Benoît Champagne exerce comme professeur de lettres à Trappes, en réseau d’éducation prioritaire (REP+). Les lycées locaux ont été le cadre de troubles et de violences, à l’heure des blocages. Mais c’est une interrogation sur toute l’Éducation nationale qu’il convient de poser. Entretien.
| Quelle est votre réaction d’emblée sur ces émeutes lycéennes ?
Je regarde d’abord les chiffres. Tout début octobre, le gouvernement parlait de 735 établissements touchés par la mobilisation dont 158 établissements confrontés à des violences manifestes. Cela représente 4,4 % de ces quelque 3 700 établissements. Le mouvement est donc loin d’être universel et l’on distingue assez nettement les endroits où les tensions sont les plus fortes. De plus, certains l’accompagnent, voire le manipulent en sous-main : le gouvernement a très nettement évoqué une mobilisation « instrumentalisée » par LFI et ses relais, notamment en Seine-Saint-Denis. Du côté des enseignants, on a également vu un certain nombre de collègues soutenir les lycéens, jusqu’à s’interposer publiquement entre les forces de l’ordre, jugées très répressives, et les jeunes qui souhaitent « exprimer leur colère ».

Le 6 octobre, les syndicats on rejoint les lycéens, comme ici à Belfort. © Thomas Bresson, CC BY 4.0
| Mais alors, que pensez-vous des revendications des jeunes ?
Paradoxalement, certaines de leurs revendications sont parfaitement audibles. Prenons la question de l’entretien des lycées. L’État s’est, comme dans beaucoup d’autres domaines, largement déchargé de cette responsabilité au profit des collectivités. Pour obtenir simplement la remise en route du chauffage après les vacances de Noël, il faut aujourd’hui passer par le Département ou la Région ! Autrefois, c’était de l’ordre de la responsabilité des établissements, tout comme l’entretien ou les réparations. Mon fils, en classe préparatoire à Paris, a ainsi passé deux ans avec des vitres cassées dans…








