Rerum Novarum : les organisations professionnelles (suite et fin)

Publié le 15 Mai 2022
rerum novarum

Au terme de Rerum Novarum, Léon XIII en appelle à la constitution de corporations professionnelles (cf. Reconstruire n° 12) et conclut en soulignant la nécessité de la religion comme « fondement de toutes les lois sociales » dans la perspective du bien commun.   Les corporations professionnelles auxquelles appelle Léon XIII sont-elles conçues sur le modèle fasciste ? Tout au long de la première partie du XXe siècle, la recherche d’une « troisième voie » entre le capitalisme libéral et le communisme, a conduit des intellectuels et des hommes politiques à proposer un modèle corporatif. Ce fut le cas notamment de l’Italie fasciste ainsi que de plusieurs autres régimes dits autoritaires. Comme pour l’Église, il s’agit de promouvoir la solidarité entre patrons et ouvriers d’un même secteur professionnel, plutôt que d’organiser leur opposition à travers l’existence de syndicats de classe. L’intérêt de la profession, commune à tous, est présenté comme un bien commun suffisamment important pour que patrons et ouvriers recherchent ensemble le meilleur moyen d’y contribuer. Mais la différence de conception entre l’Église et l’État corporatif fasciste se situe principalement dans le rôle de l’État. Dans un discours prononcé devant la Chambre des députés, le 26 mai 1927, Mussolini le résume d’une formule particulièrement frappante : « Tout dans l’État, rien contre l’État, rien en dehors de l’État. » Dans la pensée fasciste, et plus largement dans tout totalitarisme, l’État absorbe entièrement la vie sociale. D’une certaine manière, les corporations naissent de lui et lui sont totalement destinées. Quel est le rôle de l’État vis-à-vis des corporations dans la pensée de Léon XIII ? De protection et d’arbitrage, si ce dernier cas est vraiment nécessaire ! Partant du fait que les corporations selon la pensée chrétienne ne sont pas ordonnées à l’État, Léon XIII enjoint à celui-ci de les protéger et insiste particulièrement sur le fait que l’État « ne s’immisce point dans leur gouvernement intérieur, et ne touche point aux ressorts intimes qui leur donnent la vie. » Sur quoi repose cette limitation du rôle de l’État vis-à-vis de l’organisation sociale et économique ? On pourrait répondre, d’une manière très générale, sur le fait qu’un État n’a pas pour rôle de tout régir, mais d’ordonner au bien commun. Dans le cas précis évoqué ici, pour l’Église, les corporations doivent naître comme spontanément de la profession elle-même qui cherche à s’organiser, en y associant l’ensemble des membres, des ouvriers aux patrons.…

Pour continuer à lire cet article
et de nombreux autres

Abonnez-vous dès à présent

La Rédaction de Reconstruire

Ce contenu pourrait vous intéresser

Église

Droit canonique (2/4) : La transcendance du droit ecclésial

DOSSIER « Le droit canonique : pour quoi faire ? » | La mission de l'Église est celle que le Christ lui a assignée : annoncer le salut et être l'instrument de sa réalisation. Cette mission tient dans une finalité précise : procurer la salus animarum (le salut des âmes). C'est le sens de l’ultime canon 1752 du Codex Iuris Canonici de 1983, la fin que tout l'ordre juridique canonique doit poursuivre, car le salut des âmes doit toujours être la loi suprême dans l'Église. De ce fait, le droit ecclésial est attaché par nature à la vie de l'Église. Il est un moyen, un secours et une protection.

+

droit canonique église
ÉgliseÉglise de France

Marche de Saint Joseph : « Et qui est mon prochain ? »

Initiatives chrétiennes | Tournée plus spécialement cette année vers les néophytes et catéchumènes, la Marche de Saint Joseph mène les hommes depuis les paroisses ou les écoles parisiennes jusqu'à Saint-Sulpice, en passant par Montmartre. L'occasion pour eux de se rencontrer mais aussi de retrouver sa vocation au don. Entretien avec l’abbé Vincent de Mello, aumônier du pèlerinage.

+

Marche de Saint Joseph