera simplement que d’autres lettres de Bernières auraient pu être ajoutées. Par exemple, mère Élisabeth de l’Enfant-Jésus, dominicaine de Paris, grande âme mystique, eut comme directeurs spirituels successifs le jésuite Saint-Jure, Gaston de Renty puis Jean de Bernières. Une religieuse de son couvent, mère Marie-Madeleine de Mauroy, a écrit sa vie (qui eut deux éditions). On y trouve plusieurs lettres très belles et profondes de Bernières. Dom Éric de Reviers a fait le choix, pertinent, de publier lettres et maximes dans l’ordre chronologique, de 1631 à 1659, date de la mort de Bernières. Comme le dit Dominique Tronc dans son intéressante préface : l’ordre chronologique « permet d’apprécier la trajectoire intérieure. Le lecteur va suivre un guide d’ascension mystique. À la base, une “abjection” au sens premier de s’incliner devant la grandeur divine. Ensuite et toujours l’abandon au travail de la grâce. » Lettres et maximes sont toutes très abondamment annotées. On eût aimé que cet appareil de notes soit davantage historique, identifiant plus souvent les personnages cités dans les lettres ou les présentant plus longuement. En revanche, elles permettent d’approfondir le texte publié en citant abondamment des passages correspondants du Chrétien intérieur ou d’autres auteurs mystiques (notamment saint Jean de la Croix et…







