Décivilisation, la logique d’une définition

Publié le 12 Sep 2023
Décivilisation, la logique d’une définition

Face aux violences du début de l'été, le président Macron appelle à lutter contre la « décivilisation »

Les violentes émeutes du début de l’été ont suffisamment effrayé les politiques pour que certaines notions reviennent dans leur discours de façon surprenante : la « décivilisation » est évoquée, on en appelle à la famille… Éclaircissement sur ce que ces mots signifient vraiment et sur l’incohérence de ceux qui détruisent les choses et abusent de leur nom.   À la suite des exactions du mois de juin, le président Macron a déclaré en conseil des ministres : « Aucune violence n’est légitime, qu’elle soit verbale ou contre les personnes. Il faut travailler en profondeur pour contrer ce processus de décivilisation. » L’examen de ce terme, comme on va le voir, peut révéler bien des surprises. Il faut d’abord mettre de côté le sens particulier donné au mot « décivilisation » par certains sociologues et ethnologues qui voient dans l’occidentalisation des peuples non européens une destruction de leurs formes culturelles et sociales propres. La mondialisation serait alors le vecteur de décivilisation par excellence. Même si ce thème est intéressant, ce n’est pas en ce sens que le mot est employé ici, où il désigne le refus, spécialement par la violence, des comportements civilisés et est parfois synonyme d’ensauvagement.  Ce vocable est dû au sociologue allemand Norbert Elias, dans son ouvrage Sur le processus de civilisation (1939), où il décrit l’évolution de l’Occident comme un processus consistant à donner au seul État le droit d’user de la violence et, en revanche, à laisser l’individu exercer un auto-contrôle sur ses passions violentes, ses instincts, ses affects – il montre les rois de France donnant l’exemple aux autres pays d’Europe, en domestiquant dans leur cour la noblesse rebelle. C’est ainsi qu’il voulait expliquer a contrario la montée du nazisme en Allemagne, comme une tendance « à se laisser aller, au relâchement de la conscience morale, à la grossièreté, à la brutalité » Tendance informelle d’abord, mais encouragée et exigée ensuite formellement par le groupe dirigeant du parti. La décivilisation serait alors un relâchement général de la contrainte civilisationnelle.  Cette théorie sociologique apparemment pertinente ne définit cependant le processus de civilisation que comme la mise à l’écart de la violence individuelle : vision négative qui ne définit pas positivement ce qu’est la civilisation. De plus, elle reste dépendante d’une vision pessimiste de la nature humaine, présente chez les penseurs des Lumières, comme chez Hobbes par exemple, pour qui « l’homme est un loup pour l’homme », et où l’État est avant tout un pouvoir de…

Pour continuer à lire cet article
et de nombreux autres

Abonnez-vous dès à présent

Bruno Couillaud

Ce contenu pourrait vous intéresser

SociétéBioéthique

Transgenrisme (3/4) : Soigner à la française les mineurs tourmentés

DOSSIER n° 1855 « Transgenrisme : quel avenir pour nos enfants ? » | Christian Flavigny, pédopsychiatre français, a vu venir de loin ce mouvement d’embrasement de la théorie du Genre et s’attache, depuis 2012, à en contrer les ravages chez les mineurs. La manifestation de ce qu’on appelle « dysphorie de Genre », chez l’enfant, est un tourment auquel la psychologie, telle qu’elle est pratiquée en France, peut et doit apporter son aide.

+

transgenrisme genre mineur
SociétéBioéthique

Transgenrisme (2/4) : Les autorités et le corps médical vont-ils enfin ouvrir les yeux ?

DOSSIER n° 1855 « Transgenrisme : quel avenir pour nos enfants ? » | En France, le droit à l’auto-détermination de genre a fini par s'imposer, que ce soit dans le domaine médical ou juridique. Et la récente note de cadrage de la Haute Autorité de Santé ne laisse pas espérer une meilleure prise en charge des mineurs dits en « questionnement de genre », alors que de nouvelles études internationales prouvent scientifiquement le caractère inutile, voire nocif, des démarches « trans-affirmatives ».

+

transgenrisme médiale
SociétéBioéthique

Transgenrisme (1/4) : Une révolution en marche

DOSSIER n° 1855 « Transgenrisme : quel avenir pour nos enfants ? » | L’idée de changer de sexe ne date pas d’hier, mais sa mise en application sociale, politique, voire anthropologique est une réalité désormais à la portée de tous. À l’école ou en compétition sportive, dans les lois et les cliniques, le mouvement a pris une ampleur inédite, au niveau mondial. Et quoiqu’on perçoive la montée d’une saine opposition, le combat reste prégnant.

+

transgenrisme
ChroniquesSociété

La « Nouvelle France » : concept ou création ?

C’est logique ! de François-Marie Portes | Les récentes élections municipales ont laissé penser qu'émergerait une « Nouvelle France » portée par le parti de Jean-Luc Mélenchon. Que révèle cette notion et surtout quelle logique démontre-t-elle ? En utilisant des termes flous, ne cherche-t-on pas à rassembler autour d'un réel « fabriqué » ?

+

nouvelle france