Au quotidien n°159 : le cheval de Troie chinois

Publié le 02 Mar 2021
Au quotidien n°159 : le cheval de Troie chinois L'Homme Nouveau

Très intéressant article du Point (25 février) sur la pénétration chinoise en France par le biais des relations universitaires et l’aveuglement de certains professeurs et responsables politiques.

Début septembre 2019, à Urumqi, capitale de la région ouïgoure du Xinjiang, dans l’ouest de la Chine, Christian Mestre, élégant doyen honoraire de la faculté de droit de Strasbourg, participe à un « séminaire international sur la lutte contre le terrorisme, la déradicalisation et la protection des droits de l’homme », organisé par la République populaire de Chine. Ses déclarations sont retranscrites par les médias d’État, l’agence Xinhua et le quotidien nationaliste Global Times. Pour Pékin, elles valent de l’or. 

« J’espère que la France et d’autres pays européens pourront adopter les réponses données par le Xinjiang », plaide le doyen Mestre, à en croire les journalistes chinois. Il a lui-même visité à Kashgar un des « centres d’éducation professionnelle », le nom donné par Pékin à ses camps de rééducation. Il garantit que les autorités chinoises disent vrai : non, elles n’ont pas interné de force des centaines de milliers de Ouïgours. « Ces gens ne sont pas en prison, mais envoyés en formation obligatoire », atteste le professeur. En France, regrette-t-il, les restrictions des libertés restent « insuffisantes ».  (…) Cette apologie de la rééducation de populations musulmanes par la Chine, portée par le référent laïcité de la Conférence des présidents d’université de France, est pourtant passée inaperçue.  (…)

Interrogé, Christian Mestre reconnaît le voyage, la conférence, et une interview où il aurait posé la question : « Vaut-il mieux mettre des radicalisés en prison, comme en France, ou dans des structures d’enseignement et de déradicalisation, comme en Chine ? » Il nie avoir défendu par là la politique chinoise au Xinjiang, et accuse les journalistes d’avoir inventé certains propos. Dans ce cas, pourquoi n’avoir pas démenti depuis dix-huit mois ? « Je ne vois pas pourquoi je devrais m’excuser, je suis venu en tant qu’universitaire ! » rétorque-t-il. Il finit par admettre : « Je reconnais que j’ai été instrumentalisé. » Mais il dit faire tout cela pour maintenir des échanges universitaires avec la Chine. En haut lieu, l’influence croissante de la Chine dans le monde académique français est taboue. Les directions protègent la manne des frais de scolarité des 35 000 étudiants chinois en France et des coopérations bilatérales. La ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, Frédérique Vidal, s’est rendue en Chine, en février 2019, pour signer une série d’accords. Dix-huit Instituts Confucius, destinés à l’enseignement du chinois et à la promotion de la culture chinoise, ont ouvert en France en quinze ans, dont dix dans des établissements supérieurs. 

Pourtant, dans le secret des amphis, les problèmes s’accumulent. Les experts français interrogés voient les Instituts Confucius comme des « chevaux de Troie ». Des « bras armés de la propagande, juge carrément la tibétologue Françoise Robin, de l’Institut national des langues et civilisations orientales (Inalco). Même avec des cours de langue, on peut faire passer des idées politiques, comme montrer des cartes de Chine qui incluent Taïwan. L’Institut Confucius a tenté d’entrer à l’Inalco, mais nous n’en avons pas besoin, cela fait cent cinquante ans que nous enseignons le chinois. » La vénérable école des Langues O’ sait se défendre.  

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