Et maintenant, qu’est-ce que l’Ukraine peut attendre de l’Ouest ? Un appel

Publié le 20 Fév 2014
Et maintenant, qu’est-ce que l'Ukraine peut attendre de l’Ouest ? Un appel L'Homme Nouveau

Je vous écris en tant qu’ancien prisonnier d’opinion de l’ère Brejnev. Tous les autres titres sont en train de perdre leur sens à la lumière de Maidan où coule le sang ukrainien.

Toute ma vie j’ai admiré la civilisation occidentale comme domaine des valeurs. Maintenant, je suis sur le point de reformuler ainsi les mots de Byron : « Fragilité, ton nom est Europe ! « , la force de l’amertume étant ici balancée par celle de notre amour pour l’Europe.

Pour qui s’en préoccupe encore là où se prennent les décisions, je peux répondre à la question du titre. Tout d’abord, arrêtez votre « expression d’une profonde inquiétude ». Tous ceux qui protestent sur Maidan sont allergiques dans les circonstances présentes à cette phrase qui n’a pas de sens, alors que tous les bandits de la bande du gouvernement ukrainien en profitent pour railler l’impuissance de l’Union Européenne .

Prenez des sanctions. Ne perdez pas votre temps à  chercher leur talon d’Achille : c’est l’argent déposé dans vos banques. Appliquez vos propres lois et arrêtez le blanchiment d’argent. L’Europe dont nous voulons faire partie ne peut jamais saboter la valeur absolue de la vie humaine au profit d’une importance absolue de l’argent.

Annulez également les visas pour l’Ouest de tous les bandits gouvernementaux et de leurs familles. Il est scandaleux que les Ukrainiens communs qui vivent leurs vies ordinaires doivent fournir les arbres généalogiques de leurs ancêtres pour obtenir un visa pendant que des criminels au pouvoir, coupables d’assassinats, de «disparitions» et de fraude aux yeux du monde entier bénéficient pratiquement du statut de libre entrée dans l’Europe.

N’écoutez pas les sirènes de la propagande de Ianoukovitch et de Poutine. Il suffit de mettre du coton dans les oreilles. Soyez capables de décoder leur mensonge, sinon ils décoderont votre capacité à vous défendre.

Ecoutez plutôt les médias ukrainiens qui sacrifient la vie de leurs journalistes pour obtenir des informations véridiques. Ne vous fiez pas autant aux informations fournies par vos correspondants spéciaux dans d’autres pays qui viennent en Ukraine pour un jour ou deux. Faites appel aux Ukrainiens qui vivent dans ce pays pour traduire la clameur douloureuse de l’Ukraine. Obtenez des fonds pour cela dès maintenant au lieu d’attendre ceux du budget de l’année prochaine.

Venez dans les hôpitaux de l’Ukraine et parlez aux soi-disant «extrémistes» qui veulent «renverser le gouvernement légitimement élu », à ceux qui ont « cruellement battus » les policiers et « délibérément » fait sauter des explosifs pour se blesser. Oui, le visage de la guerre est cruelle. Mais, en venant à Maidan, ces personnes répètent presque littéralement ce que le roi George VI dit à son peuple le 3 Septembre 1939 :

« Nous avons été plongés de force dans ce conflit, car nous sommes tenus de nous dresser contre un principe, qui s’il devait s’imposer, serait fatal à tout ordre civilisé dans le monde ».

Sortez de votre situation de confort ! Rappelez-vous les anciens Romains dorlotés qui refusèrent de le faire en leur temps. Cajoler Poutine ne vous apportera pas la sécurité. Lui laisser prendre le contrôle de l’Ukraine pourrait rendre la paix dans le monde encore plus vulnérable. Une Ukraine divisée par la force n’apporterait la paix au monde, tout comme une Pologne et une Allemagne divisée par la force n’ont pas apporté la paix au monde.

Nous conclurons en solidarité avec le Roi George VI, et avec le peuple ukrainien :

« La tâche sera rude.  Des jours sombres nous attendent, et la guerre ne peut plus désormais être confinée au champ de bataille, mais nous ne pouvons agir bien seulement en fonction du bien que nous voyons, et confier à Dieu avec déférence notre cause. Si tous ensemble nous restons résolument fidèles à cette cause, alors, avec l’aide de Dieu, nous vaincrons ».

Myroslav Marynovych, un ancien prisonnier du Goulag soviétique (1977-1987), est le vice-recteur de l’Université catholique d’Ukraine

Ce contenu pourrait vous intéresser

Tribune libre

À propos de l’œuvre du père Henri de Lubac

Tribune libre du père Laurent-Marie Pocquet du Haut-Jussé | Grande figure de la théologie contemporaine dont la pensée a influencé plusieurs des derniers papes, le père Henri de Lubac (1896-1991) bénéficie d'une récente biographie intellectuelle qui pourra servir de guide pour mieux appréhender son œuvre, qui reste pourtant aujourd'hui discutée. Pour sa part, le père Laurent-Marie n'hésite pas ici à manifester l'admiration et l'enthousiasme que suscite chez lui la théologie lubacienne, au-delà justement des critiques et des relectures contemporaines.

+

lubac livre
Tribune libreChrétiens dans le monde

100 jours de la guerre au Liban : le sud totalement annexé et vidé de ses habitants

Tribune | Ce 10 juin marque les 100 jours de la guerre au Liban. On dénombre aujourd'hui près de 3500 morts, 10 500 blessés et plus d'un million de déplacés, un chiffre qui devrait encore augmenter après les déclarations de Benjamin Netanyahou de vouloir frapper le sud de Beyrouth. Entretien avec Jean Vallier, directeur de la communication de SOS Chrétiens d’Orient.

+

SOS Chrétiens d’Orient Liban guerre
Tribune libreDoctrine sociale

L’intelligence artificielle et le poète

Tribune libre de Henri Maubrun | À l’heure où l’Intelligence artificielle (IA) se déploie dans tous les pans de la vie humaine, Gaultier Bès se livre dans La Vie machinale à un démontage en règle de cette ingénierie de notre existence. Au risque, peut-être, d’y mettre plus de poésie que de raison.

+

intelligence artificielle Gaultier Bès
Tribune libreÉglise de France

L’urgence de transmettre les traditions catholiques dans l’Église de France

Tribune libre de Caroline Mercier | L'Église s'est réjouie du nombre des baptisés de la dernière nuit de Pâques. Mais que vont recevoir ces nouveaux convertis ? Alors que les pratiques liturgiques traditionnelles disparaissent peu à peu des paroisses, un pan entier de l'héritage catholique risque de s'éteindre faute de pérennisation. Chants, langues liturgiques, processions : comment préserver ce trésor spirituel et culturel qui a façonné l'Église et la France ?

+

tribune traditions