> La Carte blanche de Judith Cabaud
Il y a 250 ans, le 4 juillet 1776, la déclaration d’Indépendance des États-Unis d’Amérique fut signée par les pères fondateurs de la nouvelle nation, en guerre avec la Grande-Bretagne. Les batailles navales contre les Anglais furent gagnées surtout par des membres de la fine fleur de l’aristocratie française, mandatée et financée par le roi Louis XVI en faveur de la jeune république. C’était un calcul à court terme pour venger les défaites françaises au Canada. Sur le moment, nul n’avait pensé aux conséquences à long terme, car les treize colonies d’origine, devenues États unis, avaient été fondées en majorité par des puritains et des calvinistes, dissidents qui vouaient une détestation à l’Église catholique et à la monarchie française. Pour comprendre cette naissance contradictoire, Alexis de Tocqueville fut un des premiers Européens à analyser le phénomène américain. En 1831, sous le règne de Louis-Philippe, le jeune magistrat français, en visite de travail dans la nouvelle république, en profita pour écrire son remarquable ouvrage qui demeure toujours d’actualité, De la démocratie en Amérique, publié en deux volumes entre 1835 et 1840. Par son sens de l’observation, sa grande culture et sa foi chrétienne, il démontre les principes de base à l’œuvre dans l’édification d’une grande nation, avec sa force et sa fragilité, comme nous le constatons encore à l’heure actuelle (1). Après avoir mesuré les effets de la Révolution française, la marche vers l’égalité lui parut inévitable. Tocqueville croyait au triomphe de la démocratie, mais il explique : « Les Américains ont un état social et une constitution démocratique, mais ils n’ont point eu de révolution démocratique (…) Les hommes sont plus liés par des intérêts, et non par des idées. » Le peuple américain, nation pragmatique, ne tombe pas dans les idéologies dogmatiques des Européens du XIXᵉ siècle. L’Amérique apparaît comme une « anti-Europe » habitée par un peuple « souverain », éloignée du vieux continent pour le meilleur ou pour le pire, qui deviendra la proie de sa propre ignorance. C’est en cela qu’il identifie la fragilité du système démocratique, comme un despotisme issu de la « tyrannie de la majorité ». Une lecture de cet ouvrage nous ouvre les yeux sur l’actualité. La surenchère dans le monde provoquée par l’argent et le pouvoir a créé un chaos dans les esprits dont seule l’action de la Providence peut nous…







