Audience du Pape : quelle miséricorde chez le pharisien?

Publié le 08 Juin 2016
Audience du Pape : quelle miséricorde chez le pharisien? L'Homme Nouveau

Dans son cursus des audiences sur la miséricorde, le Pape en est venu ce 1er juin à commenter la parabole si connue et si aimée du publicain et du pharisien, pour montrer que toute vraie prière, c’est-à-dire toute prière humble et sortie du plus profond du cœur pur ou pénitent, obtient miséricorde. Dans cette parabole, en effet, saint Luc poursuit son enseignement sur la persévérance dans la prière, mais ici la mention du Fils de l’homme lie particulièrement prière et parousie. Pour parvenir au Ciel, il faut être juste. Mais comment être vraiment juste dans la prière ? La prière persévérante suffit-elle à nous rendre juste ? Toutes les prières rendent-elles justes ? Jésus répond précisément par cette parabole propre à saint Luc, en nous montrant deux types de personnes qui se distinguent en fonction d’un unique critère: comment se voient-elles devant Dieu ? L’une prie vraiment et obtient pour cela miséricorde ; l’autre, en fait, ne prie pas mais s’autosatisfait devant Dieu. Jésus insiste alors sur l’intériorité de la pratique religieuse : seule l’intériorité soutenue par l’humilité « justifie ». Saint Luc emploie ici, et ici seulement dans son Évangile, le mot paulinien par excellence, préférant ailleurs parler plutôt de pardon des péchés. C’est le contexte de la parousie qui le pousse à employer ici le terme de « justifié », ce qui est très heureux.

L’attitude du pharisien

Selon son habitude, le Pape actualise pour nous cette parabole. Le pharisien ne prie pas car il se regarde lui-même et de plus dans un miroir déformé. Comment pourrait-il prier vraiment, alors qu’il pense ne pas en avoir besoin, ou du moins se sent irréprochable vis-à-vis de la Loi ? Sa prière est pure hypocrisie. À celle-ci, il ajoute l’arrogance qui est l’opposé des vertus d’amabilité et de courtoisie. Ces deux défauts majeurs l’empêchent d’être humble, c’est-à-dire de se tenir devant Dieu tel qu’il est réellement. Évidemment, dans de telles conditions, s’avère absolument impossible pour lui de prononcer la si belle prière du pharisien : « Ayez pitié de moi, car je suis un pécheur ». Cette parabole a du fait même de son contenu le grand mérite de nous montrer qu’on est juste ou pécheur non pas en vertu de l’apparence d’une catégorie sociale, mais bien en vertu de nos véritables rapports avec Dieu. Et la véritable attitude devant Dieu, montrée et soutenue par l’humilité, est celle d’un mendiant selon la si suggestive image du cardinal Journet reprise ici par le Pape. En effet, si le pharisien ne demande rien, c’est précisément parce qu’il avait tout, ou du moins pensait tout avoir. Par contre le publicain pécheur, se croyant rejeté par Dieu, mendiait sa miséricorde, comme le fera plus tard sur la Croix le Bon Larron, dans un autre passage également propre à saint Luc, évangéliste de la miséricorde. Mendier la miséricorde, c’est savoir se présenter devant Dieu « les mains vides », selon l’expression cette fois de sainte Thérèse reprise également par le Pape. Et tandis que le pharisien est une « icône de la corruption », le publicain au contraire est une « icône du vrai croyant », qui sera toujours une créature et qui plus est une créature pécheresse, ayant besoin ainsi de mendier à son Créateur non seulement le pain quotidien, mais encore la miséricorde et le pardon de ses péchés. Demandons à Marie de nous apprendre la véritable humilité, elle qui en raison de sa bassesse a été gratifiée de dons et de privilèges uniques. Qu’elle nous fasse comprendre que seule l’humilité nous fera expérimenter et surtout obtenir la miséricorde divine, ici-bas et dans l’autre monde.

L’audience du Pape

Mercredi dernier, nous avons écouté la parabole du juge et de la veuve sur la nécessité de prier avec persévérance. Aujourd’hui, avec une autre parabole, Jésus veut nous enseigner quel est l’attitude juste pour prier et invoquer la miséricorde du Père ; comment on doit prier; l’attitude juste pour prier. C’est la parabole du pharisien et du publicain (cf. Lc 18, 9-14).

Les deux protagonistes montent au temple pour prier, mais agissent de façons très différentes, obtenant des résultats opposés. Le pharisien prie et « se tenait debout » (v. 11) et utilise beaucoup de paroles. Sa prière est certes une prière d’action de grâce adressée à Dieu, mais en réalité, c’est un étalage de ses mérites, avec un sentiment de supériorité envers les « autres hommes », qualifiés de « voleurs, injustes, adultères », comme par exemple – et il montre l’autre qui était là – « ce publicain » (v. 11). Mais c’est précisément là qu’est le problème : ce pharisien prie Dieu, mais en vérité il se tourne vers lui-même. Il prie lui-même ! Au lieu d’avoir devant les yeux le Seigneur, il a un miroir. Bien que se trouvant dans le temple, il ne ressent pas la nécessité de se prosterner devant la majesté de Dieu; il se tient debout, il se sent sûr, comme s’il était le maître du temple ! Il énumère les bonnes œuvres commises : il est irrépréhensible, il observe la Loi au-delà de ce qui est dû ; jeûne « deux fois par semaine » et paie la « dîme » de tout ce qu’il possède. En somme, plus que prier, le pharisien se complaît de sa propre observance des préceptes. Et pourtant, son attitude et ses paroles sont éloignées de la façon d’agir et de parler de Dieu, qui aime tous les hommes et ne méprise pas les pécheurs. Au contraire, ce pharisien méprise les pécheurs, même quand il montre l’autre qui est là. En somme, le pharisien, qui se considère juste, néglige le commandement le plus important: l’amour pour Dieu et pour son prochain.

Il ne suffit donc pas de nous demander combien nous prions, nous devons aussi nous demander comment nous prions, ou mieux, comment est notre cœur : il est important de l’examiner pour juger les pensées, les sentiments et extirper l’arrogance et l’hypocrisie. Mais moi, je me demande : peut-on prier avec arrogance ? Non. Peut-on prier avec hypocrisie ? Non. Nous devons uniquement prier en nous plaçant devant Dieu tels que nous sommes. Non pas comme le pharisien qui priait avec arrogance et hypocrisie. Nous sommes tous pris par la frénésie du rythme quotidien, souvent à la merci de sensations, étourdis, confus. ll est nécessaire d’apprendre à retrouver le chemin vers notre cœur, retrouver la valeur de l’intimité et du silence, parce que c’est là que Dieu nous rencontre et nous parle. Ce n’est qu’à partir de là que nous pouvons, à notre tour, rencontrer les autres et parler avec eux. Le pharisien s’est mis en route vers le temple, il est sûr de lui, mais il ne s’aperçoit pas qu’il a égaré le chemin de son cœur.

Avoir une âme pure et repentie

Le publicain en revanche – l’autre – se présente au temple l’âme humble et repentie : « se tenant à distance, il n’osait même pas lever les yeux vers le ciel; mais il se frappait la poitrine » (v. 13). Sa prière est très brève, elle n’est pas aussi longue que celle du pharisien : « Mon Dieu, aie pitié du pécheur que je suis ». Rien de plus. Quelle belle prière ! En effet, les collecteurs d’impôts – appelés précisément, « publicains » – étaient considérés comme des personnes impures, soumises aux dominateurs étrangers, ils étaient mal vus des gens et associés en général aux « pécheurs ». La parabole enseigne que l’on est juste ou pécheur non pas en raison de son appartenance sociale, mais selon sa façon de se comporter envers Dieu et de se comporter envers ses frères. Les gestes de pénitence et les quelques paroles simples du publicain témoignent de sa conscience en ce qui concerne sa misérable condition. Sa prière est essentielle. Il agit en personne humble, sûr uniquement d’être un pécheur qui a besoin de pitié. Si le pharisien ne demandait rien parce qu’il avait déjà tout, le publicain ne peut que mendier la miséricorde de Dieu. Et cela est beau : mendier la miséricorde de Dieu ! Se présentant « les mains vides », le cœur nu et se reconnaissant pécheur, le publicain nous montre à tous la condition nécessaire pour recevoir le pardon du Seigneur. À la fin, c’est précisément lui, si méprisé, qui devient une icône du véritable croyant.

Jésus conclut la parabole par une phrase : « Je vous le déclare : quand ce dernier – c’est-à-dire le publicain – redescendit dans sa maison, c’est lui qui était devenu un homme juste, plutôt que l’autre. Qui s’élève sera abaissé ; qui s’abaisse sera élevé » (v. 14). De ces deux hommes, lequel est corrompu ? Le pharisien. Le pharisien est précisément l’icône du corrompu qui fait semblant de prier, mais qui n’arrive qu’à se pavaner devant un miroir. C’est un corrompu qui fait semblant de prier. Ainsi, dans la vie, celui qui se croit juste et juge les autres et les méprise, est un corrompu et un hypocrite. L’orgueil compromet toute bonne action, vide la prière, éloigne de Dieu et des autres. Si Dieu privilégie l’humilité, ce n’est pas pour nous avilir : l’humilité est plutôt la condition nécessaire pour être relevés par Lui, afin de faire l’expérience de la miséricorde qui comble nos vides. Si la prière de l’orgueilleux n’atteint pas le cœur de Dieu, l’humilité du misérable l’ouvre pleinement. Dieu a une faiblesse : la faiblesse des humbles. Devant un cœur humble, Dieu ouvre entièrement son cœur. C’est cette humilité que la Vierge Marie exprime dans le cantique du Magnificat : « Il s’est penché sur son humble servante (…) Sa miséricorde s’étend d’âge en âge sur ceux qui le craignent » (Lc 1, 48-50). Qu’elle, qui est notre Mère, nous aide à prier avec le cœur humble. Et nous, répétons trois fois cette belle prière : « Mon Dieu, aie pitié du pécheur que je suis ».

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