Arménie (2/5) : Histoire d’une nation au carrefour des empires

Publié le 02 Sep 2023
histoire Arménie

Monastère de Tatev, lieu où Garegin Nzdeh établit la capitale de la république des Montagnes en 1921. © Charles Noël

L’histoire, la géographie et le christianisme ont modelé, au carrefour de l’Europe et de l’Asie, une nation minuscule et vaillante, malmenée par ses voisins depuis des siècles mais toujours vivante. Tableau de la naissance d’un peuple à la résistance peu commune.

  Perchée sur les hauts plateaux du Petit Caucase, l’Arménie se révèle comme un lieu de passage entre deux continents et trois empires. Au sud du Caucase, cette forteresse naturelle domine les plateaux anatoliens tout en gardant un œil sur la vallée de l’Araxe et la plaine d’Ararat. Les montagnes offrent un refuge aux caravanes venant du Levant. À l’est de l’ancien Pont-Euxin, l’Arménie réalise la passerelle entre l’Orient et l’Occident. Peuple de marchands de par sa situation géographique, l’Arménie a trouvé son autonomie de différentes manières.

Christianisée au IIIe siècle

Sous l’influence des Empires romain et perse, l’Arménie développe un paganisme proche du zoroastrisme, religion de Zarathoustra. Cependant, durant le IIIe siècle, le christianisme se développe à travers l’Empire romain et arrive jusqu’à elle. Ainsi, en 311,  le christianisme devient religion officielle. La légende raconte qu’à la suite des querelles entre la famille du roi Tiridate IV et celle de saint Grégoire l’Illuminateur, ce dernier fut enfermé pendant treize ans dans une fosse, à Khor Virap, après des supplices qui ne vinrent pas à bout de lui. Un jour, le roi Tiridate s’en vint à la chasse et fut blessé ; il tomba malade et on dit même qu’il prit l’apparence d’un sanglier. Alors sa cousine chrétienne alla chercher le saint prisonnier qui croupissait dans la fosse afin de sauver le roi. Ce qu’il fit, et c’est ainsi que le roi Tiridate IV se convertit et déclara le christianisme religion officielle de l’Arménie, deux ans avant l’édit de Milan. Cette déclaration trouve une fin politique car l’Arménie est alors sous l’emprise du peuple voisin, les Perses. Avec une religion différente, elle s’émancipe de ses voisins et trouve un élément fédérateur autre que la guerre dans son peuple. Cependant, un siècle plus tard, en arpentant l’Arménie, le moine Mesrop Machtots découvre la difficulté pour la population illettrée d’accéder aux Saintes Écritures. En effet, à ce moment, l’arménien n’est qu’un dialecte parlé et la Bible n’est accessible qu’en grec ou en syriaque. Beaucoup ne la comprennent pas, pas plus que les prêches. Une grande partie de la population n’a donc qu’une foi de surface ou reste tout simplement païenne. Le problème…

Pour continuer à lire cet article
et de nombreux autres

Abonnez-vous dès à présent

Charles des Minières

Ce contenu pourrait vous intéresser

A la uneInternational

L’Iran : un preneur d’otages non déclaré

Le jeudi 13 juin, le Français Louis Arnaud était libéré des prisons iraniennes et rentrait en France. Son nom ne dit pas grand-chose au public. Touriste de passage en terre perse, il était pourtant détenu depuis deux ans par le régime iranien, arrêté avec des compagnons de voyage européens sous le prétexte qu’ils auraient participé à des manifestations de l’opposition locale.

+

iran otage
International

L’Afrique du Sud entre passion et raison

Les élections générales en Afrique du Sud avaient lieu fin mai. L'African National Congress, parti historique de Nelson Mandela et au pouvoir depuis 1994, reste premier, mais avec seulement 40 % des voix. Le deuxième parti est dirigé par un Blanc, et le troisième par Jacob Zuma, ancien président du pays.

+

Afrique du Sud
EgliseChrétiens dans le monde

Le problème fondamental de l’Église en Chine : la liberté 

Le 21 mai dernier s’est tenue à Rome une conférence internationale intitulée « 100 ans après le Concile pour la Chine : entre l’histoire et le présent », organisée par l’Université pontificale urbanienne en collaboration avec l’agence de presse Fides et la Commission pastorale pour la Chine. Cette grande conférence a réuni, pour la première fois au Vatican, des autorités de l’Église et des représentants officiels de la République populaire de Chine.

+

concile chine
International

Le nouveau pacte européen sur la migration et l’asile

Décryptage | Le 10 avril, le Parlement européen adoptait un nouveau règlement pour gérer l’immigration : « le Pacte sur la migration et l’asile » dans l’Union européenne. Le 14 mai, les chefs d’État de l’Union le validaient en grande pompe. Sans être complètement mauvais, on peut douter que le pacte suffise à gérer la pression démographique exercée sur l’Union européenne. Simplement parce qu’il ne comble pas, ou mal, les failles du dispositif législatif en vigueur. Néanmoins, la vraie nouveauté est l’installation d’un système de filtrage aux frontières extérieures de l’Europe, y compris dans les aéroports.

+

Hongrie migration
International

Élections européennes et nationalismes européens

Décryptage | Les citoyens des pays membres de l’Union européenne vont voter le 9 juin pour élire le Parlement. C’est l’affolement à gauche et dans l’establishment politico-médiatique : partout les nationalistes montent dans les sondages. En France, le Rassemblement national arrive en tête. Devant même le parti présidentiel qui s’est arrogé le titre de « Renaissance ». Dans le débat d’idées, plus que jamais, deux camps se font face : la gauche et la droite. Les tenants de la première s’inscrivent dans la logique d’une Union européenne aux normes de plus en plus oppressantes. Ceux de la droite veulent au contraire une évolution vers une forme d’Europe des nations.

+

élections européennes