Au quotidien-n°6 (Revue de presse du confinement)

Publié le 28 Mar 2020
Au quotidien-n°6 (Revue de presse du confinement) L'Homme Nouveau

Un peu de détente pour commencer, avec La Nation, journal vaudois (Suisse) fondé en 1931 et qui publie dans son dernier numéro (27 mars), le « Journal de la quarantaine » de l’un de ses collaborateurs :

Le confinement engage aussi à la recherche d’occupations domestiques. Vais-je désherber le gravier de ma terrasse ? Ou m’attaquer à la déclaration d’impôt ? J’hésite longuement. Assez longuement pour que le soir arrive. On verra demain. (…) J’ai choisi de désherber plutôt que de fiscaliser. Plutôt que de m’arracher les cheveux, arrachons les mauvaises herbes. Pardon, les herbes adventices : c’est ainsi qu’on doit les nommer désormais, m’a dit mon ami jardinier-paysagiste ; car le vocabulaire d’autrefois, distinguant le bon du mauvais, était discriminatoire. Le dos courbé, j’ai désadventicé environ deux mètres carrés. Mon gravier mesure à peu près 20 m2. Si je garde ce rythme, j’aurai fini dans dix jours, et le confinement sera loin de son terme. Vas y mollo, involontaire Candide du XXIe soignant ton jardin. (…) Certains reprochent au Conseil fédéral de n’avoir pas décrété un confinement absolu, avec contraventions à l’appui. Je ne partage pas vraiment cette opinion. D’abord, dans la crise, on ne doit pas contester l’autorité, qui possède le savoir et la sagesse. Ensuite, quand on observe le modèle français, on s’interroge : pour sortir licitement de chez soi, il suffit de se munir d’un certificat qu’on établit soi-même, attestant qu’on va s’approvisionner ou faire du sport à proximité. A quand l’auto-certificat médical, l’auto-diplôme de baccalauréat, l’auto-permis d’auto ? Les salons de coiffure sont fermés.

Dans quelques semaines, nous ressemblerons tous aux Dupondt en voyage vers la lune.

La démocrate, un leurre ? La démonstration en faite par le témoignage d’un informaticien qui rapporte dans son livre, « Mindfuck », que Cambridge Analytica a élaboré des algorithmes qui peuvent infléchir le cours d’une élection. Explications du Figaro Magazine (27 mars)

Le principe est assez simple : en admettant qu’une élection soit une guerre, tout l’enjeu est de ne pas disperser ses efforts mais de concentrer le tir sur les cibles qui en détermineront l’issue. Ce sont des électeurs plus aisément manipulables que les autres, du fait de leur structure psychologique. (…) Persuadez cet électeur que tout va mal et proposez-lui ensuite une offre politique qui entend lutter contre le motif de son anxiété : sa voix vous est acquise… (…) Surtout, le marketing politique ciblé s’alimente des tensions identitaires propres à chaque société – pour mieux les exacerber encore. Plus un pays est fracturé et plus il est facile d’en prendre le contrôle.

A quoi faut-il s’attendre ? C’est la question anxieuse posée par L’Obs (26 mars) à l’économiste jésuite Gaël Giraud :

A un krach plus important que celui de 2008, sauf si les Etats réagissent fortement et très vite pour éviter les faillites en chaîne dans l’économie réelle. L’administration Trump a déjà annoncé un effort de près de 1000 milliards de dollars pour les ménages et les entreprises. La Banque centrale européenne a annoncé un plan de 750 milliards d’euros de rachat de dettes. Ce sont les bons ordres de grandeur, mais tout dépendra de la façon dont est utilisé cet argent. Il faut le flécher massivement vers les PME et les ménages. Faire du quantitative easing for people. Sinon, ces sommes, une fois de plus, serviront uniquement à sauver les banques. (…) Puisse cette crise être l’occasion d’abandonner le libre-échange pour la relocalisation des processus de production, la réindustrialisation de la France et un protectionnisme écologique, social et sanitaire. L’occasion de cesser de courir après cette chimère qu’est la concurrence pure et parfaite au nom de laquelle la Commission européenne interdit de soutenir des secteurs industriels et commerciaux spécifiques. (…) A brève échéance, il va falloir nationaliser des entreprises et, peut-être, certaines banques. Mais, très vite, nous devrons tirer les leçons de ce printemps : relocaliser la production, réguler la sphère financière, repenser les normes comptables pour valoriser la résilience de nos systèmes productifs, instaurer une taxe carbone et sanitaire aux frontières, lancer un plan de relance français et européen pour la reconstruction écologique… Aujourd’hui, le capitalisme connaît le coût de toute chose, mais la valeur de rien. La véritable source de la valeur, ce sont nos relations humaines et avec notre environnement. A vouloir les privatiser, nous les détruisons et nous mettons à terre nos sociétés.

Chaque matin, la rédaction de L’Homme Nouveau vous propose une courte revue de presse, principalement axée sur la réflexion (sans dédaigner l’information pure). Nous ne cherchons pas d’abord à faire du clic, pour nourrir des statistiques et l’auto-satisfaction. Notre démarche est plus simple et repose sur une conviction presque simpliste : « demain se prépare aujourd’hui ». Dans ce sens, depuis des années, L’Homme Nouveau propose un regard différent, loin des clivages faciles dans le but d’offrir les outils conceptuels, les habitus de réflexion pour reconstruire une société humaine et chrétienne. 

Nos précédentes Revue de presse de la semaine :

Au quotidien-n°1

Au quotidien-n°2

Au quotidien-n°3

Au quotidien-n°4

Au quotidien-n°5

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