Accueillir, protéger, promouvoir et intégrer les migrants… jusqu’où ?

Publié le 21 Sep 2017
Accueillir, protéger, promouvoir et intégrer les migrants… jusqu’où ? L'Homme Nouveau

Publié dès le 21 août dernier, le Message du Pape François pour la Journée mondiale du migrant et du réfugié, qui aura lieu le 14 janvier prochain, porte son programme dans son intitulé : « Accueillir, protéger, promouvoir et intégrer les migrants et les réfugiés ». Ce texte a suscité de nombreuses réactions et repose toute la question du rapport entre le bien de la personne et le bien commun.

Le Message du Pape pour la Journée mondiale du migrant et du réfugié, rendu public le 21 août, a suscité de nombreuses réactions et critiques, le sujet étant devenu inflammable en Europe depuis qu’elle subit une vague migratoire sans précédent et une montée en puissance de la présence musulmane. Notons que l’évêque de Rome intervient dans un contexte social et politique italien très tendu, puisqu’une réforme du code de la nationalité portée par le gouvernement de gauche de Gentolini vise à installer le droit du sol dans ce pays confronté à cette grande migration. Le texte du Pape est intitulé « Accueillir, protéger, promouvoir et intégrer les migrants et les réfugiés ». Le Pape décline sa pensée en s’appuyant sur ces quatre verbes.

Un des passages les plus discutés est le suivant : « Le principe de la centralité de la personne humaine, fermement affirmé par mon bien-aimé prédécesseur Benoît XVI (cf. Lettre encyclique Caritas in veritate, n. 47), nous oblige à toujours faire passer la sécurité personnelle avant la sécurité nationale. » Force est de constater que la citation est sortie de son contexte puisque Benoît XVI parle effectivement de la centralité de la personne mais dans un paragraphe consacré au principe de subsidiarité appliqué au développement d’une économie plus humaine. Ni l’assistanat ni la pure logique froide et mécanique du marché ne peuvent assurer le développement, dit le pape Benoît, car c’est par la mise en œuvre de la vertu de prudence que le bien des personnes et des peuples peut être atteint.

Comment faut-il alors comprendre cette priorité de la sécurité personnelle sur la sécurité nationale ? Si cela signifie que le respect des droits de la personne peut engendrer un mal pour la sécurité nationale, cela serait une remise en cause de la doctrine sociale sur le bien commun qui ne peut être considéré comme concurrent du bien de l’individu. Il faut donc probablement entendre cette expression dans le sens où un État risque d’invoquer la sécurité nationale pour légitimer le viol des droits de la personne humaine. Encore faut-il déterminer de quels droits il s’agit. Et c’est là que le texte s’obscurcit. Dans la tradition théologique assumant le droit naturel les droits sont toujours à prendre en tant qu’exprimant et réglant des relations déterminées entre des êtres humains qui ne sont jamais des êtres indéterminés. Ainsi par exemple aucun État n’a le droit de couler un bateau transportant des civils, mais il peut par un légitime esprit de défense réguler les flots de population, s’il juge qu’il s’agit d’invasion mettant en danger le bien commun du peuple qu’il sert.

Droits et devoirs

Or l’approche du Pape dans ce texte paraît unilatérale puisqu’il ne nomme que les droits des migrants déconnectés et de leurs devoirs et des droits des peuples autochtones. Ainsi il semble vouloir rendre légale l’immigration illégale. « Accueillir signifie avant tout offrir aux migrants et aux réfugiés de plus grandes possibilités d’entrée sûre et légale dans les pays de destination. En ce sens, un engagement concret est souhaitable afin que soit étendu et simplifié l’octroi de visas humanitaires et pour le regroupement familial. » Le Pape affirme que les immigrés doivent bénéficier d’un respect de leur religion et de leur culture et pouvoir accéder à des garanties sociales, économiques et politiques des pays accueillants. Il récuse ainsi le modèle de l’assimilation et comprend l’intégration selon un mode multiculturel en citant une phrase de saint Jean-Paul II : « L’intégration n’est pas “une assimilation, qui conduit à supprimer ou à oublier sa propre identité culturelle. Le contact avec l’autre amène plutôt à en découvrir le ‘secret’, à s’ouvrir à lui pour en accueillir les aspects valables et contribuer ainsi à une plus grande connaissance de chacun. Il s’agit d’un processus de longue haleine qui vise à former des sociétés et des cultures, en les rendant toujours davantage un reflet des dons multiformes de Dieu aux hommes” » (Jean-Paul II, Message pour la Journée mondiale du migrant et du réfugié [2005], 24 novembre 2004). Notons cependant que le pape polonais ajoutait juste après ceci : « Dans ce processus, le migrant est engagé à accomplir les pas nécessaires pour son insertion sociale, tels que l’apprentissage de la langue nationale et son adaptation aux lois et aux exigences du travail, de façon à éviter que ne se crée une différenciation exagérée. »

Danger de l’abstraction

Le Pape François en se voulant concret, au plus proche de la vie des personnes tombe paradoxalement dans l’abstraction. En effet, ne percevoir le migrant que comme le visage du Christ tend à l’absolutiser en tant que migrant. Or l’absolu par définition relativise tout le reste. Or le génie du christianisme, la logique de l’Incarnation de Dieu dans sa création, n’a-t-il pas été d’intégrer les médiations naturelles par lesquelles les personnes déploient pleinement leur humanité et vivent leur filiation divine ? Ainsi comment peut-on raisonnablement penser que le multiculturalisme soit à promouvoir entre des populations dont certaines viennent de culture et de religion qui récusent par définition l’usage de sa raison critique ? N’est-ce pas légitimer un processus dont on perçoit déjà les effets négatifs dans la vie de nombreux peuples, notamment dans leurs périphéries les plus pauvres ?

Le Pape propose une méthode censée permettre de dépasser les crispations identitaires de part et d’autre : « la culture de la rencontre ». Mais celle-ci peut-elle prospérer sur un oubli de la réalité culturelle et sociale des peuples autochtones qui semblent devoir être rééduqués par des « programmes » appropriés ? Ce discours est tenu en France depuis plus de quarante ans par la culture libérale de l’élite nomade mondialisée. Elle a massivement détourné les ressources de l’État providence vers l’accueil inconditionnel de populations venues chercher le bien-être. L’Union européenne, comme MacDo, dit à tous ces individus : « Venez comme vous êtes ! ». Le Pape n’offre-t-il pas par ce texte une caution spirituelle à un tel geste sacrificiel ? Le pape est certes responsable du bien commun de l’humanité tout entière mais le bien commun mondial ne peut se réaliser que par la poursuite, concertée et prudente, du bien commun de chaque peuple et non pas en court-circuitant le niveau national au nom d’un surnaturalisme prenant l’Individu comme une abstraction, le Migrant identifié au Christ.

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