Au quotidien n° 247 : état de droit et refondation politique

Publié le 13 Sep 2021
Au quotidien n° 247 : état de droit et refondation politique L'Homme Nouveau

Notre ami et collaborateur Guilhem Golfin, auteur aux éditions de L’Homme Nouveau d’un remarquable essai remarqué, Babylone et l’effacement de César, publie une tribune libre dans Valeurs actuelles (09 septembre 2021) qui, à l’occasion de la campagne en vue de l’élection présidentielle, interroge la notion d’état de droit et réfléchit à la nécessité d’une véritable refondation politique.

S’il est un fil conducteur clair à l’action d’Emmanuel Macron depuis son accession au pouvoir, nul doute que ce soit la déconstruction accélérée de ce qu’on nomme l’État de droit. En soi, la notion n’est pas sans poser problème. L’État de droit est en effet cette organisation institutionnelle qui vise à limiter l’exercice de la puissance publique par le seul droit positif, constitutionnel avant tout. Assis sur les droits individuels et la souveraineté théorique du peuple, il suppose un pouvoir politique par nature indéfini et absolu, sans finalité intrinsèque, et que la loi viendrait en quelque sorte endiguer pour le mettre au service des intérêts individuels. Une telle organisation nie donc implicitement que puisse exister un véritable bien commun. (…)

Faut-il donc envisager une réponse institutionnelle, et en venir à une VIe République, comme certains commencent à le suggérer, en mettant en avant que le problème tiendrait à l’hyperprésidentialisation du régime et qu’il faut donc revenir à un régime parlementaire pluraliste ? Mais, outre que l’expérience du régime parlementaire ne fut guère concluante en France, comment supposer qu’un pouvoir inévitablement plus faible serait davantage à même de résister au pouvoir mondialisé ? Le risque pour la France d’être absorbée serait à n’en pas douter plus sérieux que jamais.

À vrai dire, si vraiment l’État de droit a été ainsi corrompu, c’est peut-être qu’il était corruptible. De fait, une organisation juridique purement positive et qui n’a comme horizon que les droits subjectifs d’individus en fin de compte abstraits est par nature une organisation faible, soumise à tous les désirs catégoriels et qui ne tient que par l’idéologie qui la promeut. Or, l’individualisme croissant, le ciment idéologique s’affaiblit, et il ne reste plus que des masses d’individus manipulables par les ambitieux. Pour sortir de cette aporie, il n’est d’autre voie que de procéder à une refondation politique afin de retrouver le sens de la communauté politique, du droit et de la justice, de la res publica authentique. L’avenir de la France passe par un tel changement, à fondement moral et spirituel. Y parvenir sera difficile, mais suppose pour commencer d’en percevoir la nécessité…

Ce contenu pourrait vous intéresser

À la uneSociété

« Nous entrons dans une phase de dépopulation »

Entretien | Pour la première fois depuis 1945, la population française atteint un solde négatif, avec 651 000 décès pour 645 000 naissances, et un indice conjoncturel de fécondité (ICF) à 1,56 enfant par femme. Économiste et spécialiste des questions familiales, le professeur Jean-Didier Lecaillon décrit les causes de cette situation et indique les moyens d’en sortir. 

+

dépopulation démographie natalité famille
À la uneSociétéBioéthique

Vers une révision des lois de bioéthique

Le 21 janvier dernier se sont ouverts les États généraux de la Bioéthique en France. Cette vaste « réflexion collective », menée par le Comité consultatif national d’Éthique (CCNE) en métropole et en outre-mer, doit permettre d’éclairer les législateurs pour une révision prochaine de la loi de bioéthique, à l'horizon 2028. 

+

bioéthique
À la uneSociétéFin de vie

Euthanasie : les Ehpad catholiques en danger

Alors que la Sénat a rejeté le 21 janvier dernier le principe de la mort volontaire et a voté le 28 janvier la loi sur les soins palliatifs, la menace n'est pas écartée. Si l'Assemblée nationale revient sur son texte initial de mai 2025, la situation sera invivable pour les établissements refusant de pratiquer l’euthanasie. Le combat n'est pas fini pour le respect du droit à la vie.

+

euthanasie
Société

Pas de culture chrétienne sans Dieu

L’Essentiel de Joël Hautebert | De multiples motivations et intentions expliquent un regain de revendication de la culture française et chrétienne. Mais on ne peut vouloir une civilisation chrétienne en évacuant son fondement, Dieu, dans le mystère de la Sainte Trinité.

+

culture chrétienne