[Grégorien] L’introït de dimanche, cri d’évangélisation

Publié le 16 Juin 2018
[Grégorien] L'introït de dimanche, cri d'évangélisation L'Homme Nouveau

« Le Seigneur est ma lumière et mon salut, qui craindrais-je ? Le Seigneur est le défenseur de ma vie, devant qui tremblerais-je ? Mes ennemis qui me persécutent se sont affaiblis et sont tombés. Qu’une armée se dresse contre moi, mon cœur sera sans crainte. » (Psaume 26, 1-3)

Commentaire spirituel

Dominus intro

Le beau psaume 26 (27 selon la tradition hébraïque) est un des plus usités dans les formulaires de chants liturgiques anciens, et spécialement dans les introïts. Les premiers versets de ce psaume situent cette grande prière de confiance dans un contexte de lutte qui s’applique à beaucoup de situations humaines. Les psaumes nous rejoignent dans nos expériences heureuses ou malheureuses, et toujours nous aident à envisager ce qui nous arrive à l’intérieur d’une relation intime et riche avec Dieu. Notre vie est profondément théologale, même si de fait nous nous en rendons très peu compte. Lespsaumes nous invitent à regarder, à contempler Dieu agissant au fond de notre cœur et tout au long de notre existence. Rien ne lui échappe, même pas nos péchés qui sont pourtant les réalités les plus radicalement contraires à son amour et à son être. Mais ne voyant pas Dieu, nous prenons si facilement l’habitude de ne pas le regarder ! Comme si une réalité n’existait pas simplement parce qu’elle est invisible ! Nos absences au rendez-vous n’empêchent pourtant pas sa présence à lui. Il est là, immanquablement, il nous aime, il est toujours disponible, toujours prêt et prompt à pardonner à secourir, à fortifier. Une âme qui a compris cela, se lance plus aisément sur les flots de la confiance et devient peu à peu capable de ne plus se départir d’une sécurité si absolument fondée sur la nature même de Dieu. Le psalmiste le vit intensément, et les saints du Nouveau Testament ont pris le relais des grands patriarches de l’Ancien qui étaient des hommes de confiance, des amis de Dieu. Quand on lit le texte de notre introït, on pense évidemment à sainte Thérèse de l’Enfant Jésus, cette petite âme guerrière dont les armes étaient l’amour et la confiance. Puissions-nous nous mettre à son école et revenir sans cesse à la certitude de la présence de Dieu dans notre vie, présence paternelle et amoureuse, inlassable, incassable de son côté.

La première affirmation du psaume, reprise par l’introït est un magnifique acte de foi : « Le Seigneur est ma lumière et mon salut. » La conjonction de ces deux notions de lumière et de salut est assez surprenante : quel rapport y a-t-il entre la lumière, même spirituelle, et le salut ? On imaginerait beaucoup mieux l’association de la force et du salut. Mais précisément, la lumière dont il s’agit, c’est la présence de Dieu, présence que notre foi perçoit et qui suffit à nous sauver. Un seul regard posé sur le Dieu d’amour nous établit en contact avec la Vie et ce contact nous vivifie, nous sauve. Plus je vis consciemment sous le regard de Dieu, plus je suis dans la lumière et moins je redoute les ténèbres. Je suis sauvé dans la mesure où, contemplant Dieu, fixant sur le bien les yeux de mon âme, je me tiens éloigné du mal et de ses embûches. Au ciel, nous serons totalement immergés dans la lumière divine, à tel point que nous serons incapables de péché, nous serons alors bel et bien sauvés pour de bon. Ici bas, participant par la foi à la lumière de Dieu, nous nous serrons contre lui et nous évitons le péché et toute occasion de déplaire au Seigneur. La plus grande crainte du psalmiste, on le voit bien, c’est de perdre cette lumière, par le péché qui offense l’ami. Tant qu’elle est là, il n’y a plus de crainte, plus d’ennemi à redouter.

La deuxième affirmation de notre texte est tout aussi magnifique : « Le Seigneur est le défenseur de ma vie ». Ma vie est l’œuvre de Dieu, elle est une émanation de son amour. Si Dieu a voulu cette vie, jamais personne ne pourra la ravir au Seigneur. Il n’y a que moi, encore une fois, par mon péché, qui peut la soustraire à l’influence divine. Et encore, Dieu, en créant le temps, nous a donné le moyen de nous racheter sans cesse, comme s’il voulait tout faire pour nous enfermer dans ses bras, tout en maintenant le principe absolu et redoutable de notre liberté. Remettre sa vie entre les mains de Dieu, c’est choisir assurément la meilleure assurance vie. Mais ne nous trompons pas de vie. La vraie vie, la vie éternelle, c’est celle que Dieu nous réserve dans l’autre monde. Dieu est en nous le défenseur de cette vie là surtout. Si nous faisons appel à lui, humblement, il ne se récusera jamais pour nous protéger contre l’ennemi de notre âme.

Alors les affirmations confiantes de la suite du texte prennent tout leur sens: « Mes ennemis qui me persécutent se sont affaiblis et sont tombés. Qu’une armée se dresse contre moi, mon cœur sera sans crainte. ». Une âme ancrée en Dieu devient extrêmement forte et extrêmement efficace dans le combat spirituel.

Un tel texte nous invite à aller au cœur de notre destinée. Répétons souvent ces versets, laissons-nous transformer peu à peu par eux. Ils nous aideront à vaincre, à surmonter toutes les épreuves physiques, morales, spirituelles, sociales, qui peuvent nous assaillir. Ils sont un cri de guerre lancé à la face du mal sous toutes ses formes ; ils peuvent être placés sur les lèvres d’un enfant, d’un jeune, d’une maman, d’un père de famille, d’un prêtre, d’un malade, d’un moine, d’un pécheur. Cri de foi, de confiance, d’amour, dans une société qui vit sans Dieu et qui a tant besoin de retrouver son unique Sauveur. N’ayons pas peur d’en faire concrètement un cri de la nouvelle évangélisation, un cri qui émane de notre certitude quotidienne et qui soit capable, par sa vérité, de devenir contagieux et attirant. C’est ce que fait la liturgie en mettant ce cri en musique.

Commentaire musical

Dominus illuminatio mea Partition

Le 2ème mode nous prouve ici que son attribut repéré sur les chapiteaux de Cluny, tristis, ne saurait être adéquatement traduit par le qualificatif français triste. Rien n’est triste dans cette mélodie. Tout, au contraire, respire la joie que font naître dans le cœur la foi en Dieu et la confiance en son amour. La pièce est très bien découpée par les grandes barres en trois phrases mélodiques qui correspondent aux trois parties détaillées dans le commentaire : deux affirmations ponctuées chacune par une question qui ressemble à un défi lancé aux ennemis ; et un constat qui vise ces mêmes ennemis. Reprenons tout cela en détail.

L’intonation commence au grave, elle est calme, mais elle monte déjà avec un bel élan encore modéré et une grande fermeté, sur le nom Dóminus, sujet de la phrase et acteur principal de toute la pièce. L’élargissement de la syllabe finale de Dóminus ne doit pas arrêter l’élan initial, surtout à la reprise de la pièce alors qu’il n’y a pas d’intonation. L’élan se concrétise dès le mot suivant, illuminátio, si bien venu, et qui jaillit pour atteindre le Fa, dominante de la pièce, qui va jouer un rôle majeur, notamment en recevant de très nombreuses notes longues, comme c’est déjà le cas ici. Ce mot de lumière s’accompagne donc d’une montée toute simple mais expressive vers l’accent, pris au levé du rythme, entre deux notes longues bien rythmées. La fermeté se maintient sur le mot suivant, mea, qui attribue l’action illuminatrice de Dieu à l’âme qui chante. Un renchérissement se fait sentir sur le mot salus qui nous fait franchir un nouveau degré en atteignant le Sol. Là encore, l’adjectif possessif mea reproduit fidèlement par sa mélodie l’élan et la fermeté du mot qu’il qualifie. Vient ensuite la question qui contient une grande richesse d’expression : on peut en effet y repérer une grande confiance, notamment dans l’intervalle initial de quarte Ré-Sol, et également dans la descente très paisible et très sereine de timébo ; mais elle comporte aussi une nuance de défi adressée à ces ennemis qui ne sont pas encore nommés, et qui apparaîtront défaits et diminués en fin de pièce. Ici, ils sont déjà reconnus impuissants en face de l’âme illuminée et sauvée par Dieu, qui chante d’autant plus sa fierté qu’elle s’appuie sur son Seigneur.

La deuxième phrase apporte dès le début un enthousiasme que ne possédait pas encore la première phrase. Le mot Dóminus emprunte son motif initial à celui du début de la pièce, mais en le transposant à la quarte supérieure. De plus, un nouveau degré est franchi sur sa finale qui touche le La. C’est donc un bon début, très élancé, qui se confirme avec le beau balancement très bien rythmé des deux mots defénsor et vitæ traités de la même manière, avec un accent vigoureux et une finale longue et vivante, à l’unisson sur le Fa. Là encore, un bel adjectif possessif, meæ, ponctue ce membre de phrase de façon très expressive. Les deux premières phrases apparaissent donc assez symétriques, dans leur texte comme dans leur mélodie, avec un net renchérissement de la seconde sur la première, comme on le voit très clairement à propos de la question qui termine cette seconde phrase : a quo trepidábo ? C’est ici le sommet de la pièce, et le traitement mélodique de cette question est assez extraordinaire, se concluant au sommet, c’est-à-dire le La, avec une audacieuse fierté et une admirable sérénité qui viennent du ciel, en contraste absolu avec le sens de ce verbe qui signifie le tremblement et même l’affolement que pourrait ressentir la créature en face de ses ennemis. Il faut donner cette question avec légèreté, en ne ralentissant que sur la dernière syllabe, de façon à poser la cadence à l’aigu sans précipitation.

La troisième phrase reprend le motif mélodique de la seconde, sur tríbulant, et fait atteindre même le Si aigu, pas encore entendu jusqu’ici. L’âme établie dans la lumière, la sécurité, contemple avec joie du haut de son rocher, la fragilité de ses ennemis et elle se laisse aller à ce cri de triomphe sur le verbe même qui traduit la souffrance que lui infligent ses adversaires. Il y a donc une sorte de concentration dramatique de sentiments sur ce mot qui exprime et le combat et déjà la victoire. Puis, tout va se calmer rapidement. Même si le tempo reste marqué par une certaine vigueur, la mélodie de inimíci mei revient sagement à l’intérieur de la tierce Ré-Fa, de même que celle de l’incise suivante. Cette fin de pièce est très ferme pourtant et les nombreuses notes longues sur le Fa (notamment infirmáti dont il faut souligner le contraste) invitent à donner à ces incises une sorte de souveraine assurance, un accent de triomphe paisible.

Vous pouvez écouter l’introït ici 

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