Rentrer au pays… ou mourir !

Publié le 14 Juin 2018
Rentrer au pays... ou mourir ! L'Homme Nouveau

Plus de famille, plus de village, plus de nation, ils ont tout perdu. Alors, ils sont partis, chassés de leur histoire, coupés de leurs racines, honteux de leur culture. Ayant assisté à la démolition méthodique de tout ce qui structurait leur existence, ils ont abandonné sans se retourner tout ce qu’ils avaient reçu. Ils ont cessé de réfléchir et renoncé à toute forme de vie intérieure. Le grand refroidissement du discernement et le déclin du courage les ont poussés à partir. Ils ont pris des chemins improbables et dangereux de l’hédonisme et du matérialisme, contourné ce qui restait d’interdits et d’entraves surannés. Ils ont tout laissé, aussi bien leurs moeurs collectives que leurs  traditions ancestrales. Attirés par d’apparentes richesses, ils ont imaginé trouver le bonheur au-delà des frontières naturelles. Mais la réalité de leur exil s’avère être une impasse. Ils n’ont désormais plus ni histoire, ni avenir, ni rien à transmettre. Leur rêve est devenu cauchemar… ce sont les migrants spirituels !

Agglutinés en une  immense colonne virtuelle fuyant au-delà des limites  et souvent en-dessous du dicible, ils sont nos contemporains. Connectés à tout sauf à la réalité, ils accourent au moindre clic. Ils ont adoptés les codes de la grande conspiration de l’esprit sans même le savoir. Épuisés, ils avancent sans voir. Déstructurés, ils n’ont plus ni colonne vertébrale, ni repères. Leurs codes vestimentaires, leurs habitudes alimentaires, leur orthographe, leurs codes musicaux et culturels, tous leurs signes d’appartenance trahissent l’exil qui est le leur dans cette masse de sans domicile. La règle est le chacun pour soi et la préservation des apparences à tout prix. Devenus schizophrènes profonds, ils ont, mais ne sont plus ; ils disent, mais ne font plus ; ils prétendent, mais n’incarnent plus ; ils assènent, mais ne réalisent plus ; ils invoquent, mais ne concrétisent plus rien; ils zappent mais s’avèrent incapables de bâtir. Leur vie est devenue une immense imposture… ce sont les réfugiés existentiels !

 Étrangers sur leur propre sol, ces migrants de la société de consommation, ces exilés de la dissociété devront pourtant un jour rentrer au pays et retrouver la vraie patrie. Leur exil ne pourra durer. Ils ne pourront vivre éternellement déracinés. Il faudra bien qu’ils s’en retournent et redeviennent ce qu’ils n’ont jamais cessé d’être : des héritiers milliardaires, des débiteurs insolvables, qu’ils retrouvent les permanences de l’existence, sans faux-semblants ni impostures, qu’ils mènent les combats du quotidien et transmettent à leur tour ce qu’ils ont reçu afin de préserver la créance humaine, la liberté de l’homme intérieur… ou bien qu’ils disparaîssent !

Ce contenu pourrait vous intéresser

Tribune libre

Amérique : Dieu et la politique

Tribune libre de Judith Cabaud | À l’approche des élections législatives partielles qui peuvent changer l’orientation du gouvernement actuel, les États-Unis d’Amérique semblent emprunter la voie du déclin.

+

États-Unis d’Amérique dieu politique démocratie
Tribune libreLiturgie

Servants d’autel : histoire et discernement

Tribune libre de Caroline Mercier | L'entrée de filles dans le chœur des églises comme servantes d'autel a fini par être officiellement admise dans les textes, à la faveur de la suppression des ordres mineurs, puis reconnue par étapes. Cependant il convient de s'interroger sur les origines de cette fonction autrefois réservée aux garçons, sur sa symbolique et ses implications spirituelles.

+

servants d’autel enfants de chœur
Tribune libre

Mise en scène et mise en fête de l’Histoire

Tribune libre | En écho à notre dernier dossier, « Le spectacle au service de l'Histoire et de la mémoire » (cf. L'HN n° 1857), l'écrivain et philosophe Romain Debluë estime que notre époque transforme l'Histoire en objet de spectacularisation et de « festivisation ».

+

histoire scène fête
Tribune libre

Après les affaires Lyhanna et Bruel, remonter aux causes

Tribune libre du chanoine d’Abbadie d’Arrast | La multiplication des affaires de pédophilie ou de viols a provoqué nombre d’analyses diverses. Certains prétendent que cela a toujours existé mais qu’il aura fallu le courage de notre époque pour regarder la réalité en face ; d’autres se défaussent sur le fonctionnement des forces de l’ordre et de l’autorité judiciaire pour fustiger leurs manques tant de lucidité que de célérité et préconisent des solutions techniques.

+

l’affaire Lyhanna
Tribune libre

À propos de l’œuvre du père Henri de Lubac

Tribune libre du père Laurent-Marie Pocquet du Haut-Jussé | Grande figure de la théologie contemporaine dont la pensée a influencé plusieurs des derniers papes, le père Henri de Lubac (1896-1991) bénéficie d'une récente biographie intellectuelle qui pourra servir de guide pour mieux appréhender son œuvre, qui reste pourtant aujourd'hui discutée. Pour sa part, le père Laurent-Marie n'hésite pas ici à manifester l'admiration et l'enthousiasme que suscite chez lui la théologie lubacienne, au-delà justement des critiques et des relectures contemporaines.

+

lubac livre