Pour le Cardinal Sarah, Benoît XVI est un cadeau fait à l’Église

Publié le 14 Avr 2023
Benoît XVI

Avec un nouvel ouvrage en hommage à Benoît XVI, le cardinal Sarah marque l’importance du legs du pape défunt aux catholiques. Un héritage doctrinal qui revêt pour lui les qualités d’un remède à la crise que traverse l’Église. Les thèmes fondamentaux du pontificat, abordés dans les différentes parties de l’ouvrage, ont été conçus comme des réponses aux blessures et aux faiblesses de celle-ci.

 

Quand le cardinal Robert Sarah publie un nouveau livre, c’est toujours une heureuse surprise et, bien plus, une grande grâce, spécialement à notre époque marquée par la confusion due à ce poison porteur de cette culture de mort dénoncée par saint Jean-Paul II et ses successeurs : l’apostasie de nos sociétés. Et voici le remède : la vie et l’œuvre de Benoît XVI.

L’ouvrage : Il nous a tant donné est plus qu’un hommage (son sous-titre) ; il est avant tout une invitation à suivre l’itinéraire spirituel d’un pasteur d’âmes convaincu que la pensée théologique si précise et profonde de Joseph Ratzinger, devenu le pape Benoît XVI en 2005, s’enracine dans une authentique expérience mystique à partir de sa rencontre avec Jésus de Nazareth, le Christ, « une Personne qui donne à la vie un nouvel horizon et par là son orientation » (p. 96), Celui qui « n’enlève rien et donne tout ».

 

Mgr Sarah, que Benoît XVI a créé cardinal en 2010, n’a pas hésité à intituler l’article qu’il fit paraître dans Le Figaro, le 4 janvier 2023 : « Benoît XVI, mon ami ». Dans ce nouvel ouvrage, il nous invite à découvrir la richesse et la cohérence de l’immense trésor doctrinal que Benoît XVI a laissé à l’Église lacérée par le relativisme, et au monde menacé d’une catastrophe morale et anthropologique sans précédent.

Les souvenirs personnels du cardinal dressent un portrait mystique de Benoît XVI qui, dit-il « restera le père de nos âmes pour longtemps », puisqu’il a expérimenté jusqu’au plus profond de son être la miséricorde de Dieu à son égard. D’où le mystère de l’enfance qui marquait jusqu’aux traits de Benoît XVI : de fait, son âme rayonnait les vertus de l’enfance. Comme un enfant dans les bras de son père, il irradiait d’une paix tranquille.

Le cardinal Sarah illustre cette assertion par cette citation extraite de l’audience générale du 23 mai 2012 : « Dieu est notre Père, pour Lui, nous ne sommes pas des êtres anonymes, impersonnels, mais nous avons un nom. Il y a une phrase dans les Psaumes qui me touche toujours, lorsque je la prie : “Tes mains m’ont fait”, dit le psalmiste (Ps 119, 73). Chacun de nous peut dire, dans cette belle image, la relation personnelle avec Dieu : Tes mains m’ont fait, Tu m’as pensé et créé et voulu ».

 

Autre trait caractéristique de la personnalité du grand théologien, lié à cette vertu de l’enfance : la joie. Le cardinal Sarah s’empresse d’ajouter qu’il ne s’agissait pas d’une gaieté passagère ou d’une euphorie psychologique. La cause de cette joie authentiquement chrétienne de Benoît XVI était la contemplation de Dieu lui-même. Le Pape laissait vibrer la joie, la jubilation du fils qu’il était. Il participait à la joie du Fils éternel contemplant la bonté du Père tout-puissant.

C’est pourquoi , au cours de la même audience générale, il ajouta ces mots d’une voix tremblante d’émotion : « Si la lumière de Dieu s’éteint, la dignité de l’homme s’éteint aussi. Alors, il n’est plus l’image de Dieu, que nous devons honorer en chacun, dans le faible, dans l’étranger, dans le pauvre. Alors nous ne sommes plus tous frères et sœurs, enfants de l’unique Père ».

Comment s’étonner que Benoît XVI ait été le « père des prêtres » ? Le cardinal Sarah affirme qu’il a vu son amour de père pour les prêtres le conduire à verser des larmes : le 10 juin 2010, à la fin de l’année sacerdotale, au milieu de plus de dix mille prêtres rassemblés sur la place Saint-Pierre, il avait su exprimer avec des mots si justes l’aspiration profonde de leur âme en leur parlant du célibat :

« Le célibat, c’est un oui définitif, c’est se laisser prendre par la main du Seigneur, c’est le oui définitif, c’est le oui au monde futur, c’est un scandale pour le monde, parce que c’est une vie toute misée sur Dieu. C’est un grand signe de la présence de Dieu dans le monde ».

Les prêtres étaient heureux, témoigne le cardinal Sarah : beaucoup pleuraient de joie spirituelle. Ils se sentaient compris, aimés et réconfortés. Benoît XVI leur proposa ce soir-là le véritable remède au cléricalisme : « Vivre l’Eucharistie en vérité nous fera sortir de nous pour entrer dans la communion de l’unique Père. L’Eucharistie est le contraire de la fermeture sur soi-même ».

 

On ne saurait évoquer Benoît XVI sans aborder la question centrale de la liturgie. Le Pape répétait inlassablement que la crise de l’Église était fondamentalement une crise liturgique due à une perte du sens de l’adoration de Dieu, d’où le titre du chapitre 2 de la deuxième partie du livre, consacrée aux différents « Visages du pontificat » : « L’avenir de l’Église dépend de la liturgie ».

Le magistère pontifical de Benoît XVI fut imprégné par la liturgie célébrée et expliquée à la manière des Pères de l’Église, qui transformaient chacune de leurs célébrations en une mystagogie vivante pour initier et former à la foi d’innombrables générations de chrétiens. Benoît XVI s’approchait de la liturgie avec foi, étonnement, profond respect et sens du sacré, faisant percevoir qu’au cœur de sa démarche, il y avait une rencontre réelle et vraie avec Dieu, avec la Personne du Christ.

C’est pourquoi, afin de souligner cette centralité essentielle pour la vie de l’Église et pour le culte du Seigneur, il demanda qu’un crucifix soit placé au centre de l’autel quand la liturgie y est célébrée versus populum.

 

Dans « Les dix textes pour un itinéraire avec Benoît XVI » qui font l’objet de la troisième partie de l’ouvrage, il en est un qui est consacré au caractère sacré de l’Eucharistie : l’homélie pour la fête du Corpus Domini du 7 juin 2012. Dans cette méditation à la fois dense et limpide, le Pape dénonçait « une interprétation unilatérale du concile Vatican II, influencée par une certaine mentalité sécularisée des années 1960 et 1970. qui a trop souvent pénalisé la valeur du culte eucharistique en réduisant en pratique l’Eucharistie au moment de la célébration ».

Benoît XVI affirmait que « le Christ n’a pas aboli le sacré, mais il l’a porté à son accomplissement, en inaugurant un culte nouveau, qui est certes pleinement spirituel, mais qui cependant, tant que nous sommes en chemin dans le temps, se sert encore de signes et de rites, qui ne disparaîtront qu’à la fin, dans la Jérusalem céleste, là où il n’y aura plus aucun temple (cf. Ap 21,22). Grâce au Christ, le caractère sacré est plus vrai, plus intense, et, comme il advient pour les commandements, plus exigeant aussi ! L’observance rituelle ne suffit pas, mais il faut la purification du cœur, et l’engagement de la vie ».

Je n’ai fait qu’extraire quelques pépites de ce très bel ouvrage, qui est semblable à un coffret très précieux contenant un trésor inestimable. En l’ouvrant, le cardinal Sarah nous permet de contempler ses joyaux pour que la lumière joyeuse et paisible de la foi de Benoît XVI éclaire notre pèlerinage vers le Ciel.

hommage a bXVI Benoît XVI

Cardinal Robert Sarah, Il nous a tant donné. Hommage à Benoît XVI, Fayard, 252 p., 21,90 e.

 

Retrouvez notre podcast « Ils ont rencontré Benoît XVI »

Abbé Thierry Blot +

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