Du 17 au 20 mars, se déroulera à travers le monde la Semaine de la Langue française et de la Francophonie. Une occasion de revenir sur la singularité de la langue française et sur son lien avec la clarté de la pensée, qu’avait déjà établi, au XVIIᵉ siècle, Nicolas Boileau.
« Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement, Et les mots pour le dire arrivent aisément. »
Cet aphorisme que l’on doit à Boileau, s’il semble suranné, contient une proposition vertigineuse : la clarté de l’expression serait l’indice, sinon la condition, de la clarté de la pensée. Mal parler, mal écrire, ce serait souvent mal penser. En ces temps d’indulgence envers l’à-peu-près linguistique, la thèse mérite d’être reprise au sérieux : apprendre une langue, et l’apprendre rigoureusement, n’est-ce pas apprendre à penser ?
Une fiction confortable
Il faut d’abord dissiper une illusion tenace : celle selon laquelle la pensée existerait à l’état pur, avant les mots, comme un nuage d’idées qu’il suffirait ensuite d’habiller. Platon, dans le Cratyle, pose déjà la question : les noms sont-ils de simples conventions, ou entretiennent-ils un rapport plus intime avec la réalité ? Derrière la querelle entre Cratyle et Hermogène se dessine une interrogation décisive : peut-on séparer la rectitude du mot de la justesse de la pensée ? Nous aimons croire que oui. Nous imaginons une pensée souveraine, antérieure au langage, qui se contenterait d’utiliser les mots comme des étiquettes interchangeables. C’est une fiction confortable.
« La langue n’est pas l’emballage de la pensée : elle en est l’ossature. »
Essayez d’exposer une idée complexe sans vocabulaire précis. Tentez d’argumenter sans connecteurs logiques. Distinguez la cause de la conséquence, l’hypothèse de la certitude, le possible du nécessaire, sans modes ni temps appropriés. Très vite, la confusion s’installe. La langue n’est pas l’emballage de la pensée : elle en est l’ossature. Elle impose des choix : un sujet, un verbe, un complément. Elle situe l’action dans le temps. Elle oblige à marquer la nuance entre « je crois », « je pense », « je sais ». On ne dit pas « savoir » comme on dit « connaître » ; on ne dit pas « devoir » comme on dit « falloir ». Ces distinctions ne sont pas des coquetteries académiques : elles sont des instruments intellectuels. Un exemple de la nécessité d’utiliser une ponctuation correcte circule depuis…







