Au quotidien n°339 : Pierre Manent répond à Jean-Marc Sauvé et à la Ciase

Publié le 11 Fév 2022
Au quotidien n°339 : Pierre Manent répond à Jean-Marc Sauvé et à la Ciase L'Homme Nouveau

Mis en cause pour la méthodologie employée dans ses travaux, la Commission indépendante sur les abux sexuels dans l’Église (Ciase) a réagi par la voix de son président, Jean-Marc Sauvé. Pierre Manent, qui appartient au groupe d’intellectuels membres de l’Académie catholique de France qui avait émis des doutes sur le rapport de la Ciase, a réagi dans les colonnes du Figaro (11 février 2022). Rappelons que sur ce sujet, L’Homme Nouveau a publié une longue étude relevant plusieurs anomalies dans la méthode employée par la Ciase.

Dans sa riposte, Jean-Marc Sauvé, président de la Ciase estime que «les critiques très graves» de l’Académie catholique n’ont aucun fondement…

Pierre MANENT. – Dans différents entretiens, Jean-Marc Sauvé rappelle ses nombreuses et hautes responsabilités ainsi que l’étendue de son empire temporel et spirituel. Il ne trouve aucun mérite aux critiques que nous avions émises. À aucun moment il n’envisage que nos motifs puissent être honorables. Il sait même que nous serions indifférents à la souffrance des victimes, que notre seul but était de préserver une conception «cléricale» de l’Église, d’ailleurs contraire aux paroles et aux vœux du pape François. M. Sauvé est cuirassé d’infaillibilité!

(…)

Il vous accuse, vous et vos sept confrères d’«indifférence» pour les victimes, de «déni», de «cléricalisme»…

Comme je l’ai rappelé dans chacune de mes interventions, nous n’avons jamais mis en doute l’étendue et la gravité des abus et des crimes pédophiles commis dans l’Église catholique. Ils ont d’ailleurs un caractère d’autant plus odieux que l’Église met l’accent dans son enseignement sur la vertu de chasteté et le respect tout particulier dû aux enfants et, en général, à ceux qui sont fragiles. La Ciase était parfaitement fondée à faire des suggestions ou recommandations. Certaines sont pertinentes ou étaient déjà mises en œuvre. Ce qui, en revanche, est à mes yeux très dommageable, c’est leur tendance générale: on postule que la correction de ces abus suppose non pas des réformes dans l’Église mais une réforme de l’Église, comme d’ailleurs M. Sauvé le souligne lui-même fort explicitement.

C’est un des enseignements de sa réponse. Il s’agit bien pour lui et, je suppose pour la Commission, de promouvoir une certaine idée du christianisme et de l’Église. Je ne sais pas si cela faisait partie du mandat conféré par la Conférence des évêques. En tout cas, il est particulièrement décevant qu’un esprit aussi délié en vienne à opposer une Église «peuple de Dieu», remplie de toutes les bonnes choses, à une Église «cléricale», en proie au «repli» et au «déni». Je rappelle que s’il est un point sur lequel les catholiques ne sont pas divisés, c’est précisément sur la gravité des abus pédophiles dans l’Église.

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