La pause liturgique : Kyrie 18 (Avent et Carême)

Publié le 07 Nov 2026
grégorien croix introït offertoire agnus dei communion alléluia graduel vexilla regis Kyrie 18

Messe 18 pendant la semaine en Avent et en Carême, et aux messes des défunts :

  • Kyie
  • Sanctus
  • Agnus

 

Commentaire musical du Kyrie A Deus Genitor alme (semaine en Avent et en Carême)

Kyrie 18 Partition kyrie 18

 

Le Kyrie 18 A, Kyrie Deus Genitor alme, rivalise en brièveté avec le Kyrie 16. Il n’est pas sans ressemblance avec lui, d’ailleurs, puisque la mélodie du mot eléison des trois premières invocations et des deux avant-derniers Kyrie reproduit celle du Kyrie 16, avec les mêmes notes (Sol, La, Si) et le même épisème sur l’accent de eléison.

Le Kyrie 18 A, daté du XIᵉ siècle, mais sans doute lui aussi beaucoup plus ancien, suit un schéma proche de celui du Kyrie 16, sauf que la dernière invocation est entièrement originale. On a donc abac, c’est-à-dire : trois Kyrie identiques ; trois Christe identiques entre eux mais différents des Kyrie ; deux Kyrie identiques aux trois premiers ; et enfin un Kyrie original. Reprenons tout ceci plus en détail :

La mélodie des trois premiers Kyrie part du Do, un Do ferme doté d’un pressus sur l’accent de Kyrie. À partir de ce Do, la mélodie s’incurve vers le Si puis le La, remonte sur le Si et redescend sur le La pour aboutir à la formule Sol-La-Si-Si de eléison. Les deux accents des deux mots sont donc soulignés, le premier par un pressus, une double note sur le Do, le second par un épisème sur le La.

La mélodie des trois Christe part du Ré aigu, sur un accent au levé, donc beaucoup plus léger. La finale de Christe est affectée d’un petit podatus Ré-Mi, pris en douceur. Et le mot eléison est différent des précédents : une clivis Ré-Do sur la syllabe initiale, puis trois punctums, mais sur Ré, Ré, Si, au lieu de La-Si-Si.

Les deux Kyrie suivants ont la même mélodie que les trois premiers Kyrie.

Le tout dernier Kyrie possède une mélodie originale, plus suppliante : l’accent de Kyrie est bien souligné par un groupe quilismatique ascendant (Si-Do-Ré), puis la mélodie redescend sur les deux syllabes suivantes, allant jusqu’au Sol grave. Enfin, la première syllabe de eléison déploie mélodiquement la formule entendue sur les trois Christe. À la clivis Ré-Do s’ajoute une modulation Ré-Mi-Ré-Do qui revient à la formule Ré-Ré-Si des trois dernières syllabes. Cette dernière invocation donne de la vigueur et un caractère plus poignant à ce beau Kyrie tout simple.

 

Commentaire musical du Kyrie B Missa pro defunctis

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Le Kyrie 18 B est celui de la liturgie des défunts. Sa mélodie est liée à l’introït Requiem de la messe des défunts dont il a la même modalité. C’est donc un 6ème mode, très paisible, très serein, très lumineux, très reposant. Il met en musique les deux sentiments de lumière et de repos qui sont les deux thèmes de l’Introït.

Ce Kyrie a probablement vu le jour en Italie, pas avant le XIIIᵉ siècle, il serait donc plus récent que la plupart des Kyrie.

Il suit un schéma de type aaab, c’est-à-dire que toutes les invocations sont identiques (fait unique, mais qui convient si bien à la sobre liturgie des défunts) à l’exception de la toute dernière invocation.

Cette mélodie unique est très belle et sa principale caractéristique est qu’elle se déroule toute par degrés conjoints. Elle part d’abord du Fa, sur l’accent de Kyrie ou de Christe, puis monte par l’intermédiaire du Sol et du La, jusqu’au Si qui est bémol, ce qui donne beaucoup de douceur à cette montée qui s’achève par une demi-ton. La montée est ardente, un peu plaintive, mais surtout souverainement paisible. Puis, la mélodie se pose sur le La puis sur le Sol, en une première cadence sur la syllabe finale de Kyrie ou de Christe.

La suite n’est pas moins belle, puisqu’une très belle descente mélodique part du La et atteint le Mi, pour s’achever elle aussi, donc, par une demi-ton cette fois descendant Fa-Mi. La fin de l’invocation est purement syllabique et l’accent de eléison est juste mis en valeur par une petite élévation mélodique sur le Sol, les trois autres syllabes de eléison étant des Fa.

Le dernier Kyrie possède la même mélodie que les huit autres invocations, sur eléison. Seule donc la formule de Kyrie diffère de cette absolue unité qui fait toute la paix de cette si belle pièce. Et ce Kyrie est ardent, poignant. Il rompt en effet avec la progression par degrés conjoints, en ce sens qu’il part à l’aigu du Do, pour retomber subitement sur le Fa, le tout en un passage syllabique qui tranche aussi sur les formules neumatiques un peu développées des autres invocations.

Ce Kyrie doit donc être pris avec une certaine véhémence, une certaine vélocité. Une fois que la finale de Kyrie est prononcée, la mélodie remonte aussi subitement vers le Do (on a donc deux intervalles de quinte) pour moduler de façon très belle, à nouveau par degrés conjoints, entre le Do et le Sol, non sans avoir été toucher le Ré aigu, et en faisant entendre toutes les notes intermédiaires dans une descente large, pleine, très confiante et sereine. Cette descente permet alors de retrouver la formule classique de eléison. C’est un magnifique Kyrie qui clôt la série des 18 messes grégoriennes.

 

>> à lire également : Commémorer nos défunts (1/3) : Ensevelir les morts, évangéliser les vivants

 

Un moine de Triors

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