Au quotidien n° 251 : la révolte des chasseurs

Au quotidien n° 251 : la révolte des chasseurs L'Homme Nouveau

Un peu partout en France, des manifestations de chasseurs se sont déroulées. Haine de l’animal ou défense d’un mode de vie ? Sud-Ouest (19 septembre 2021) en donnant le compte-rendu de la manifestation de Mont-de-Marsan, traduit non seulement l’inquiétude des chasseurs mais leurs motivations.

C’est un rassemblement qui fera date dans le monde de la chasse et de la ruralité dans toutes ses composantes. Hier, Mont-de-Marsan est devenue la capitale de la contestation face « au jacobinisme des idéologues parisiens ». Combien étaient-ils ? Près de 17 000 selon la préfecture, 20 000 selon les organisateurs, à défiler dans les rues de la préfecture landaise. Ils sont venus de toute la Nouvelle Aquitaine, d’Occitanie et même des Ardennes, constituant une foule intergénérationnelle qui a battu le pavé et bravé la pluie pour se faire entendre. « La chasse est tombée dans un cercle infernal et un bras de fer s’est engagé avec l’État pour maintenir nos traditions », proclame Raymond Silvestrini, chasseur de grives à Petit-Palais-et-Cornemps, en Gironde. Au pied des arènes du Plumaçon, une foule compacte et colorée s’élance en bon ordre au son d’une banda locale, et se dirige vers la préfecture où une délégation composée de présidents de fédérations de chasseurs et d’élus doit être reçue par la préfète Cécile Bigot-Dekeyzer et la ministre Geneviève Darrieussecq, ancienne maire de Mont-de-Marsan. (…) «Cela fait des mois maintenant que des attaques incessantes visent notre passion, la chasse», rappelle Bruno Meunier, président régional de la fédération cynégétique de Nouvelle-Aquitaine et président du Club national des bécassiers. «Les déconvenues s’enchaînent à une cadence qui ne présage rien de bon pour l’avenir de tous nos modes de chasse altérant en cela nos modes de vie. C’est la chasse dans son ensemble qui est visée, attaquée et que l’on cherche peu à peu à éradiquer. Nous sommes tous concernés et la mobilisation d’aujourd’hui démontre que la chasse est une grande famille une et indivisible.» (…) Daniel, paloumayre et chasseur depuis un demi-siècle, est venu en voisin depuis Onesse-Laharie. «C’est important d’être là pour sauver notre chasse», dit-il, tandis que sa belle-fille, Laëtitia, 28 ans, le devance d’un pas décidé. «Je viens de prendre mon premier permis de chasse. C’est une belle aventure qui commence. La chasse, c’est aussi important car il faut réguler chevreuils et sangliers qui font de gros dégâts dans nos campagnes.» Sous des trombes d’eau qui s’abattent sur le cortège, Bernadette, d’Escalans, à l’est du département, défend la course landaise. Accompagnée de Jean-Marc et Gilbert, deux anciens écarteurs de Mugron qui sont aussi chasseurs, elle arbore fièrement un tablier de cuisine qui revendique le bien-manger.

Sud-Ouest a aussi interrogé Francis Wolff, présenté comme philosophe et qui décrypte la réaction des chasseurs :

Ce qui les réunit, c’est un combat contre une même idéologie, et non contre telle ou telle personne. Je sais que nombre d’opposants à la chasse, à la corrida ou même à l’élevage sont des personnes sensibles, comme nous tous, à la souffrance animale et qui pensent sincèrement que les prohibitions qui se multiplient contre ces pratiques vont réellement améliorer le sort des animaux. C’est leur droit, mais je pense qu’elles se trompent. Ces personnes sont généreuses mais l’idéologie qui les porte, que j’appelle «animaliste», est dangereuse. Elle confond les hommes et les animaux, ce qui n’est bon ni pour les uns ni pour les autres.

Cette idéologie confond en outre tous les animaux: les animaux de compagnie, avec qui nous avons des échanges affectifs; les animaux d’élevage, que les hommes ont domestiqués depuis dix-mille ans et avec qui nous échangeons leur lait, leur cuir, leur chair, contre notre protection et nos soins – à condition de respecter les exigences biologiques de leur espèce, comme dit le Code rural; et les animaux sauvages, soumis aux relations prédateurs/proies qui sont leur condition de vie naturelle. (…) Je parlais tout à l’heure de confusion. La pire des confusions, je crois, c’est celle entre écologie et animalisme. L’écologie suppose la biodiversité. Elle implique le respect de l’équilibre entre les espèces, donc entre proies et prédateurs à l’intérieur d’un même écosystème. Une chasse responsable peut jouer un rôle très positif de ce point de vue. Le prélèvement de quelques individus dans un milieu donné est souvent indispensable à sa préservation. C’est tout le contraire de l’animalisme, qui ne se préoccupe pas des espèces, mais des individus, de leur souffrance et de leur mort individuelle.

Or d’un point de vue écologique, la mort individuelle est la condition même de la vie de l’espèce et de l’équilibre des milieux.

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