Commentaires sur Internet : une avancée démocratique ?

Publié le 20 Mai 2026
commentaire

Écrire des commentaires sur Internet donne l’illusion d’être acteur des évènements.

Dans un ouvrage récent, l’essayiste Mara Goyet offre le décryptage d’une tendance contemporaine : commenter les produits, services et toutes sortes d’expériences de la vie quotidienne. S’agit-il d’une nouvelle forme de communication, du désir d’aider les autres, d’une volonté de puissance ou d’une thérapie ?

  En naviguant sur la Toile, nous sommes cernés par les commentaires. Soit nous les produisons quand nous commentons un service, un article ou un produit que nous avons utilisé. Soit nous sommes nous-mêmes commentés par d’autres si nous proposons quelque chose au public. Le commentaire des autres nous aide et nous guide dans nos achats, il nous assiste dans certaines situations du quotidien (réparer tel appareil électro-ménager par exemple), il nous juge positivement ou négativement et il peut prendre la forme de conseils. L’intérêt du livre de Mara Goyet réside dans ce que cette civilisation du commentaire révèle sur le plan social et politique. Il est significatif que Marcel Gauchet ait été impliqué dans ce projet de publication (1) tant cette thématique l’intéresse. En son temps, le sociologue Paul Yonnet, qui était très proche de lui, avait utilisé d’autres révélateurs en travaillant des thèmes comme le rock, le sport ou la montagne.

Réponse à une frustration ?

Mara Goyet voit dans le commentaire une avancée démocratique et une réponse à cette frustration que l’on qualifie aujourd’hui de fatigue démocratique (un peuple censé gouverner mais qui dans les faits n’a que peu de pouvoir). Il permet à l’individu de reprendre la main et d’être en capacité de juger et de sanctionner. Si, dans certains cas, le commentaire exprime une logique altruiste de partage et d’assistance pour créer du commun (mon expérience peut servir aux autres), dans de nombreux cas il révèle une forme de ressentiment et de volonté de puissance où « seul compte l’effet », à savoir l’affirmation de son ego et la démolition de l’autre. Il est le révélateur d’une société d’individus qui se disent capables de tout juger et qui traquent tout faux pas, toute insuffisance ou trop-plein. Enfin il introduit une nouvelle forme de communication qui, selon l’auteur, n’est ni un échange ni un dialogue mais un anti-dialogue qui renvoie à une disparition des hiérarchies et à une « dissolution des rapports traditionnels aux valeurs communes, à autrui ainsi qu’à l’ordre des choses ».  Tout cela fait écho aux analyses de Gilles Lipovetsky sur l’avènement de la…

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Laurent de Capellis

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