La pornographie et les enfants, un enjeu de santé publique

Publié le 20 Juin 2023
pornographie

Conseillère en vie affective et sexuelle, fondatrice de l’association « Déclic – sortir de la pornosphère », et auteur d’un ouvrage sur le sujet*, Anne-Sixtine Pérardel réagit aux chiffres d’une enquête de Médiamétrie-Arcom de mai dernier. Ceux-ci montrent que la consommation de pornographie est le fait d’enfants toujours plus nombreux, toujours plus jeunes et concerne aussi les filles. Avec des conséquences personnelles et sociales catastrophiques.   Une étude de Médiamétrie a annoncé le 25 mai dernier que près d’un tiers des moins de 18 ans passent près d’une heure par mois sur des sites pornographiques. Comment expliquez-vous ce phénomène ?  Aujourd’hui, chez les 12-13 ans, 51 % des garçons et 31 % des filles sont victimes de ce fléau. La consommation féminine a augmenté, tous âges confondus. Il faut réaliser que la moitié des garçons ont déjà été confrontés à ce type de contenu, et le nombre progresse chaque année. L’Ifop estimait à 11 ans l’âge moyen de la première consommation, mais il y a enfin des études communiquant sur le public plus jeune (10 ans). J’observe de mon côté une première expérience autour de l’âge de 9 ans en moyenne. Or, selon les recherches de l’association « E-enfance », cet âge correspond à celui du premier smartphone. Les parents ne réalisent pas forcément les contenus auxquels leurs enfants ont accès via leurs téléphones. Quel est le comportement des enfants lorsqu’ils sont exposés à de tels contenus ? Pour les 10-11 ans, la puberté commence tout juste, leur corps et leur psychologie changent. Leur maturation avance vite, sur tous les plans, et en l’absence d’éducation affective, ils vont aller chercher des réponses. Internet leur sert alors de parent… En tombant sur ces images et vidéos, la fascination et le dégoût provoqués les choquent en profondeur. « Madame, je n’arrive pas à oublier ces images, je me sens sali », est une phrase que j’entends énormément. Quels sont les risques ? La pornographie est toujours un problème mais être exposé aussi précocement, je l’assimile à un viol psychologique. Lorsque les enfants se confient, leurs propos relèvent de la sidération psychologique, comme dans les cas de violences sexuelles. Une petite fille de CM2 me racontait son choc, le frisson dans le dos et son envie de vomir après avoir été exposée. L’étude de l’Arcom (1) montre que 1 mineur sur 10 consomme de la pornographie au moins une fois par jour, autrement dit 10 % ont une…

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Maitena Urbistondoy

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