Au quotidien n° 243 : agir en cultivant le sensus ecclesiae

Publié le 07 Sep 2021
Au quotidien n° 243 : agir en cultivant le sensus ecclesiae L'Homme Nouveau

Dans un entretien au quotidien Présent (4 septembre 2021), le Père Augustin-Marie de la Fraternité Saint-Vincent-Ferrier de Chémeré-le-Roi est revenu sur le motu proprio Traditiones custodes du pape François qui annule l’œuvre de Benoît XVI en vue de la réconciliation liturgique.

Avez-vous déjà la certitude de recevoir une visite apostolique disciplinaire, visant à mettre en œuvre les déclarations du motu proprio ?

— Dans cette affaire du motu proprio, qui a vu le jour le 16 juillet dernier, mais qui s’élaborait dans les officines et les coulisses depuis des années, nous n’avons aucune certitude. Le texte est tombé comme un aérolithe et n’est pas particulièrement le fruit d’un dialogue bilatéral.

Qu’en sera-t-il des décrets d’application ? Il serait hélas dans la logique du texte de l’été de favoriser tout ce qui peut permettre d’empêcher que vive et se développe la liturgie traditionnelle, il serait dans la logique du texte de stopper les entrées des candidats aux séminaires et noviciats, il serait dans la logique du texte de bloquer les ordinations. Cette logique de mort programmée est-elle la logique de l’Evangile ?

Quel peut être le rôle des laïcs dans les circonstances actuelles ?

— D’abord, vivre toujours plus profondément de la liturgie traditionnelle. Il faut faire mentir ceux qui estiment à tort qu’elle est un objet mort, une curiosité de musée. C’est en vivant de cette liturgie que l’on manifeste qu’elle est vivante, et qu’elle est la vie de nos vies. Donc, pas de paresse à la messe, mais adoration, louange, action de grâces et joie spirituelle de vivre les mystères du Christ. S’édifier de sa présence et de son sacrifice et le faire rayonner dans nos vies, notamment par les œuvres de miséricorde envers le plus démunis.

Ensuite, adopter la juste attitude dans le combat qui commence : dignité et fermeté. Fermeté, car on défend un bien commun de toute l’Eglise ; dignité, car un noble combat ne souffre pas des âmes viles. Il est capital en l’occurrence de fuir le zèle amer, de garder le respect des personnes et de cultiver le sensus Ecclesiæ.

Enfin, manifester par tous les moyens compatibles avec la foi et les bonnes mœurs notre attachement aux « pédagogies traditionnelles ». Il sera important dans les prochains jours et semaines que les laïcs fédèrent leurs actions autour des associations et mouvements qui vont œuvrer pour que le trésor de la liturgie traditionnelle reste accessible à tous les fidèles.

À tous les fidèles ?

— Oui, la messe pour tous. Les Instituts érigés depuis le motu proprio Ecclesia Dei, qui forment des prêtres pour le rite antique, doivent pouvoir continuer sans entrave leur mission, non pour une « réserve d’Indiens », mais pour le bien de tous, dans la paix de l’Eglise. C’est le sens du communiqué des supérieurs daté du 31 août. A un niveau plus fondamental, la liturgie traditionnelle est un élément indisponible du patrimoine de l’Eglise. Sa légitimité, reconnue canoniquement en 1988 après une période de déni et renforcée en 2007 par Summorum Pontificum, est d’abord un fait ecclésial et une donnée théologique. Personne n’a le pouvoir de la supprimer. En ce sens, il est conforme au sens catholique de prier pour l’abrogation de Traditionis custodes.

Une note positive pour finir. Le drame du 16 juillet a été l’occasion d’une belle manifestation de charité ecclésiale. Une partie notable de l’épiscopat et du peuple chrétien a été stupéfaite de ce motu proprio. Une vague d’intérêt pour le rite traditionnel, et de solidarité pour les prêtres qui le célèbrent, s’est manifestée. Des fidèles pratiquants du rite de Paul VI ont rejoint les communautés où se célèbre la liturgie traditionnelle. Cela traduit, dans une société individualiste qui fait naufrage, l’étonnante vitalité du corps ecclésial.

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