Au quotidien-n°57

Publié le 04 Juin 2020
Au quotidien-n°57 L'Homme Nouveau

Dans le Figaro (3 juin), le professeur Philippe Némo s’intéresse à la question de l’enseignement à distance, et particulièrement de l’utilisation des écrans. S’il en souligne l’intérêt, il en pointe aussi les limites :

L’adoption contrainte du téléenseignement depuis deux mois a démontré que les médias électroniques peuvent relayer jusqu’à un certain point l’enseignement traditionnel où l’enseignant fait face à une classe ou à un amphithéâtre. Est-ce la formule de l’avenir, comme certains le prétendent ? Les nouveaux médias électroniques et internet peuvent-ils, au nom de la modernité, remplacer l’École et le Professeur ? Si l’on se fie à la définition de l’enseignement donnée par saint Augustin dans son?De magistro, qui n’a pas pris une ride depuis mille six cents ans, l’œuvre d’enseignement consiste pour un maître à orienter les regards de l’élève vers la vérité, ce qui demande seulement parole et temps. On ne voit pas a priori pourquoi cette œuvre ne pourrait s’accomplir avec des technologies qui ne transportent pas seulement la voix, mais aussi l’image et le mouvement, donc permettent la « communication non verbale », soit bien plus, en somme, que n’en demande saint Augustin.  En faveur du téléenseignement, on peut observer également qu’il se crée ainsi une forme paradoxale d’intimité et de concentration. Le professeur voit les élèves comme il en est vu, il peut facilement dialoguer avec eux. Le contact peut même être plus net, mieux exempt de bruits que dans une classe, pour ne pas parler d’un grand amphithéâtre universitaire. (…) Mais le plus grand danger d’un enseignement faisant l’économie de l’école physique est qu’il ne pourra jamais être correctement structuré. Sur les écrans, surgissent à tout moment des images, des vidéos, des sons, des informations de toute nature et de toutes provenances. Dès que quelqu’un prononce les mots « Pékin », ou « Acropole », ou « acide désoxyribonucléique », aussitôt une carte, une représentation en 3D, une formule surgissent sur un coin de l’écran, avec de nouveaux liens qui feront surgir de nouvelles fenêtres, dans une logique kaléidoscopique qui rend impossible une transmission effective et une compréhension véritable des savoirs. Le processus d’enseignement ne peut s’effectuer normalement que s’il est guidé par un maître qui connaît l’ensemble et le détail des savoirs à enseigner et est donc en mesure d’assurer la cohérence du cheminement. (…) On dira que la vision classique d’une initiation méthodique aux sciences dans l’enseignement secondaire a été depuis longtemps mise à mal par les nouvelles pédagogies, dont on sait maintenant qu’elles n’ont apporté dans l’école publique française que stérilité intellectuelle et baisse inquiétante du niveau scolaire. Certes, et c’est pourquoi les « nouvelles pédagogies » adorent les « nouvelles technologies », qui leur rendent bien ce fol amour. Ces forces destructrices sont faites pour s’entendre. Raison de plus pour en protéger nos écoles.

Dans son éditorial de La Nef (juin) Christophe Geffroy revient sur la lourde question de l’avortement (auquel est consacré le dossier de ce numéro) :

Si l’on veut bien y réfléchir un instant, le concile Vatican II n’a pas forcé le trait en taxant l’avortement de « crime abominable » : comment qualifier autrement l’attentat perpétré contre le plus in- nocent et le plus fragile des êtres appartenant à notre humanité ? Et l’on dénombre plus de 200 000 avortements chaque année en France et 56 millions dans le monde (selon l’OMS) dans une large indifférence, tant cet acte barbare a été banalisé par sa légalisation! Comment un tel scandale ne peut-il pas avoir de répercussions, aussi bien dans l’ordre temporel que dans l’ordre spirituel ? Il s’agit en effet d’un crime contre ces petits êtres en devenir mais aussi contre Dieu, une injustice révoltante qui crée un grave désordre atteignant forcément le bien commun au plus profond. Il est juste d’observer, cependant, que nos contemporains ont accepté la légalisation de l’avortement davantage par ignorance et faiblesse que par un choix vraiment libre et éclairé. En effet, s’il est un domaine où la désinformation est totale, où la propagande est orchestrée de façon quasi totalitaire, c’est bien celui-là. C’est pourquoi il faut persister à argumenter contre cette loi inique, tout esprit honnête pouvant comprendre les enjeux de ce combat vital. Un mot pour conclure : faire cesser l’avortement n’a pas pour but de brimer les femmes, mais au contraire de leur éviter un acte extrême et irréversible (qui, au reste, leur explique, avant l’IVG, le risque de traumatisme qui s’ensuit ?). Si l’homme moderne recherche éperdument le bonheur, il croit qu’il réside avant tout dans sa « liberté », dont il a une vision erronée (liberté sans limite de tout faire et tout défaire à sa guise…), alors qu’il n’est possible que moyennant l’acceptation de contraintes bienfaisantes qui nous sont imposées par notre na- ture et circonscrivent notre liberté, laquelle n’a de sens que conforme à la vérité de notre être.

Pour consulter nos précèdentes publications, voir :

Au quotidien n°56

Au quotidien n°55

Au quotidien n°54

Au quotidien n°53 (du numéro 24 au numéro 53)

Au quotidien n°23 (du numéro 1 au n° 23)

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