Olivier Dard, professeur d’histoire contemporaine à Sorbonne Université, spécialiste de l’histoire des droites, et Bruno Dumons, directeur de recherches au CNRS (LARHRA-Lyon), spécialiste d’histoire religieuse et du catholicisme contemporain, ont codirigé un ouvrage tout récemment paru, intitulé L’Ordre moral (1873-1877). Royalisme, catholicisme et conservatisme. Entretien.
| La période de « l’Ordre moral » reste relativement peu étudiée par les historiens. Pour quelle raison ?
Olivier Dard : Ce constat de carence fonde le propos de notre introduction, où nous soulignons que, depuis les travaux de René Rémond et de Jean-Marie Mayeur, l’Ordre moral a été très négligé. L’objectif de notre livre a été de réunir des historiens dont les travaux avaient traversé cette période sans forcément en faire un objet en soi, afin de redonner toute son importance à cette séquence. Quant à la raison principale de cette absence d’intérêt pour l’Ordre moral, elle tient à sa brièveté et au fait d’être coincé entre l’échec d’une restauration et l’avènement de la IIIᵉ République, ce qui a sans doute introduit un biais téléologique : il aurait échoué face à la marche de l’Histoire et ne serait qu’une parenthèse sans lendemain. Nous avons fait le pari de le prendre au sérieux malgré son échec.
| Comment définir l’Ordre moral ? Une de ses caractéristiques n’est-elle pas l’imbrication de ses versants politique et religieux ?
Bruno Dumons : Assurément. Le temps de l’Ordre moral entre 1873 et 1877 est bien une séquence qui privilégie les deux volets du politique et du religieux. Il s’agit de refaire la France monarchiste et chrétienne qui a toujours ses partisans, aussi bien parmi les notables que le peuple des bourgs et des villages. L’union des droites est ainsi envisagée, mais les trois principaux courants mis en lumière par le triptyque de René Rémond (légitimisme, orléanisme et bonapartisme) s’opposeront sur des positions irréconciliables ; le drapeau blanc illustre un des points de blocage. Plus largement, l’Ordre moral caractérise un moment du conservatisme à la française.
| Cet espoir d’une restauration monarchique ne représente-t-il pas effectivement un mouvement bien présent dans la société française ?

Le comte de Chambord dans les années 1840 par Adeodato Malatesta.







