Le Mémento de Jean Vilar

Publié le 13 Juin 2018
Le Mémento de Jean Vilar L'Homme Nouveau

Le texte de cette pièce qui n’est pas qu’une simple lecture, mais bien un spectacle dense, intense et plein d’émotions est une œuvre de Jean Vilar qui selon son auteur lui-même nous restitue « le mémento des faits survenus dans l’histoire du Théâtre National Populaire, du 29 Novembre 1952 au 1er Septembre 1955 ». Dans la présentation de ce texte, notes consignées presque au jour le jour à la main, dans un cahier d’écolier, Vilar présente ainsi ce Mémento : « Mémoire de suggestions, de conseils, de rêveries et de regrets, exprimés de bonne foi, par un directeur, toutes choses pouvant être utiles à celles et ceux qui se destinent par les moyens de l’illusion à enseigner et divertir leurs semblables ». Nous ne sommes pas loin dans cette formulation, sous la plume d’un des directeurs du théâtre contemporain les plus féconds, de cette devise des classiques : « En toute chose, il faut instruire et plaire ». Il est beau et bon de voir que le théâtre est aussi un lieu d’héritage, de transmission et d’exemple. Emmanuel Dechartre qui dirige le Théâtre 14, théâtre des plus dynamiques dans l’horizon des théâtres parisiens, rend ici un témoignage personnel émouvant, cela est sensible dans tout son jeu, en nous donnant à entendre ce texte qui est loin d’être seulement anecdotique. « Il fut pour moi, écrit-il, âgé de 7 ans, l’un des déclics pour embrasser cette carrière. (…) Peu de gens ont conscience cependant, malgré son immense succès, du parcours christique qu’il dût accomplir pour triompher. Un saint Laïc. » Le théâtre qui est un miroir du monde est un lieu de combat précisément avec cet esprit mondain qui n’aime rien moins que d’être démasqué. Vilar n’était pas un homme de compromis, mais il a dû toute sa vie batailler contre des administrations récalcitrantes, des pouvoirs publics souvent frileux. Il a mis sa peau au service de son engagement, ne comptant ni son temps, ni sa fatigue, ni son argent et croyant par-dessus tout à sa bonne étoile. Le résultat nous donna le TNP, Avignon et surtout une floraison de très grands talents au service des œuvres magistrales du répertoire. Dans un décor et des éclairages bien choisis, au milieu des costumes évoquant ces grandes figures de scène, Emmanuel Dechartre nous rappelle avec Vilar, sans vouloir faire la leçon, mais par mode de témoignage, que l’art a une place importante dans la Cité, que le théâtre participe à cette édification du lien social, sans lequel nous ne serions que des sauvages… 

Théâtre 14, 20 av. Marc Sangnier, Paris XIVe, jusqu’au 30 juin. Représentations les mardi, mercredi, jeudi et vendredi à 19 h, samedi à 20 h 30. La représentation du samedi 23 juin aura lieu à 19 h. Rés. : 01 45 45 49 77.

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