Les obstacles au rayonnement de l’iconographie chrétienne

Publié le 25 Sep 2017
Les obstacles au rayonnement de l'iconographie chrétienne L'Homme Nouveau

On sait que le IIème Concile de Nicée vante « les vénérables et saintes images, tout comme les représentations de la Croix précieuse et vivifiante, qu’elles soient peintes, en mosaïque ou de quelque autre matière appropriée ». Et il recommande donc de les placer « dans les saintes églises de Dieu, sur les objets et vêtements sacrés, sur les murs et les tableaux, dans les maisons et sur les chemins, aussi bien l’image de Notre-Seigneur que celle de Notre-Dame, la toute pure et sainte Mère de Dieu, des saints anges, de tous les saints et des justes ».

Quatre obstacles empêchent cependant l’image sainte, l’icône, de rayonner la foi chrétienne : un art narcissique symptôme d’une humanité malade qui refuse sa rédemption, un esprit iconoclaste qui reste latent, et bien sûr les profanations directes comme aussi l’esprit de superstition qui rabaisse l’image sainte à de la magie.

1) L’homme est malade quand il n’est pas ouvert à Dieu, alors il ne peut prétendre devenir artiste. L’art véritable, art sacré, fait regarder vers Dieu. Saint Augustin, qui a douté longtemps avant d’accueillir la lumière de la foi, parle de son errance dans « la région de la dissimilitude », comme le prodigue perdu loin de chez lui (Confessions VII,10.16). À l’inverse, la foi souligne chez l’homme la similitude, la ressemblance et l’harmonie avec le monde divin qui l’a créé. Faisant référence à cette expression, saint Bernard dénonce le chant mal exécuté des moines comme un fiasco radical. Benoît XVI prolonge son analyse pour juger sévèrement l’art sacré indigne de son nom : « L’homme qui est créé à l’image de Dieu tombe, en conséquence de son abandon de Dieu, dans la “région de la dissimilitude”, dans un éloignement de Dieu où il ne Le reflète plus et où il devient ainsi non seulement dissemblable à Dieu, mais aussi à sa véritable nature d’homme » (au Collège des Bernardins, 12 septembre 2008).

2) L’iconoclasme des premiers siècles perdure sous diverses formes : l’islam prolonge sous nos yeux l’hérésie antique, le protestantisme dit son malaise devant les expressions débilitées de la foi et s’est raidi en violence contre le dogme et l’art sacré. Il y a aussi des méprises et des erreurs de traduction concernant Nicée II dont souffrit Charlemagne : mal traduit, le respect dû aux images sacrées devenait dans les libri carolini l’adoration pure et simple, laquelle devrait être alors refusée à juste titre. L’abside de l’église carolingienne de Germiny-des-Prés n’a pas le Christ Pantocrator ; à la place, l’arche d’alliance est un signe muet de la présence de Dieu. Pourtant, le dommage est redoutable, car la vénération (comme aussi l’offense, hélas) de l’image remonte au Prototype, Notre-Seigneur, Notre-Dame ou les Saints.

3) Car, en effet, il y a des profanations directes. Ainsi, voici peu d’années, la Pietà de Michel-Ange, dans la basilique Saint-Pierre, fut attaquée directement (elle est désormais protégée) ; lors de l’invasion suédoise de la Pologne, un soldat défigura l’icône de Czestochowa qui garde ses stigmates comme un plaidoyer muet et éloquent à la fois du respect et du sérieux que mérite l’art sacré.

4) Le dernier obstacle est plus difficile à délimiter. La superstition est réellement répréhensible. Le Catéchisme (2110s) la définit ainsi : « La superstition représente en quelque sorte un excès pervers de religion… Elle est la déviation du sentiment religieux et des pratiques qu’il impose. Elle peut affecter aussi le culte que nous rendons au vrai Dieu, par exemple, lorsqu’on attribue une importance en quelque sorte magique à certaines pratiques, par ailleurs légitimes ou nécessaires ». Cela est facile à définir, le délimiter est plus délicat : face à une réprobation abstraite des gestes de la dévotion populaire, le Magistère, surtout depuis saint Jean-Paul II, défend la dévotion populaire qui fait toucher et regarder la grotte de Lourdes, caresser le fauteuil de la Chapelle miraculeuse, etc. Dans l’Exhortation Marialis Cultus, le bienheureux Paul VI fut le premier à défendre la piété des « petits ». L’ambiance Nouvel Age de notre société relativiste requiert pourtant un bon discernement. Hyper-cérébral comme on l’a rendu, l’homo post modernus a besoin de la douceur de la Révélation divine pour apaiser sa sensibilité triturée et abîmée. Le futur Benoît XVI associait la joie au baroque malgré les préventions qu’il subit : « Le Siècle des Lumières perdit sa joie en perdant la foi » (L’esprit de la liturgie, p. 106). La foi des simples saura toujours se réjouir des splendeurs divines dans l’art sacré.

Ce contenu pourrait vous intéresser

À la uneÉgliseHistoireLéon XIV

Léon XIV en Algérie (1/5) : Entre mémoire et avenir

DOSSIER « Sur les pas de saint Augustin : Léon XIV en terre musulmane » | À l’invitation du gouvernement algérien et des évêques du pays, Léon XIV visitera l'Algérie en avril prochain. S’il entend mettre ses pas dans ceux de saint Augustin, dont il se déclare le fils, le Pape veut aussi encourager le petit peuple des chrétiens présents dans l’Algérie d’aujourd’hui.

+

Léon XIV en Algérie
À la uneÉgliseÉglise de France

Fermeture de la Trappe : Que reste-t-il de la vie religieuse en France ?

Après près de neuf siècles de présence, les moines de l’abbaye Notre-Dame de la Trappe de Soligny ont annoncé le 5 mars dernier leur départ en 2028. Pour beaucoup d’abbayes confrontées à la même situation, on invoque la crise des vocations et les charges d’entretien des bâtiments qui empêchent les communautés d’assurer la vie régulière, et les contraignent à se retirer de lieux pourtant marqués par des siècles de présence.

+

vie religieuse abbaye de la Trappe
À la uneÉgliseLiturgie

Proposition de dom Kemlin pour la liturgie : réponse du président de Notre-Dame de Chrétienté

Entretien | Dom Kemlin, père abbé de l’abbaye de Solesmes, a révélé le 16 mars, au micro de RCF, l’envoi, en novembre, d’une lettre au Pape : il y propose une reconfiguration de la liturgie romaine dans le but de résoudre les divisions au sein de l'Église. Philippe Darantière, président de Notre-Dame de chrétienté, l’association organisatrice du pèlerinage de Paris à Chartres à la Pentecôte, a souhaité réagir à cette proposition.

+

Solesmes dom kemlin liturgie