Au quotidien n°332 : les Ephad mis en cause

Au quotidien n°332 : les Ephad mis en cause L'Homme Nouveau

Alors que le scandale lié aux Ephad d’Orpea a éclaté entraînant le renvoi de son directeur général et une convocation par le gouvernement des responsables du groupe, suite à la publication du livre Les Fossoyeurs (Fayard), La Croix (1 février 2022) présente plusieurs témoignages concernant l’accompagnement des personnes âgées dépendantes.

Une semaine après le début du scandale sur la gestion des Ehpad par Orpea, les dirigeants du groupe sont convoqués ce mardi 1er février par le gouvernement. Pour les familles, les révélations sur les cadences intenables, les mauvais soins ou les économies sur le matériel rendent encore plus difficile la décision de confier leur proche.

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Rechercher le nouveau lieu de vie et de soins d’un proche dépendant est toujours difficile. La mise au jour des méthodes pratiquées dans certains établissements a encore ravivé des cas de conscience. « Où placer son parent diminué ? Comment être sûr qu’il va être bien traité ? Ces questions taraudent les gens », explique Paul-Alexis Racine Jourdren, fondateur de CetteFamille, une entreprise de l’économie sociale et solidaire qui propose un système de maisons partagées entre seniors. « Il y a trois ans, 25 % des appels provenaient de personnes voulant éviter l’Ehpad à leur proche. Aujourd’hui ce chiffre atteint 75 % », assure-t-il. Depuis la parution du livre, les recherches Google sur le thème des maltraitances en Ehpad ont augmenté de… 700 %.

Gérard Aragon a finalement choisi cette solution d’habitat partagé pour ses parents. Il fait partie de ceux que le contenu des Fossoyeurs n’a pas étonnés. Jusqu’au 31 janvier, sa mère et son père vivaient dans un Ehpad. Les négligences, il connaît. « Personne ne faisait marcher mon père, il était laissé dans son fauteuil, alors qu’il a besoin d’être stimulé, raconte-t-il. Dans leur chambre, le ménage n’était pas toujours fait. Je les ai vus se dégrader. Ils ne se plaignaient jamais. Ils avaient travaillé dur toute leur vie et voyaient bien que le personnel était débordé. Moi, je n’ai pas supporté. »

Pourtant, la décision de les retirer de leur Ehpad a été pesée et soupesée. « On ne sait jamais si on fait bien. Ils ont 89 ans. L’Ehpad n’était pas loin de leur maison, de leur environnement familier. Là, dans leur colocation senior, ils seront à plusieurs kilomètres. En les exfiltrant, je les déracine. » Gérard a encore quelques doutes, mais la polémique autour d’Orpea lui fait penser qu’il a « fait le bon choix ».

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En réalité, beaucoup rêveraient de pouvoir maintenir leur proche à domicile. « Ma mère serait chez elle, où elle a ses petites habitudes, songe tout haut Ynès. C’est important d’avoir des repères quand on a Alzheimer. Bien sûr, cela nécessiterait des aménagements, comme transformer la baignoire en douche. » Elle a pris rendez avec un ergothérapeute, pour y réfléchir. Mais sa mère « serait seule », ce qui ne serait pas sans danger. À l’angoisse et la culpabilité, s’ajoutent, pour certains enfants, la difficulté à trouver des infirmières de nuit et le reste à charge considérable pour se permettre une assistance à plein temps.

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« Ce que raconte Les Fossoyeurs n’est pas une nouveauté, commente le sociologue Michel Billé, spécialiste de la vieillesse. Il y a longtemps que les situations en maison de retraite sont documentées. Mais jusqu’ici ça nous arrangeait, nous, la société, de nous en accommoder. Parce qu’en matière d’accueil de la dépendance, si ces maltraitances disqualifient le modèle de l’Ehpad, que faire ? Il y a 600 000 personnes accueillies. Sans ces établissements, nous manquerions de lits. Les proches ont l’impression de ne pas avoir le choix. »

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