La pause liturgique | Offertoire Déxtera Dómini (3ᵉ dimanche après l’Épiphanie)

Publié le 24 Jan 2026
randol journées liturgiques grégorien offertoire

> Troisième dimanche ordinaire / Troisième dimanche après l’Épiphanie / Jeudi Saint

Traduction La droite du Seigneur a fait éclater sa puissance, la droite du Seigneur m’a exalté.

Je ne mourrai pas mais je vivrai et je raconterai les œuvres du Seigneur.

(Psaume 117, 16-17)

 

Dextera Domini Partition offertoire

Commentaire spirituel

Cet offertoire magnifique est emprunté au grand psaume de la résurrection, le psaume 117 (selon la vulgate) ou 118 selon l’hébreu. C’est le psaume de l’Hæc dies : « Voici le jour qu’a fait le Seigneur, exultons, réjouissons-nous ». Cette référence évoque donc le climat pascal qui est celui d’un triomphe. La mention de la droite du Seigneur dans notre offertoire, c’est-à-dire, le bras puissant de Dieu, fait penser également au chant du Resurrexi de Pâques : « Tu as posé ta main sur moi… » Ici, il s’agit de la main vivifiante du Père qui ressuscite son Fils selon sa nature humaine.

Quand la main de Dieu est évoquée, c’est souvent dans un contexte d’intimité et de tendresse. Il y a par exemple le merveilleux et poignant graduel des Rameaux : « Tenuisti manum dexteram meam, in voluntate tua deduxisti me… » où le Père tient par la main son Fils au moment de sa passion. Il y a aussi le mystérieux introït de saint Jean-Baptiste : « Sub tegumento manus suæ protexit me… » qui décrit la main enveloppante du Seigneur protégeant son Précurseur.

Ici, ce n’est donc pas la main mais le bras, cela indique davantage la puissance que la tendresse et cela se fait sentir dans la facture de la pièce qui est extrêmement vigoureuse. Celui qui chante cet offertoire, c’est donc d’abord le Christ, le grand témoin du Père, celui qui par tout son être de Verbe, raconte et publie hautement les œuvres de son Père. Le mot exaltávit, sur les lèvres du Christ, fait alors penser au mystère pascal, aussi bien à la croix qu’à l’Ascension.

Mais c’est aussi l’Église qui chante les hauts faits de Dieu dans son histoire, depuis la Pentecôte jusqu’à l’aujourd’hui de la célébration liturgique. Et au sein de l’Église, ce chant est tout particulièrement celui de Marie. Il s’apparente au Magnificat, même s’il est plus triomphal.

Mais c’est enfin le chant de chaque âme, rachetée du péché et appelée à la vie éternelle. 

 

Commentaire musical

 

Du point de vue de l’interprétation, même si la pièce est marquée en 2 mode, ce chant d’offertoire nécessite du souffle et une grande chaleur vocale. Il témoigne d’une plénitude qui l’apparente un peu à un 8 mode, notamment avec ses longues sur le Do, dominante du 2 mode transposé, mais aussi justement du 8 mode. Il y a aussi des longues ou des cadences sur le Sol, qui est la finale du 8 mode. Donc une atmosphère très ferme, très grande, solennelle.

Au départ, bien soulever l’accent de déxtera, sans s’attarder sur le salicus. Au contraire, il faut bien partir et donner cette longue intonation avec un bon mouvement qui doit être bien lancé dès le début. Attention à ne pas déplacer l’accent de déxtera en prenant trop fort la syllabe faible. Une fois qu’on a déposé la syllabe finale, en douceur, bien renfler la voix sur la tristropha.

Le torculus resupinus qui suit doit être très léger. Retenir très légèrement la dernière note au levé de façon à prendre l’accent de Dómini après une distinction, avec force et confiance. C’est un podatus fort dans les manuscrits, de même d’ailleurs que le suivant qui est pourtant placé sur la syllabe faible. Tout cela pour insister sur la force de ce mot et de toute l’intonation, qui doit être à la fois bien lancée et vigoureuse.

La vigueur ne fait que croître ensuite sur les mots fecit virtútem. Sur fecit, on a un torculus de conduit qui nous lance vers le mot virtútem après un bel appui sur le La de fecit. Le mot virtútem est mis en belle lumière avec son balancement autour du Ré et sa redescente elle aussi balancée sur le La. Une première phrase forte d’un bout à l’autre.

La deuxième phrase est encore plus forte. Elle démarre au sommet, sur le Do, et s’y maintient sans descendre plus bas que le Sol et encore atteint seulement trois fois, dont deux fois en passant. Tout se joue entre le La et le Do, sur les sommets. La répétition de déxtera Dómini à l’aigu prend ici toute sa valeur expressive. Ce deuxième déxtera Dómini, dans les manuscrits, est plein de tenete, donc très large, très fort.

On doit aussi sentir un crescendo vers exaltávit qui est le sommet de cette deuxième phrase (Ré), comme virtútem l’était de la première (également sur le Ré). Sur le me, il faut être à la fois plein de certitude et d’humilité. Notre force est dans le Seigneur, pas en nous. Le me est tout simple, mais il bénéficie du climat vigoureux de l’ensemble de la pièce.

La troisième phrase commence par un cri de victoire. C’est la version grégorienne, pourrait-on dire, du mot de sainte Thérèse : « Non je ne meurs pas, j’entre dans la vie ». C’est un passage plein de force, mais surtout plein de foi, plein d’espérance, plein d’amour aussi. Triompher de la mort ne nous est vraiment pas donné par nature, la chose est prouvée depuis longtemps… Il ne faudrait donc pas manifester de l’arrogance dans cette affirmation, même si l’on devine qu’elle est destinée aux adversaires, aux ennemis de Dieu.

On pourrait voir dans la finale au grave de vivam, au contraire, l’humilité de l’âme qui sait que sans Dieu, ce qu’elle vient de dire est une absurdité. La vie dont il est question ici n’est évidemment pas la vie physique. Le futur nous oriente tout naturellement vers l’éternité qui est une grâce que l’on mendie à Dieu, un don qu’il a promis de nous faire. Tout cela doit nous confondre et non nous rendre arrogants ou méprisants. Le vivam doit être très large, très plein, c’est tout de même une promesse qui a de quoi nous dilater, et il faut le manifester dans notre chant.

Quant au dernier membre de cette pièce, c’est une merveille. On revient au sommet qu’on avait quitté avec notre cri de vie. On y revient pour chanter de tout notre cœur et de toutes nos forces les œuvres du Seigneur, ses merveilles. Mais on y revient aussi après cette si belle mention du verbe narrábo qui décrit notre témoignage.

Admirons comment ce qui nous concerne est traité par le compositeur : quatre petites notes de rien du tout, un pur syllabisme. L’important n’est pas moi qui vais raconter de belles choses, mais les belles choses que je vais raconter. Le petit moi disparaît autant que possible, s’efface devant les perspectives immenses de l’action divine.

Et quand l’âme chante ópera Dómini, une sorte d’extase s’empare d’elle, elle est comme soulevée par l’enthousiasme, et son jubilus s’envole pour finir par un regard éperdu sur la personne aimée. C’est la troisième mention de Dómini, la plus expressive. Cette fin de pièce peut-être considérée comme le sommet de tout cet offertoire qui se termine sur les sommets de la contemplation.

 

>> à lire également : Entretien avec Mgr Schneider : Le document du cardinal Roche sur la liturgie est « manipulateur »

 

Un moine de Triors

Ce contenu pourrait vous intéresser

ÉgliseLiturgie

Entretien avec Mgr Schneider : Le document du cardinal Roche sur la liturgie est « manipulateur »

Entretien | Lors du consistoire extraordinaire convoqué par le pape Léon XIV les 7 et 8 janvier 2026, le cardinal Roche a distribué un texte sur la liturgie. Mgr Schneider a souhaité s’exprimer pour remettre en question ce texte. Cet entretien exclusif de Mgr Schneider a été réalisé par Diane Montagna le 20 janvier. Nous le publions en français avec leur aimable autorisation. 

+

credo schneider je crois