Carmélites de Compiègne (2/4) : La dernière à l’échafaud

Publié le 05 Fév 2025
carmélites de Compiègne

Les Dialogues des carmélites de Georges Bernanos furent repris au théâtre, au cinéma et à la télévision.

> Dossier : « Carmélites de Compiègne, 230 ans après, un témoignage universel »
Le témoignage sur le martyre des carmélites, mis par écrit par la survivante de la communauté, impressionna assez fortement l’écrivain allemand Gertrude von Le Fort pour qu’elle en tire en 1934 une nouvelle centrée sur un protagoniste de fiction, Blanche de La Force.

  Seule survivante sauvée par sa dérobade de dernière minute – de sa communauté suppliciée, mère Marie de l’Incarnation, dans le monde Geneviève Philippe, fille naturelle du prince de Conti, passée une terreur au demeurant compréhensible à la pensée du martyre, se repentit jusqu’à sa propre mort, en 1836, au carmel de Sens, de ce qu’elle tiendrait pour une horrible et déshonorante lâcheté. Il est vrai qu’une pénitence cruelle lui était destinée : devoir ressasser, puisqu’elle en était la mémoire et le témoin, l’héroïsme de ses sœurs et en livrer le récit, à l’oral et à l’écrit, de sorte qu’il ne lui fut jamais permis d’oublier…

Un récit tres libre

Cette Relation du martyre des seize carmélites de Compiègne, qui servit à l’instruction du procès de béatification, devait tomber, vers 1930, sous les yeux de l’écrivain allemand Gertrude von Le Fort qui en fut vivement frappée. Elle trouvait dans ces pages un fort écho à ses propres angoisses face aux périls qui pesaient sur son pays et sur le monde. Au point d’en tirer une longue nouvelle, La Dernière à l’échafaud, qui reprenait très librement les faits historiques pour introduire, au sein de la véritable communauté, des personnages de pure fiction, à commencer par une seconde novice, compagne de sœur Constance, Blanche de La Force. Celle-ci était écrasée sous ce patronyme aux antipodes des fragilités nerveuses de la jeune fille, perpétuellement terrifiée par le monde, l’existence, qu’elle fuyait en entrant dans le cloître, sans imaginer que la persécution religieuse l’y confronterait à sa peur la plus existentielle : la mort. Une peur renforcée par ce qui devenait non plus une « offrande » mais un vœu de martyre qui la poussait finalement à fuir, comme l’avait fait Marie de l’Incarnation, avant – miracle de la communion des saints et du sacrifice de la défunte prieure, qui avait pris sur elle la panique de Blanche – de trouver le courage ultime d’être fidèle en rejoignant ses sœurs sur l’échafaud.

Un testament spirituel

Paru en 1931, ce texte émut le père Bruckberger, dominicain…

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Yann Kernilis

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