Arménie (3/5) : Les monastères, symboles d’une identité

Publié le 03 Sep 2023
artsakh Arménie

Le monastère de Novarank dans la région de Vayots dzor. © Charles Noël

Hauts lieux spirituels, berceaux de sa musique et de ses arts, centres intellectuels, témoins de son génie architectural, refuges… les monastères sont l’âme de l’Arménie, le symbole de son identité sans cesse menacée. 

   Le long d’une allée solennelle du musée du Génocide de Erevan, capitale de l’Arménie, Razmik, 30 ans, s’arrête. Il coupe ses explications et pointe du doigt des photos de monastères détruits pendant cette tragédie. D’une voix mêlée de tristesse et colère, il nous dit : « C’est pour supprimer notre identité. » L’Arménie ne serait pas ce qu’elle est sans ses monastères. Le sol de ce pays en est couvert. Environ 400 pour un territoire d’une superficie proche de celle de la Bretagne. Souvent construits sur des montagnes escarpées, ils sont les témoins silencieux de l’histoire et de la culture de l’Arménie depuis le IVe siècle.  

Des lieux privilégiés

Les monastères sont de fait les lieux privilégiés de l’expression de l’art et des prouesses techniques des Arméniens. Leur architecture est le résultat des influences byzantine, perse, et du paganisme arménien, trouvant son apogée technique et artistique au Moyen Âge. La structure et les proportions des monastères se ressemblent : une surface en forme de croix, pouvant accueillir une cinquantaine de fidèles. En levant les yeux, vous retrouverez une coupole percée d’un oculus : une ouverture circulaire qui permet la descente de la lumière dans la voûte et les absides, représentant le lien entre le Ciel et la terre, la recherche de la vie divine.   Sur les murs, des croix gravées, avec plus ou moins de complexité. Au fur et à mesure des siècles s’est développé l’art des khatchkars, des croix sculptées dans la pierre. Cette dentelle est inégalée dans le monde de l’art par sa finesse et par la sublimation de la géométrie reçue de Perse. Chaque khatchkar est sculpté pendant un mois dans du calcaire ou du tuf volcanique et symbolise l’attachement de l’Arménie au Christ. On les retrouve le long des routes, comme pierres tombales, pour acter une victoire ou la fin d’une construction. Une façon de marquer l’espace du sceau du christianisme qui habite encore aujourd’hui toute l’Arménie.  Dans ces hauts lieux spirituels à l’acoustique exceptionnelle, la musique arménienne est née et s’est développée. Ce n’est pas un hasard si Komitas, la plus grande figure musicale du pays au XXe siècle qui a départagé la…

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Tanguy Duhesme

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